Pour l’organisation du GP de France, les collectivités ont dû injecter 65,6 M€ de subventions d’exploitation pour tenter de maintenir l’événement à flot, sans jamais parvenir à compenser un déficit structurel qui aurait nécessité près de 19 M€ par an pour atteindre l’équilibre. Le président de la CRC (, Xavier Lefort, admet que « tout le monde savait que ce serait déficitaire », mais le rapport souligne que les retombées économiques avancées pour justifier l’engagement public ont été « sensiblement surévaluées ». Là où les promoteurs annonçaient 120 M€, la chambre n’en identifie qu’environ 75 M€ sur l’ensemble de la période, calculés selon une méthodologie jugée contestable.
Au-delà du modèle économique, la gestion interne du GIP (Groupement d’Intérêt Public) du GP de France révèle une série d’irrégularités. La CRC recense une dizaine de marchés conclus sans publicité ni mise en concurrence, dont 430 000 € d’achat d’espaces médias et 1,23 M€ sur 5 ans pour du « conseil en organisation de grand événement sportif », un ensemble de pratiques qui, prises isolément, pourraient sembler mineures mais qui, cumulées, dessinent un schéma de gouvernance défaillant. Le rapport met en lumière un épisode particulièrement significatif : en juillet 2022, en plein week-end de course, un contrat de 550 000 $ a été signé avec FOM (Formula One Management) pour étudier la faisabilité d’un GP à Nice, à l’insu du conseil d’administration, alors même que le maire de Nice, Christian Estrosi, présidait le GIP. La CRC juge cette initiative « totalement hors de l’objet statutaire » du groupement. Seule la moitié de la somme a été versée, la seconde facture étant restée impayée.
La politique salariale du GIP constitue un autre point noir lié à l’organisation du GP de France. La masse salariale a presque triplé, passant de 1,1 M€ en 2018 à 2,8 M€ en 2022, tandis que le directeur général nommé en 2020 percevait 338 000 € annuels, soit une hausse de 80 % par rapport à son prédécesseur. Ses frais font l’objet de remarques détaillées : 25 700 € d’hôtellerie en 2021, remboursements de trajets domicile‑travail non prévus au contrat, et un cadre disposant d’une carte bancaire professionnelle sans justification statutaire. La CRC résume la situation en évoquant des « commodités accordées aux dirigeants qui ne paraissaient pas spécialement vigilants sur l’économie des moyens ».
Enfin, le parquet de Marseille a ouvert en 2023 une enquête pour favoritisme et détournement de fonds publics, tandis que le GIP, dissous depuis mars 2024, reste empêtré dans une liquidation complexe. Ses membres ne parviennent toujours pas à s’entendre sur la répartition d’un passif net évalué à 35,7 M€, ultime trace comptable d’un projet qui ambitionnait de ramener la F1 en France mais qui aura surtout laissé derrière lui un gouffre financier et institutionnel.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com et Scuderia Ferrari
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