Il existe des Alpine rares, des Alpine mythiques… et puis il existe celles qui ont servi l’État. L’Alpine A110 1600 S de 1970, châssis n°16823, qui sera mise en vente lors de l’événement « Avions & Automobiles de Collection – La Vente de Printemps » organisé le 15 mars par Aguttes, appartient à cette caste très fermée. Elle fait partie des onze A110 1600 S livrées neuves à la Gendarmerie nationale, un contingent minuscule dont 9 exemplaires seulement ont survécu. Une rareté absolue, portée par un historique limpide et une restauration soignée, qui justifie son estimation exceptionnelle. Cette très rare et exceptionnelle A110 est estimée entre 90 000 et 120 000 €.
L’histoire de cette Alpine A110 d’antan commence en 1966, lorsque la Gendarmerie nationale cherche à s’équiper de voitures françaises capables d’intercepter les automobilistes sur les nouvelles autoroutes. Matra propose la Djet, mais sa boîte 4 issue de l’Estafette la pénalise. Alpine, au contraire, arrive avec ses 1300 bientôt dotées de la boîte 5 de la R8 Gordini, puis avec la nouvelle 1500 dévoilée au Salon 1966. Séduite, la Gendarmerie commande trois A110 1500 en 1967, puis cinq 1600 S livrées le 14 avril 1970, numérotées de 16822 à 16826. Puis, trois autres A110 1600 S seront livrées à la Gendarmerie en mars 1971. Cette même année en novembre, trois dernières A110 1600 S rejoindront la flotte des forces de l’ordre. Au final, il n’y a donc eu que onze A110 1600S vendues à la Gendarmerie nationale. Neuf existent encore, une a été détruite et une a disparu. Dans un tout autres genre, rappelons que le catalogue de la vente Aguttes « Avions & Automobiles de Collection – La Vente de Printemps » fait apparaître une Renault 5 de 1982 « sortie de grange » qui affiche seulement 12 km à son compteur.

Les ancienne Alpine A110 de la Gendarmerie nationale ne sont pas de simples Alpine. L’usine de Dieppe les modifie profondément : treillis métallique intégré au toit pour améliorer la réception radio, tableau de bord spécifique avec un unique compteur Kienzle combinant vitesse et régime pour accueillir un disque tachygraphe, jupe arrière ajourée pour ventiler le moteur soumis à de fortes contraintes, boîte 364 renforcée avec le fameux couple long 11×34, surnommé « couple gendarmerie », et bien sûr la teinte « bleu gendarmerie ». La Gendarmerie ajoute ensuite gyrophare, radio, sirène deux‑tons et marquages officiels.

Livrée à la BRI d’Auxerre, immatriculée 601 1156, cette belle Alpine A110 ex-Gendarmerie nationale a été légèrement accidentée en 1971, puis vendue démontée par le Domaine. Elle renaît entre les mains de Joël Mouetron, qui l’engage en rallye et en course de côte, avant qu’elle ne passe chez le pilote Claude Michy, auteur notamment du Critérium des Cévennes. Elle poursuit ensuite sa carrière en Groupe F, avant d’être acquise en 2003 par son propriétaire actuel, qui entreprend une restauration sérieuse.

Aujourd’hui, cette Alpine A110 1600 S ex-Gendarmerie nationale se présente en « bleu Alpine », débarrassée de ses équipements militaires, mais dotée d’une configuration résolument sportive : ailes plates, jupe arrière démontable, radiateur avant majoré, tableau de bord de série, gros freins, boîte à crabots, et un moteur Carcreff 1 950 cm³ préparé. Les plaques d’identification sont d’origine, rivetées comme à l’époque, et la plaque peinture porte toujours la lettre « S », rappel de la teinte « bleu gendarmerie » initiale. Une pièce d’histoire roulante, rare, authentique, et profondément désirable.

L’événement du 15 mars 2026, « Avions & Automobiles de Collection – La Vente de Printemps » organisé par Aguttes accueille également une autre berlinette A110 de caractère : une Alpine A110 1300 FASA de 1972, châssis BA0149, estimée 55 000 à 75 000 €. Produite en Espagne par FASA à Valladolid, où 1 904 exemplaires furent assemblés entre 1963 et 1978, cette A110 se distingue par un fait rarissime : elle est restée toute sa vie entre les mains de son unique propriétaire, immatriculée B‑7990C depuis le 2 février 1972.

Son moteur Type 812‑00, sa boîte et ses organes mécaniques ont été refaits récemment, et l’auto présente un état général très sain, avec un habitacle quasi d’origine et une allure légèrement typée Groupe 3 grâce à ses ailes élargies et son demi‑arceau. Une berlinette idéale pour un gentleman driver cherchant une A110 authentique, vivante et prête pour les rallyes de régularité comme le Tour Auto.

Enfin, avec une Alpine A110 1600 S ex‑Gendarmerie nationale au pedigree d’État et une A110 1300 FASA à l’historique immaculé, la vente Aguttes du 15 mars réunit deux visions complémentaires de l’A110 : l’une forgée pour l’interception rapide sur autoroute, l’autre façonnée pour la route et la compétition amateur. Deux berlinettes rares, chargées d’histoire, qui rappellent pourquoi Alpine occupe une place unique dans le patrimoine automobile français.
La rédaction
Photos : Aguttes

