WRC – Tour de Corse : dans les coulisses du Toyota Gazoo Racing…

    Publié le 14 avril 2017

Le week-end dernier sur « l’Île de Beauté », il y avait beaucoup plus intéressant que les déplacements de deux candidats à l’élection Présidentielle. Le Tour de Corse 2017 a ainsi tenu toutes ses promesses en termes de spectacle et c’est en privilégiés que nous l’avons suivi au sein de la structure japonaise du Toyota Gazoo Racing. Retour sur une expérience de Sport Auto des plus immersives…

Petite remontée dans le temps… Depuis la fin de la saison 1999, Toyota avait disparu en tant que constructeur du championnat du monde des rallyes FIA WRC avec à son palmarès 3 titres Constructeurs (1993, 1994 et 1999) et 4 Pilotes (1990 : Carlos Sainz, 1992 : Carlos Sainz, 1993 : Juha Kankkunen, 1994 : Didier Auriol). Tous ces grands noms du rallye ayant obtenu « le Graal » au volant de la mythique Celica. Et qui ne se souvient pas de la Corolla WRC ? Elle est en photo ci-dessous aux côtés de la Yaris WRC en développement.

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Les rallyes du siècle dernier sont bien loin et cet héritage victorieux représente une source de motivation et de respect incontestable aux yeux de la nouvelle structure en charge de programme WRC Toyota. Celui qui en a la responsabilité est connu sous le surnom de « The Flying Finn », Tommi Makinen. Le sympathique finlandais, avec qui nous avons échangé lors du Tour de Corse, a remporté 4 titres Pilotes en WRC de 1996 à 1999, de surcroît au sein d’une équipe nippone. Il est donc l’homme de la situation en tant que spécialiste de l’organisation « à la japonaise », que l’on peut définir de stricte, extrêmement précise pour laquelle chaque détail à une importance considérable.

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A notre arrivée en Corse, nous avons immédiatement plongé, non pas dans les eaux turquoises de la méditerranée, mais dans l’atmosphère unique du WRC. Cette discipline offre une proximité rare avec les équipes et les pilotes. Tout ou presque peut être observé dans un contexte naturel synonyme d’authenticité, ce qui n’est pas le cas en F1, tant elle est devenue aseptisée, sans évoquer les nouveaux circuits ultra-modernes, sans histoire ni âme…

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Avant l’ES3 du vendredi après-midi (Pietrosella – Albitreccia 2), Spéciale parcourue une première fois par les World Rally Cars le matin, nous assistons au changement de pneus de la Yaris WRC pilotée par Jari-Matti Latvala, dont le copilote est également finlandais en la personne de Miikka Anttila. L’opération est effectuée par l’équipage en toute décontraction, et avec l’aide d’un seul mécanicien sur un parking juxtaposé à divers commerces, presque comme un automobiliste lambda qui aurait crevé. Seules des barrières séparent des spectateurs calmes et très respectueux du travail qu’ils sont en train d’observer avec passion. Précisons que, lors du rallye, le règlement autorise l’utilisation de 32 pneumatiques mais seulement 26 sont prévus par le team japonais.

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Quant à la seconde Yaris, elle manque à l’appel car, hélas, pour Juho Hänninen, il a été la première victime du rallye en tapant sévèrement un muret lors de l’ES1. Le choc assez violent, à la vue de la photo ci-dessus de la jante arrière droite, a ensuite provoqué une réaction en chaîne et un début d’incendie. Résultat : la Yaris #11 est repartie sur le Tour de Corse en WRC 2 le lendemain.

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Sur l’ES3, le moment est venu de voir défiler les WRC qui enfilent un gauche-droite à haute vitesse. L’expérience est des plus intéressantes car l’on observe des changements de direction d’une vivacité à défier les lois de la physique. De plus, on est enfin en présence de voitures au look bestial grâce au nouveau règlement. Sur cette épreuve chronométrée d’une distance de 31,2 km,  Jari-Matti Latvala s’est classé 6ème. Nous l’apprenons en quasi direct car nous sommes littéralement connectés au Toyota Gazoo Racing via la réception de SMS, plus que de simples textos puisqu’ils distillent les impressions des pilotes sur l’asphalte torturée de cette 4ème manche du FIA WRC. Très régulier, Latvala a ensuite réalisé le 5ème temps de l’ES4 (Plage du Liamone – Sarrola-Carcopino – 29,12 km). Après ce dernier secteur chronométré de la journée, nous avons rejoins le parc d’assistance de Bastia en hélicoptère pour être le plus vite possible au contact des autres hommes et femmes qui font le WRC : mécaniciens et ingénieurs.

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La structure du Toyota Gazoo Racing peut être considérée comme une « ville mobile » qui parcoure le monde au rythme des rallyes. Ainsi, il ne faut pas moins de 6 camions pour la déplacer dans son intégralité en Europe. Pour les 3 rallyes lointains (Mexique, Argentine, Australie), ce sont 3 autres containers qui voyagent à travers les océans et qui sont donc exclusivement dédiés à ces destinations. Quant aux ateliers de développement du team japonais, ils sont basées en Finlande. La Finlande, le Japon et l’Allemagne où sont fabriqués les moteurs de la Yaris WRC, là où les TS050 HYBRID du FIA WEC sont conçues de A à Z. Le Toyota Gazoo Racing c’est aussi une équipe de plus de 15 nationalités différentes dont deux français !

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Lors de notre visite, toutes les portes ne nous ont pas été ouvertes, confidentialité oblige comme celles qui cachent la réserve de pièces détachées. Le centre névralgique de l’équipe Toyota en WRC, qui abrite une quinzaine d’ingénieurs, est aussi à observer avec une certaine distance. Un météorologue est également présent parmi eux. Dans ce lieu tenu secret, les datas, communications et autres positions GPS arrivent pour être traités par « ces hommes de l’ombre » dont la seule préoccupation (comprendre motivation) est de faire triompher de nouveau l’équipe nippone après son succès en Suède en février dernier lors de la seconde manche du WRC 2017.

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Après cette visite, nous observons la rapidité avec laquelle la Yaris d’Hänninen a été remise en état. Chaque mécanicien s’attelle à sa tâche avec calme et précision. Rien ne semble affecter leur moral et sans pression la voiture est remise rapidement en état. Ouvrons de nouveau une parenthèse réglementaire. En WRC, le temps des interventions sur les voitures est compté : 10 minutes le matin, 30 minutes toutes les 2 Spéciales et 45 minutes le soir. Et comme vous allez pouvoir le constater, on en fait des choses en 30 minutes…

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Revenons sur la Yaris remise à neuf d’Hänninen en anticipant brièvement sur le lendemain. Le travail a été récompensé avec le temps canon du pilote de la #10 lors de l’ES5 (La Porta – Valle di Rostino – 48,71 km). Le rescapé se positionnant à seulement 4,7 s du meilleur temps (Thierry Neuville – Hyundai) alors que Latvala a terminé 8ème à 25,3 s. Hänninen semblait lui-même surpris de sa « Perf » :

« Je suis réellement surpris de mon chrono. J’ai juste essayé de piloter avec douceur tout en préservant mes gommes. » 

A Bastia, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Tommi Makinen qui nous a communiqué avec un calme typiquement finlandais, ses sentiments, à chaud, sur le Tour de Corse :

« Nous sommes là pour apprendre car nous n’avons pas fait beaucoup d’essais sur l’asphalte, mais, nous avons pas mal progressé depuis ce matin, et nous avons quelques idées pour faire progresser la voiture sur cette surface. Demain nous travaillerons notamment sur les amortisseurs. Nous continuons à travailler et encore une fois, nous n’oublions pas que nous sommes là pour apprendre. »

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Par ces mots, la stratégie du samedi était définie et malgré sa 8ème place évoquée auparavant, Latvala a en effet progressé. Les réactions du pilote de la Yaris #10 au terme de l’ES6 (Novella 1) du samedi matin sont en parfaite symbiose avec les dires de son « boss ». Après être arrivé 6ème, Latvala a déclaré :

« J’ai une idée sur ce dont j’ai besoin pour cet après-midi. »

Tel un teaser, nous étions impatients de découvrir quelles opérations allaient être effectuées à l’assistance du samedi midi. Vous aussi n’est-ce pas ?

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Le samedi après-midi a confirmé les propos de Makinen et Latvala. Ce dernier a en effet profité de l’assistance du midi et des fameuses 30 minutes pour optimiser les réglages de sa transmission. Les chronos n’ont ensuite pas tardé a progressé avec le second meilleur temps dans l’ES7 au parcours identique à l’ES5 (La Porta – Valle di Rostino). Le vainqueur du rallye de Suède n’a été battu que de 5 s par Sébastien Ogier sur cette Spéciale. Le court secteur chronométré suivant de 17,27 km (ES8 – Novella 2) a ensuite permis a Latvala de conserver une option sur le Top 5 avec le 3ème temps à seulement 3,6 s du scratch réalisé par Neuville.

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Au terme de cette étape 2, notre immersion s’est achevée. Le temps passé avec le Toyota Gazoo Racing a défilé à une vitesse folle pendant ces deux jours. Le lendemain dimanche, les ES9 (Antisanti – Poggio di Nazza – 53,78 km et ES10 (Power Stage : Porto-Vecchio – Palombaggia – 10,42 km) ont respectivement vu Latvala se hisser à la 4ème place et à la 1ère place de ces deux Spéciales. Au final du Tour de Corse 2017, Latvala se classe 4ème derrière Sordo, Ogier et Neuville et récupère donc avec brio les 5 points de la Power Stage. Résultat et après 4 rallyes, le pilote du Toyota Gazoo Racing est 2ème du classement pilotes avec 75 points.

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Pour un retour en FIA WRC, c’est un retour en force que Toyota est en train de réaliser… Concluons avec les réactions de Latvala après la Power Stage mais avant, le voici en action !

– Jari-Matti Latvala, pilote (Yaris WRC #10)

« Sur la Power Stage, j’ai attaqué à fond, complètement concentré sur la conduite. Je savais que, pour finir quatrième, je n’avais aucun droit à l’erreur et j’y suis presque parvenu : à un ou deux endroits, je suis arrivé trop vite et j’ai un peu sous-viré. Il y a eu aussi un saut où la voiture s’est complètement déportée. J’ai vu les spectateurs s’enfuir : désolé de leur avoir causé une frayeur mais en tout état de cause, je maîtrisais parfaitement la situation, même si ça peut paraître spectaculaire ! Nous engrangeons 17 points avec la quatrième place et la victoire de la Power Stage : c’est donc un résultat fantastique pour notre premier rallye sur l’asphalte. »

Reportage et photos : Frédéric Lagadec – LesVoitures.com

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