Selon Les Echos, la Bourse a immédiatement sanctionné cette volte-face. À Paris, l’action Stellantis a décroché de 12 à 13 %, révélant la perte de confiance des investisseurs face à une stratégie jugée trop agressive et désormais démentie par la réalité du marché. Le groupe reconnaît avoir surestimé la vitesse de transition vers le 100 % électrique, alors que la demande stagne en Europe, ralentit aux États-Unis et se heurte à une concurrence chinoise devenue écrasante. Le marché n’a pas suivi, et Stellantis doit désormais absorber un choc équivalent à presque l’intégralité de ses profits cumulés 2023–2024. À l’échelle de l’Europe (UE) en 2025, selon l’ACEA, Stellantis a perdu 4,7 % de ses ventes, par rapport à 2024.
Le détail des charges illustre l’ampleur du recalibrage. Une enveloppe de 14,7 milliards d’euros est liée à la révision des plans produits, avec des projets électriques annulés ou repensés, des volumes revus à la baisse et une adaptation forcée aux nouvelles normes américaines, plus strictes que prévu. À cela s’ajoutent 6,5 milliards d’euros de sorties de cash étalées sur quatre ans, un poids qui pèsera durablement sur la capacité d’investissement du groupe. Le nouveau directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, parle d’un « reset », une manière d’admettre que la trajectoire précédente liée aux voitures électriques n’était plus tenable.
Ce virage pris par Stellantis n’est pas seulement industriel, il est aussi politique. L’Europe pousse toujours vers l’interdiction du thermique en 2035, mais les signaux du marché contredisent de plus en plus cette trajectoire. Les ventes de voitures électriques ne décollent pas assez, les infrastructures restent insuffisantes, les prix demeurent trop élevés et, surtout, les classes moyennes se détournent d’une technologie perçue comme imposée plutôt que choisie. En parallèle, les États-Unis durcissent leurs normes tout en ralentissant leurs incitations, tandis que la Chine inonde le marché mondial de modèles électriques à bas coût. Stellantis se retrouve pris en étau entre des réglementations mouvantes et une réalité économique qui ne suit plus.
Le groupe automobile multinational franco-italo-américain doit également gérer d’autres fronts. Les problèmes techniques récurrents sur les moteurs PureTech, les rappels liés aux airbags Takata, la baisse des volumes de production en Europe et la sortie de la coentreprise de batteries au Canada témoignent d’une stratégie industrielle sous tension. Le retrait partiel du projet canadien illustre d’ailleurs une volonté de réduire les risques financiers dans un contexte où les investissements dans les gigafactories deviennent de plus en plus difficiles à rentabiliser.
Stellantis n’est pas un cas isolé. Ford a déjà passé 19,5 milliards de dollars de charges liées aux voitures électriques, General Motors 8,7 milliards, et plusieurs constructeurs automobiles européens révisent discrètement leurs plans. L’industrie automobile mondiale entre dans une phase de réalignement où les voitures électriques cessent d’être un horizon obligatoire pour redevenir un pilier parmi d’autres. Le dogme du tout-électrique s’effrite, et Stellantis, qui avait misé très tôt et très fort sur cette voie, paie aujourd’hui le prix d’un excès de confiance.
Enfin, reste à savoir si ce « reset » suffira à restaurer la trajectoire du groupe. Stellantis promet un nouveau plan stratégique en mai, censé redéfinir ses priorités et rassurer les marchés. Mais avec 22 milliards d’euros effacés, un dividende supprimé et une stratégie électrique profondément remaniée, Stellantis joue désormais une partie serrée. Le freinage est violent, et la relance s’annonce complexe.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com
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