La découverte commence par la plus récente des autos, une Mercedes-Benz Classe S W140, première génération de la grande berline allemande lancée en 1990. L’exemplaire retrouvé est une V140, version à empattement long, identifiable à son badge « SEL ». Malgré l’abandon, la carrosserie conserve sa stature imposante, seulement voilée par une pellicule de poussière.
À ses côtés repose une Dodge Stealth, jumelle nord‑américaine de la Mitsubishi 3000 GT, commercialisée de 1990 à 2000. Le coupé, rare en France, semble avoir traversé le temps sans dommage majeur, hormis quelques traces d’humidité et de fientes d’oiseaux.
Plus loin, la scène bascule dans une autre époque avec deux Jaguar XJ de première génération. La première est une Série II (1973‑1979), la seconde une Série III (1979‑1992), reconnaissable à ses grands pare‑chocs noirs imposés en 1979 pour uniformiser les versions européennes et américaines. Les deux anglaises, encore élégantes malgré l’oubli, témoignent de la transition stylistique d’un modèle devenu mythique.
À proximité repose une Citroën DSuper, héritière de l’ID 20 jusqu’en 1970, version simplifiée de la DS. Elle se distingue visuellement par ses chevrons arrière argentés, là où la DS arborait des chevrons dorés. Sa silhouette, même immobile, conserve l’aura futuriste qui a marqué l’histoire de Citroën.
Puis vient l’instant où tout bascule dans ce site d’urbex automobile. Au fond de la grange, sous une couche de poussière qui n’a pas réussi à ternir son magnétisme, apparaît la Lamborghini Espada, véritable joyau de cette exploration. Présentée en 1968, seule Lamborghini 4 places de son époque, elle préfigure presque l’idée d’un grand coupé familial sportif bien avant l’Urus. Son design spectaculaire, signé Marcello Gandini, mêle lignes baroques et surfaces tendues. Sous son long capot repose un V12 3.9 l développé en interne, capable de délivrer 325 à 350 ch selon les versions et d’atteindre les 250 km/h annoncés par la marque. L’exemplaire découvert est étonnamment bien conservé, à l’exception d’un détail insolite : son volant a disparu, rendant symboliquement impossible de réveiller les 12-cylindres pour vérifier si la promesse de vitesse tient encore.
Enfin, cette grange abandonnée depuis des années révèle ainsi un pan inattendu du patrimoine automobile, figé dans un décor presque théâtral. Une Mercedes-Benz majestueuse, un coupé américain méconnu, deux Jaguar aristocratiques, une Citroën iconique et une Lamborghini d’exception : autant de fragments d’histoire réunis par le hasard et l’oubli, désormais mis en lumière par l’urbex. Pour les passionnés, ces images sont un trésor, une parenthèse suspendue où le temps semble avoir retenu son souffle. Aujourd’hui, il est difficile de savoir ce qu’est devenu ce site, s’il demeure secret, s’il a été vidé de ses automobiles ou même s’il a été réhabilité.
La rédaction
Photos : Quentin Pannaud
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