L’Union européenne a récemment ajusté son calendrier d’interdiction des ventes de voitures neuves thermiques et hybrides, initialement prévue pour 2035, en ouvrant la porte à des motorisations fonctionnant aux biocarburants avancées, et surtout aux e-fuels. Mais cette évolution reste marginale face à la pression croissante exercée par les constructeurs chinois, désormais solidement implantés sur le marché européen des véhicules électriques. Leur montée en puissance bouleverse l’équilibre concurrentiel, et les marques historiques telles que celles faisant partie du groupe Stellantis peinent à suivre le rythme.
Interrogé sur ce déséquilibre par nos confrères de Les Échos, Emanuele Cappellano ne mâche pas ses mots. Il rappelle que l’écart de compétitivité entre l’Europe et la Chine est devenu structurel, et qu’il ne pourra être comblé sans une action forte des institutions européennes. Il déclare ainsi :
« Aujourd’hui, il y a un écart d’environ 30 % entre le coût d’un véhicule chinois et celui d’un véhicule européen. Cet écart s’explique par différents facteurs : une partie est due aux subventions accordées à l’approvisionnement, ce n’est donc pas uniquement lié à l’industrie. L’autre partie est due aux batteries et à l’électronique. Et là encore, cela dépend du fait qu’il existe en Chine une chaîne d’approvisionnement locale entièrement développée pour ces composants, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Ainsi, même si l’industrie peut devenir plus compétitive en termes de technologie, la chaîne d’approvisionnement n’existera de toute façon pas. Et la réglementation reste très différente, tout comme le coût de l’énergie, les règles relatives au travail, le coût des batteries… L’industrie européenne doit faire des efforts pour améliorer sa compétitivité. Mais quels que soient ces efforts, sans le soutien de l’Union européenne, nous ne pourrons jamais rivaliser avec les constructeurs chinois. »
Le dirigeant pointe également un autre problème majeur : la demande réelle pour les véhicules électriques. Malgré les objectifs politiques et les investissements massifs des constructeurs automobiles, le marché européen reste fragile et dépendant des aides publiques. Là encore, Cappellano se montre direct :
« C’est une préoccupation majeure pour nous aujourd’hui. Il n’y a pas de demande naturelle pour les véhicules électriques. Elle ne se manifeste que lorsqu’il y a des subventions dans différents pays ou lorsque les constructeurs automobiles réduisent le prix en brûlant du cash. Vouloir augmenter la part des véhicules électriques ne fait donc que générer des pertes pour les constructeurs automobiles. »
Ces déclarations interviennent alors que Stellantis doit composer avec une concurrence exacerbée, une transition technologique coûteuse et un cadre réglementaire jugé trop rigide. Le groupe, qui regroupe notamment Peugeot, Citroën, Fiat, Opel, Jeep ou encore Alfa Romeo, mise sur une stratégie d’électrification progressive, mais se heurte à un marché qui ne suit pas au rythme espéré.
Enfin, l’avertissement lancé par Emanuele Cappellano résonne comme un signal d’alarme pour toute l’industrie européenne. Face à des concurrents chinois 30 % moins chers, à une demande électrique artificielle, et à une chaîne d’approvisionnement insuffisante, Stellantis estime que l’Europe joue désormais une partie décisive. Sans un ajustement rapide des règles du jeu, le risque est clair : voir l’industrie automobile européenne perdre son leadership historique et s’enfoncer dans un déclin difficilement réversible. L’intégralité de l’interview d’Emanuele Cappellano est disponible sur le site Les Échos.
La rédaction
Photos : Stellantis et LesVoitures.com
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