Conçus pour vérifier que les conducteurs empruntant les voies dédiées au covoiturage respectent bien le nombre minimal d’occupants, ces radars de covoiturage utilisent des caméras thermiques capables de distinguer la présence d’un corps humain à bord. Lorsqu’un véhicule circule dans cette voie avec ce que le système interprète comme un seul occupant, une contravention de 135 € est automatiquement générée et envoyée au titulaire de la carte grise. Ce dispositif, déjà actif en région parisienne, notamment sur l’A13, le périphérique de Paris, et dans plusieurs métropoles comme celle de Lyon, repose sur une chaîne de détection mêlant algorithmes, analyse thermique et validation humaine.
Mais plusieurs cas récents montrent que cette technologie n’est pas infaillible. Selon les informations rapportées par Le Parisien, une conductrice a été verbalisée à deux reprises en moins d’un mois, alors qu’elle circulait avec son enfant installé dans un siège bébé placé sur le siège passager avant. Les images thermiques n’auraient pas identifié la présence du nourrisson, et l’agent chargé de la validation manuelle n’aurait pas davantage repéré l’enfant sur les clichés. Un second témoignage similaire confirme que ces erreurs liées aux radars de covoiturage ne sont pas isolées.
La mairie de Paris, responsable d’une partie de ces dispositifs, rappelle pourtant que chaque infraction supposée est relue par un agent assermenté, censé confirmer la présence ou non d’un passager supplémentaire. Elle précise également que les bébés sont pleinement considérés comme des occupants, donnant donc droit à l’usage des voies réservées. L’erreur ne proviendrait donc pas uniquement de l’algorithme, mais aussi d’une défaillance humaine dans la chaîne de contrôle, ce qui complique encore davantage la situation pour les automobilistes concernés, contraints d’engager des démarches longues et fastidieuses pour contester des amendes infondées, à la suite des erreurs de contrôle des radars de covoiturage et des agents.
La question se pose avec encore plus d’acuité lorsque le siège bébé est installé à l’arrière. Les radars de covoiturage scannent les véhicules sous deux angles différents, mais les spécialistes reconnaissent que la faible signature thermique d’un nourrisson, combinée à la profondeur de champ réduite et à la présence d’un siège coque, peut rendre la détection encore plus difficile. Dans ces conditions, le risque d’erreur apparaît mécaniquement plus élevé, même si aucune statistique officielle n’a été publiée à ce sujet.
Face à ces dysfonctionnements, l’association « 40 millions d’automobilistes » demande la suspension immédiate du système tant que sa fiabilité n’est pas garantie. Elle estime que l’automobiliste ne peut être tenu responsable d’une défaillance technologique et que la présomption d’infraction automatique, suivie d’une validation humaine manifestement perfectible, crée une situation injuste et anxiogène pour les usagers.
Philippe Nozière, président de l’association « 40 millions d’automobilistes », s’est rapidement exprimé sur le sujet des radars de covoiturage : « Est-ce que le système est fiable ? Non. Et s’il n’est pas fiable, alors il doit disparaître immédiatement. »
Enfin, l’enjeu dépasse le simple cas isolé. Les voies de covoiturage, présentées comme un outil majeur pour fluidifier le trafic et réduire les émissions, reposent sur une acceptabilité sociale fragile. Si les radars de covoiturage, censés en garantir le bon usage, se montrent incapables de reconnaître correctement un passager pourtant bien présent, et plus encore un enfant, la confiance dans le dispositif risque de s’éroder rapidement. Les autorités devront donc clarifier les procédures, améliorer la détection et garantir que les automobilistes ne soient plus pénalisés pour des erreurs techniques ou humaines.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com
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