Débutons notre rétrospective mettant à l’honneur les véhicules de l’armée française avec le CBA Berliet. Sa silhouette massive est devenue symbole de Verdun. En 1916, ce camion de transport de matériels ravitaille sans relâche les troupes françaises. Motorisé par un 4‑cylindres essence de 22 ch, capable d’emporter 4 tonnes, il sera produit à plus de 15 000 exemplaires et décliné en citerne, DCA ou ambulance. Le CBA, c’est la France de 14‑18 qui avance coûte que coûte, comme les taxis de la Marne qui, eux aussi, ont marqué l’imaginaire collectif. Lors du défilé du 14 juillet 2026, les nouveaux véhicules militaires français rouleront sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris, avec « dans le rétroviseur de l’histoire » le CBA Berliet.
Quelques années plus tard, un autre géant entre en scène : le Renault FT. Premier char moderne de l’histoire de l’armée française, premier char doté d’une tourelle rotative à 360°, premier char à moteur arrière, il révolutionne la guerre dès la fin des années 1910.
Conçu par Renault, SOMUA, Berliet et Delaunay‑Belleville, fabriqué à 3 728 exemplaires, utilisé par des armées du monde entier, il s’illustre dans la Première Guerre mondiale avant de reprendre du service en 39‑45. Le Renault FT, c’est la naissance du blindé contemporain, tel un « précurseur à chenilles ».
Puis vient le SOMUA S35, fierté absolue de l’entre‑deux‑guerres. Avec son 8‑cylindres de 190 ch, son blindage moulé de 40 mm et sa tourelle de 47 mm, il surclasse les Panzer I, II et III. À ses côtés, le B1 bis, char lourd de 307 ch au 12-cylindres Renault, complète la puissance de l’armée française de 1940.
Entre ces mastodontes, une machine minuscule mais essentielle : la chenillette Renault UE, petite, agile, indispensable pour transporter munitions, vivres et canons antichars. Elle incarne la logistique intelligente, celle qui fait gagner du temps et parfois des batailles qui seront mises à l’honneur, indirectement, lors du défilé militaire du 14 juillet 2026.
Les décennies passent, les conflits changent, mais l’ingéniosité française demeure. À la fin des années 50, le Panhard AML 60 apparaît avec son profil agressif. Véhicule de reconnaissance léger, il servira l’armée de Terre et la Gendarmerie nationale jusqu’en 1997.
Dans les années 70, le VAB Saviem, amphibie, modulable, décliné en 47 versions, devient le transporteur de troupes le plus répandu en France. Aujourd’hui encore, lors du défilé du 14 juillet, les VAB à 4, 6 ou 8 roues rappellent leur long héritage.
Les années 90 voient naître le Renault X8A, prototype expérimental qui donnera naissance au VBCI de 2003.
Plus récent, le CRAB (Combat Reconnaissance Armoured Buggy) de 2012 préfigure les lignes anguleuses du futur Scarabée.
Dans le même registre, l’EBR FL‑II, chef‑d’œuvre Panhard, reste l’un des blindés les plus audacieux jamais conçus : canon F2 de 90 mm, structure symétrique à double poste de conduite, 8 roues dont 4 métalliques relevables, vitesse de 100 km/h sur route, moteur 12‑cylindres à plat de 200 ch. C’est aussi l’EBR FL‑II qui transporta le corps du Général de Gaulle à Colombey. Une page d’histoire nationale.
Plus proches de nous, les ACMAT TPK, véhicules de commandement de l’armée française, incarnent la robustesse française. Emmanuel Macron les emprunte lors de son investiture en 2017.
Lors du défilé du 14 juillet, ils sont toujours là, fidèles, visibles par les millions de spectateurs. Leur version 420 SMT a même couru le Paris‑Dakar 1981, preuve que l’endurance militaire peut aussi briller en compétition.
Dans les rangs des blindés de l’Armée française encore en service, le Berliet VXB 170, modernisé au fil du temps, a récemment été déployé dans Paris lors des manifestations des Gilets Jaunes.
Quant à l’Arquus Sherpa Light, produit à plus de 1 000 exemplaires, sert au Maroc, au GIGN en version « Échelle d’assaut ». Il est régulièrement présent dans le cadre du défilé du 14 juillet. Le Panhard PVP, petit mais protégé, complète la panoplie des 4×4 tactiques.
Enfin, le VAB Mark III au moteur diesel Renault, héritier de 40 ans d’évolution, représente la nouvelle génération. Capable de grimper des pentes de 60 %, de rouler à 100 km/h, d’être amphibie, d’atteindre 370 ch selon les motorisations, il s’exporte partout dans le monde. Il symbolise la continuité : un savoir‑faire français qui ne cesse de se réinventer.
Enfin, à l’heure où les Champs‑Élysées s’apprêtent à accueillir le défilé du 14 juillet 2026, ces véhicules rappellent que l’armée française ne se résume pas à la puissance du présent. Elle repose sur un siècle d’ingénieurs, de mécaniques, de blindages, de moteurs et de courage. Chaque engin qui défilera demain est l’héritier d’une longue lignée. Une lignée que la France regarde avec fierté.
Texte : Frédéric Lagadec
Photos : LesVoitures.com (Alexandre Besançon)
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