Cette volte-face liée au malus au poids des voitures électriques intervient dans un contexte où les ventes de voitures neuves restent en berne en France et où l’exécutif cherche à accélérer la transition vers l’électrique. Imposer un malus supplémentaire aux modèles zéro émission aurait constitué un frein direct à cette stratégie. Le gouvernement a donc privilégié une approche pragmatique : préserver la dynamique électrique, quitte à reporter une mesure pourtant présentée comme essentielle pour limiter l’embonpoint croissant des véhicules. Ci-dessous le SUV 100 % électrique Smart #5 Brabus (2 378 kg) qui est assemblé en Chine.
Le malus au poids, instauré en 2022, complète le dispositif bonus-malus basé sur les émissions de CO₂. Il s’applique aux voitures particulières, fourgons et pick-up dépassant un certain seuil de masse. Pour 2026, le déclenchement est abaissé à 1 499 kg, contre 1 799 kg dans la première version du texte. Une évolution qui aurait touché une large partie du parc thermique et hybride, dont les SUV, mais aussi les voitures électriques, naturellement plus lourdes en raison de leurs batteries.
Dans le projet initial, les modèles électriques bénéficiaient d’un abattement de 600 kg, ce qui signifiait qu’un véhicule dépassant 2 100 kg devenait taxable. Une mesure pensée pour cibler les SUV électriques les plus imposants, sans pénaliser les modèles compacts. Mais même ainsi calibrée, la taxe aurait frappé plusieurs véhicules stratégiques pour les constructeurs automobiles européens… et quasiment aucun modèle chinois produit localement, souvent plus légers ou bénéficiant d’un positionnement tarifaire agressif.
Le législateur avait d’ailleurs anticipé les critiques en intégrant des mécanismes d’ajustement. Le score environnemental, déjà utilisé pour le bonus écologique, devait permettre d’exonérer les véhicules bien notés, tandis que les modèles importés hors d’Europe, dépassant le seuil de poids, auraient été davantage ciblés. Autant de signaux montrant que la mesure était jugée sensible, voire potentiellement contre-productive.
Finalement, le gouvernement a préféré temporiser. Les voitures électriques resteront exonérées du malus au poids en 2026, malgré le fait que certains modèles dépassent largement les 2,1 tonnes. Une décision qui vise clairement à soutenir les ventes de véhicules électriques, alors que le marché reste fragile et dépendant des aides publiques. Mais cette stratégie comporte un revers : elle ouvre un boulevard aux constructeurs automobiles chinois, dont les modèles électriques lourds souvent très compétitifs, pourront continuer à entrer sur le marché français sans pénalité financière.
Il ne s’agit toutefois pas d’un abandon définitif. Le report ressemble davantage à une pause politique qu’à un changement de doctrine. Le sujet reste présent dans les discussions, et une intégration progressive des voitures électriques au malus au poids demeure envisagée à l’horizon 2028, avec une première étape qui avait été programmée au 1er juillet 2026. Rien n’indique que cette trajectoire soit abandonnée.
Parallèlement, la loi de finances 2026 renforce le malus CO₂, dont le seuil de déclenchement est abaissé à 108 g/km (contre 113 g/km en 2025). Le plafond grimpe à 80 000 € en 2026 et atteindra 100 000 € en 2028. Une manière de maintenir la pression sur les motorisations thermiques, tout en évitant de fragiliser la filière électrique.
Enfin, l’exonération prolongée du malus au poids pour les voitures électriques s’inscrit dans une stratégie claire : stimuler coûte que coûte la demande en véhicules zéro émission. Mais cette orientation, en allégeant les contraintes sur les modèles les plus lourds, risque de renforcer la position des marques chinoises comme BYD et Xpeng, déjà très agressives sur les prix et en pleine expansion en Europe. Une conséquence que le gouvernement ne pourra ignorer longtemps, tant les équilibres industriels et commerciaux du marché automobile évoluent rapidement.
La rédaction
Photos : BYD et Smart
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