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Voitures chinoises : 1 vente sur 10 en Europe, la déferlante qui inquiète

En 2025, l’industrie automobile européenne a connu un basculement que peu d’analystes avaient anticipé. Les constructeurs automobiles chinois ont franchi un seuil symbolique en approchant une voiture neuve sur dix vendue en Europe, un niveau inédit qui bouleverse les équilibres industriels, économiques et politiques du continent. Derrière cette percée se jouent des enjeux majeurs de compétitivité, de prix, d’emplois et de souveraineté industrielle.

Dans les rues européennes, les signes de cette transformation sont visibles à l’œil nu. Les logos encore méconnus il y a cinq ans, Omoda, MG, BYD, se multiplient sur les SUV et berlines fraîchement immatriculés. Le marché automobile européen, longtemps dominé par les groupes allemands, français ou italiens, voit désormais émerger une concurrence venue de Chine qui s’impose à un rythme que personne n’imaginait. Cette dynamique se concentre principalement sur les voitures électriques et hybrides chinoises, segments où se joue désormais l’essentiel de la croissance. Concernant la production de batteries sur le Vieux Continent, l’expertise des Chinois est aussi indispensable.

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette montée en puissance des voitures chinoises, des électriques et hybrides. La surcapacité industrielle en Chine, la fermeture quasi totale du marché américain aux marques chinoises et l’accélération de la transition électrique en Europe créent un contexte idéal pour une offensive commerciale d’ampleur. Selon les données du cabinet Dataforce, les constructeurs automobiles chinois ont représenté, à l’échelle de l’Europe, en décembre, 9,5 % des ventes européennes de voitures particulières, soit près d’un véhicule sur dix. Sur l’ensemble de l’année 2025, leur part de marché avoisine 10 %, alors qu’elle ne dépassait pas un tiers de ce niveau deux ans plus tôt. «  Nous avons été stupéfaits par l’adoption rapide des voitures chinoises en Europe du Sud  » analyse Julian Litzinger, analyste chez Dataforce, cité par Automotive News Europe. «  Nous savions que les habitants de ces pays sont plus flexibles dans leur choix de marque, mais pour les véhicules électriques, cela n’était pas prévisible.  »

La progression des voitures électriques et hybrides chinoises est encore plus spectaculaire sur les modèles électrifiés. En décembre, les marques chinoises ont capté 16 % des ventes de véhicules électrifiés en Europe, et environ 11 % sur l’ensemble de l’année, soit plus du double de 2024. En intégrant les véhicules produits en Chine pour des marques non chinoises comme Tesla, Volkswagen, BMW ou Renault, environ une voiture électrifiée sur sept vendue en Europe en 2025 provient d’une usine chinoise. Sur le seul segment des voitures 100 % électriques, la part des marques chinoises dépasse désormais 20 % du marché automobile européen. Pour certains dirigeants du secteur, le signal d’alarme est évident. «  La progression des voitures chinoises en Europe est massive  » avertit Roberto Vavassori, dirigeant de Brembo et président de l’association italienne ANFIA. «  C’est une question de survie pour notre industrie.  »

Face à cette poussée, les constructeurs automobiles européens s’adaptent. Stellantis, propriétaire de Peugeot, Citroën ou Fiat, assemblera cette année des modèles Leapmotor en Espagne, tandis que Chery prépare une production locale de voitures électriques à Barcelone. Pour Stellantis, cet accord avec Leapmotor répond à un double objectif : élargir son offre et accéder à des technologies développées hors d’Europe. Comme le résume Emanuele Cappellano, directeur Europe du groupe, cet accord permet de «  entrer en contact avec la technologie et avec l’expérience  » venues de Chine. « C’est une façon d’apprendre. »

Les équipementiers voient eux aussi dans cette vague chinoise une source de croissance. «  Cela signifie des opportunités commerciales supplémentaires – en Europe, en Chine et dans le monde entier  » estime Thomas Stierle, directeur général de l’activité e‑mobilité de l’équipementier allemand Schaeffler.

La bataille se joue également sur le terrain réglementaire. L’Union européenne a instauré fin 2024 des droits de douane supplémentaires sur les voitures électriques chinoises jugées trop subventionnées, poussant plusieurs constructeurs à accélérer sur les hybrides rechargeables, moins concernés par ces mesures, tout en maintenant leurs ventes de modèles BEV (Battery Electric Vehicle). Bruxelles étudie désormais l’instauration de prix minimums à l’importation, tandis que l’interdiction des moteurs thermiques neufs en 2035 a été revue.

Enfin, l’Allemagne, de son côté, prévoit de mobiliser environ 3,5 milliards de dollars, soit un peu plus de 3,2 milliards d’euros, pour subventionner les véhicules électriques, y compris ceux des marques chinoises. Une décision qui suscite de vives réactions. Cette aide «  pourrait donner un coup de pouce supplémentaire aux constructeurs chinois  » face à des groupes comme Volkswagen, estime l’analyste Pal Skirta, de Metzler. «  Nous voulons vraiment que l’argent des impôts soit utilisé d’une manière qui sécurise les emplois en Allemagne et en Europe  » rappelle aussi Christiane Benner, présidente du syndicat IG Metall.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com

Publié par
Frédéric Martin

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