La chaîne YouTube, baptisée avec un sens du marketing très local « Speed Bump Olympics », a dépassé les 23 500 abonnés et cumule plus de 6,2 millions de vues, preuve que la souffrance mécanique fait toujours recette. L’endroit exact, une portion d’un demi‑mile sur Chestnut Avenue, entre Gettysburg et Ashlan à Fresno, aligne trois séries de ralentisseurs dont la première paire, collée comme deux marches d’escalier mal pensées, propulse les voitures avec une régularité presque scientifique.
Les vidéos montrent des conducteurs qui abordent le premier ralentisseur avec une vitesse manifestement excessive, persuadés qu’un simple coup d’élan suffira. Ils découvrent alors le second ralentisseur, placé à une distance si réduite qu’il agit comme un tremplin. Résultat : des SUV qui rebondissent, des berlines qui raclent, des pare‑chocs qui supplient, des étincelles qui jaillissent, et même un policier au volant d’un Ford Explorer qui, malgré ses patrouilles répétées, semble oublier l’existence de ce duo infernal.
Le plus ironique est que la rue n’est pas avare en avertissements concernant ces ralentisseurs. On y trouve des panneaux, des marquages « BUMP » peints en grand, des flèches, des catadioptres ajoutés lors d’une mise à jour récente. Rien n’y fait. Les voitures continuent de décoller comme dans un épisode de la série L’Homme qui tombe à pic, sauf que cette fois, Colt Seavers n’est pas payé pour la cascade.
Selon le média local The Fresno Bee, les ralentisseurs ont été modifiés plusieurs fois, rehaussés, réajustés, puis équipés de nouveaux réflecteurs il y a environ un an. Malgré ces interventions, la chaîne continue d’alimenter son catalogue de « fails » mécaniques. Le propriétaire, qui habite en face depuis plus de dix ans, affirme n’avoir jamais vu d’accident grave, ce qui relève presque du miracle statistique.
La Federal Highway Administration rappelle pourtant des règles simples : un speed hump ne doit pas dépasser 3 à 4 pouces de hauteur, un speed bump (ralentisseur) peut monter jusqu’à 6 pouces, mais l’espacement doit être suffisant pour éviter l’effet « tôle ondulée » qui martyrise les suspensions et secoue les passagers. Fresno connaît bien le sujet : la ville a installé environ 1 000 ralentisseurs entre 1987 et 1997, avant un moratoire en 2006, levé seulement en 2021. Les habitants peuvent désormais en demander de nouveaux, ce qui explique peut‑être certaines aberrations géométriques.
Pendant que Fresno transforme une avenue en tremplin permanent, la France mène sa propre bataille contre les ralentisseurs illégaux. Ici, pas de chaînes YouTube dédiées, mais des milliers de dispositifs non conformes, trop hauts, trop abrupts, trop longs, ou carrément hors normes, alors que la réglementation impose des dimensions strictes : hauteur maximale de 10 cm, longueur de 4 m, pentes progressives, absence totale sur les routes à plus de 30 km/h, interdiction sur les axes de secours. Pourtant, on trouve encore des bosses qui ressemblent davantage à des trottoirs couchés qu’à des dispositifs de modération de vitesse. Les associations de conducteurs dénoncent régulièrement ces installations sauvages, certaines communes les retirent en urgence après des plaintes, d’autres les défendent bec et ongles au nom de la sécurité.
La comparaison entre Fresno et nos villages français est presque comique : là‑bas, les ralentisseurs sont tellement rapprochés qu’ils transforment les voitures en catapultes involontaires. Chez nous, ils sont parfois tellement hauts qu’ils transforment, non sans humour, les conducteurs en testeurs de crash‑tests. Deux continents, une même obsession : ralentir les automobilistes, quitte à martyriser leurs amortisseurs. Pour être sérieux, dans le Var, l’association PUMSD (Pour Une Mobilité Sereine et Durable) vient ainsi de porter plainte contre 152 maires.
Enfin, pendant ce temps, la chaîne « Speed Bump Olympics » vient de publier sa 100ᵉ vidéo, et au rythme où les voitures continuent de prendre leur envol, la 200ᵉ semble déjà inévitable. Les ralentisseurs, eux, n’ont pas bougé d’un centimètre. Les réflecteurs brillent, les voitures volent, et Fresno continue d’offrir au monde un spectacle routier digne d’un générique des années 80.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com et impression d’écran YouTube
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