« Par humilité », il n’était pas là, estimant que « la voiture était la star, pas lui », a précisé au nom du pilote, le commissaire‑priseur de la prestigieuse maison de ventes aux enchères Artcurial Motorcars juste avant le début de la vente aux enchères, le mardi 27 janvier, au sein du palace parisien The Peninsula. Au final, la Ferrari F92A de Jean Alesi a donc trouvé preneur pour 2,5 M€.
La présence d’une telle monoplace de F1 n’a pourtant rien d’anodin. À 61 ans, Jean Alesi, qui a participé à 184 GP, demeure l’un des pilotes français les plus charismatiques de la génération Schumacher‑Senna. Voir l’un de ses châssis personnels mis en vente constitue un événement rare. Pour accéder à la salle, les candidats acheteurs devaient d’ailleurs se soumettre à une procédure d’enregistrement renforcée, la mise à prix ayant été fixée à 2,4 M€ pour la Ferrari F92A n°136, un seuil déjà dissuasif.
La tension est montée d’un cran lorsque le 25e lot a été présenté. Après un bref rappel historique, la salle est restée figée. Pas un geste, pas une main levée. « À 2,4 millions, que fait‑on ? », interroge alors le directeur des ventes. Silence total. Le montant est répété, encore et encore. Rien ne bouge. Il faudra attendre plusieurs minutes pour qu’une voix se manifeste enfin au téléphone. « 2,5 millions, first time, 2.5 second time… 2.5 third and last time… ! Bravo ! » En 5 minutes et 50 secondes, la Ferrari F92A de Jean Alesi, machine de la marque la plus prestigieuse de la Formule 1 trouve preneur, mais loin de son estimation haute de 5 M€.
Cette Ferrari F92A, offerte à Jean Alesi par la Scuderia Ferrari à l’issue de la saison 1992, n’est pas une simple pièce de musée. Elle a disputé sept Grands Prix, dont cinq pilotés par l’Avignonnais. Elle s’est illustrée par une 4e place au Grand Prix d’Australie et une 5e place en Allemagne, dans un championnat dominé par Williams et McLaren. Sous sa carrosserie rouge, comme la SF-26 (2026) bat un V12 de 750 ch, capable de hurler à 14 800 tr/min, une signature sonore qui n’a plus retenti depuis plus de trente ans.
« C’est un souvenir de jeunesse », confiait Alesi en interview avant la vente. Nostalgique, il embraye : « Personne ne l’a touchée ; depuis 1992, cette voiture est dans son jus. » Et ce n’est pas une image. Le siège baquet est resté réglé à ses dimensions exactes. Les pédales n’ont pas été modifiées. La ceinture-harnais est figée dans la même position qu’à l’époque. L’essence contenue dans le réservoir provient encore du circuit de Fiorano, tout comme l’air emprisonné dans les pneus neufs. Une capsule temporelle.
La monoplace Ferrari F92A de Jean Alesi était accompagnée d’un ensemble de documents techniques d’époque : aéro-maps, rapports de boîte, cartographie d’accélérateur, autant d’éléments permettant de comprendre la philosophie de cette machine au double fond plat, l’une des plus complexes et controversées de l’histoire de Ferrari. « Un petit condensé pour ne pas être perdu », sourit l’Avignonnais. « Je souhaite qu’elle soit aimée comme je l’ai aimée. C’est le moment de la voir revivre. »
Enfin, la vente aux enchères de la Ferrari F92A de Jean Alesi restera comme un moment fort de l’événement « Automobile Legends » organisé, à Paris, par Artcurial Motorcars, mais aussi comme un rappel : même les machines les plus sacrées de la Formule 1 ne sont pas toujours assurées d’atteindre les sommets espérés. Pour les passionnés, l’essentiel est ailleurs. Cette monoplace, figée depuis 1992, va enfin quitter son sommeil. Et peut‑être, un jour, retrouver la voix stridente de son V12. On en rêve déjà… Concluons avec Jean Alesi qui présente, en vidéo, la F92A.
La rédaction
Photos : Artcurial Motorcars et LesVoitures.com
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