Le contraste avec la Renault 8, lancée en 1962 et retirée du catalogue en 1973, est total. La R8 incarnait la philosophie technique de l’après‑guerre avec son moteur implanté en long sous le capot arrière, une architecture dérivée de la Renault 4CV, et un style strictement tricorps dans un registre anguleux typique du début des années 1960. La Renault 14, quant à elle, s’inscrit dans une toute autre époque : silhouette plus galbée, poupe arrondie qui inspirera en 1977 la célèbre campagne publicitaire associant la voiture à une poire. Avec son hayon large et sous son capot avant un moteur transversal issu de la Peugeot 104, la Renault 14 était née.
Produite de 1976 à 1983, la Renault 14 sort des chaînes de quatre pays : la France à Douai, l’Espagne à Valladolid, la Belgique à Haren‑Vilvoorde, et la Slovénie à Novo Mesto. La carrière commerciale dépassa le million d’unités, un volume qui paraît aujourd’hui très honorable pour une compacte, surtout lorsqu’on le compare aux 810 717 exemplaires de la Renault Mégane IV écoulés entre 2016 et 2024. Pourtant, au début des années 1980, le bilan est jugé décevant : Renault avait planifié 2,5 millions d’exemplaires, objectif jamais atteint.
Le style de la Renault 14, jugé trop neutre, souffre du même reproche que celui adressé à la Citroën Visa, autre modèle au dessin peu affirmé. Les motorisations, limitées à environ 60 ch en début de carrière puis à 70 ch après le restylage de 1980, manquent de vigueur dans une catégorie où la concurrence propose des performances nettement supérieures, sans même évoquer l’exception sportive qu’est la Golf GTI. La montée en puissance de la R14 après 1980 confirme d’ailleurs que la voiture avait besoin de plus de ressources pour convaincre.
À ces limites s’ajoutent une qualité de fabrication inégale et un niveau d’équipement jugé trop pauvre, deux éléments qui freinent son attractivité. La Renault 14 ne sera proposée qu’en berline 5 portes, même si Renault étudiera une version 3 portes qui ne dépassera jamais le stade du projet. Plus étonnant encore, un break de chasse très singulier fut développé par Guy Ligier, avant que Renault ne stoppe l’initiative, estimant que ce dérivé ferait doublon avec les Renault 15, Renault 17, puis avec la future Renault Fuego alors en préparation.
Enfin, la Renault 14 reste néanmoins aujourd’hui une voiture charnière : un modèle qui a profondément modernisé la gamme, introduit la première véritable compacte Renault, et ouvert la voie à une lignée qui mènera plus tard aux Renault 19, Mégane, puis à toute la famille des compactes du losange, malgré une carrière commerciale qui n’a jamais atteint les ambitions initiales du constructeur automobile français.
La rédaction
Photos : Renault
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