L’histoire française du V6 n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Les constructeurs nationaux ont souvent été critiqués pour leur manque d’audace mécanique dans le haut de gamme. Le premier V6 franco‑français, le fameux PRV (Peugeot-Renault-Volvo), a longtemps souffert d’une puissance limitée, d’une consommation élevée et d’un fonctionnement irrégulier à ses débuts. Malgré des améliorations constantes et une fiabilité correcte, il n’a jamais réussi à faire oublier ses défauts initiaux. Son successeur, l’ES9, plus abouti mais toujours timide face aux références allemandes, n’a pas inversé la tendance. C’est donc presque un paradoxe de voir aujourd’hui le V6 le plus léger du marché émerger de Horse Powertrain, structure détenue par Geely, Aramco et Renault. Mais ce paradoxe fait du bien, alors que les sportives françaises se font rares, pour ne pas dire qu’elles ont totalement disparu. Le bloc V6 biturbo hybride Horse W30 représente ainsi une certaine promesse pour l’avenir.
Il ne faut toutefois pas imaginer ce V6 hybride biturbo Horse W30 arriver directement dans une Renault de série. La vocation de Horse Powertrain est de vendre ses mécaniques à d’autres constructeurs automobiles. Pour séduire, il faut frapper fort. Le Horse W30, premier V6 de la coentreprise, revendique ainsi un poids record : 160 kg. Ce bloc 3.0 l biturbo développe entre 350 et 400 kW (476 à 544 ch) pour un couple compris entre 700 et 800 Nm, avec un régime maximal culminant à 8 000 tr/min, une valeur exceptionnellement élevée pour un moteur suralimenté. Des chiffres qui, sur le papier, pourraient parfaitement correspondre à l’Alpine Alpenglow, dont le prototype utilisait déjà un V6 expérimental, ou à une hypothétique Renault 5 V6 qui viendrait compléter la gamme sportive électrique initiée par la série limitée Turbo 3E.
Époque oblige, ce V6 Horse W30 n’a pas été conçu seul : il est donc pensé dès l’origine pour fonctionner avec une hybridation, qu’elle soit mild hybrid ou full hybrid. Lors de sa présentation officielle au Salon de Pékin 2026, Horse Powertrain a dévoilé une configuration hybride complète associée à une boîte automatique inédite à quatre rapports, la Horse 4LDHT, spécialement développée pour les voitures hybrides haute performance. Deux moteurs électriques complètent l’ensemble : le premier, accolé au vilebrequin, peut produire 250 à 300 kW (340 à 408 ch). Quant au second, encore plus puissant, il délivrerait 350 à 450 kW (476 à 612 ch). La puissance cumulée n’a pas été révélée et reste impossible à calculer précisément, mais les valeurs individuelles laissent entrevoir un potentiel spectaculaire, digne d’une hypercar, ce qui renforce encore l’idée d’une utilisation possible dans l’Alpine Alpenglow, conçue comme un laboratoire technologique roulant.
Le V6 Horse W30 n’arrivera toutefois pas immédiatement sur les routes. Sa commercialisation est prévue pour 2028, et il faudra attendre pour connaître les marques qui l’adopteront. Le groupe Geely, riche de labels aux identités variées (Lynk & Co, Lotus, Polestar, Volvo) pourrait naturellement l’intégrer à ses propres gammes. Mercedes‑Benz, qui collabore déjà avec Geely et utilise des moteurs Horse dans certaines versions hybrides des nouvelles CLA et GLB, pourrait également être intéressée. D’autres constructeurs extérieurs pourraient se manifester.
Enfin, la présence du V6 Horse W30 au sein des marques du groupe Renault semble très improbable… sauf si Alpine décidait de concrétiser l’Alpenglow en série limitée, ou si Renault osait un jour une Renault 5 V6 thermique‑hybride biturbo en hommage à la lignée des R5 Turbo. Rien n’est moins sûr, tant la commercialisation de l’hypercar Alpine reste incertaine, mais le potentiel technique du W30 ouvre une porte qui n’existait plus depuis longtemps dans l’industrie française. Encore une fois, cela fait rêver dans un monde tourné par l’électrification.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com et Horse Powertrain
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