Bentley vient d’annoncer une nouvelle année dans le vert, mais derrière les chiffres flatteurs se cache une transformation profonde, parfois douloureuse. Le constructeur britannique affiche une septième année consécutive de rentabilité, avec un bénéfice opérationnel de 589 millions d’euros et plus de 12 200 véhicules livrés. Une performance qui confirme la vigueur du segment ultra‑luxe, notamment grâce à la montée en puissance des finitions Mulliner, en hausse de 30 %.

Mais cette réussite financière masque une réalité plus complexe : Bentley traverse une phase de mutation industrielle majeure, marquée par une révision drastique de sa stratégie électrique et par une restructuration interne qui va toucher 275 employés. La marque l’admet ouvertement : la transition vers l’électrique ne se fera pas sans sacrifices.

Bentley voiture électrique

Le groupe Volkswagen, maison mère de Bentley, a décidé d’abandonner une plateforme électrique du segment D qui devait servir de base à plusieurs futurs modèles. Cette décision entraîne un impact comptable de 225 millions de livres, mais surtout un changement de cap stratégique. Bentley confirme désormais que sur les quatre projets de voitures électriques initialement prévus, un seul est maintenu. C’est un virage important, qui repositionne la marque dans un contexte où l’électrification du luxe avance moins vite que prévu. Bentley ne renonce pas à l’électrique, mais réduit la voilure pour concentrer ses ressources sur un modèle phare, censé incarner la prochaine génération de véhicules de Crewe.

Le bâtiment A1, cœur industriel de la marque depuis des décennies, est en train d’être reconverti pour accueillir la future ligne d’assemblage dédiée aux BEV. Le nouveau Design Centre est déjà opérationnel, et un atelier de peinture de nouvelle génération doit ouvrir prochainement. L’ensemble s’inscrit dans la stratégie « Beyond100+ », qui vise à faire de Bentley un constructeur automobile neutre en carbone dans les années à venir.

Mais cette modernisation a un coût humain. La réorganisation annoncée concerne 275 postes, un chiffre significatif pour une entreprise de cette taille. Bentley parle d’une adaptation nécessaire pour aligner ses capacités industrielles avec son futur portefeuille de produits. Dr. Frank‑Steffen Walliser, Chairman and CEO, précise :

« Nous avons dû prendre des décisions difficiles pour assurer la pérennité de notre stratégie à long terme. Cela inclut la révision de notre portefeuille de produits électriques, dont un seul projet est désormais conservé, ainsi qu’une réorganisation de nos effectifs afin d’adapter notre structure à cette nouvelle réalité. »

Cette déclaration résume parfaitement l’état d’esprit de Bentley : lucidité, recentrage et volonté de préserver l’avenir, même au prix de choix impopulaires.

Bentley voiture électrique

En attendant l’arrivée de son premier modèle 100 % électrique, Bentley continue de miser sur l’hybridation. La Continental GT et la Flying Spur adoptent désormais un V8 hybride, tandis que le Bentayga reste le pilier commercial de la marque. Cette transition progressive permet à Bentley de maintenir son image de performance et de raffinement tout en préparant le terrain pour l’électrique.

Enfin, Bentley reste rentable, désirable et solidement positionné sur le marché du luxe. Mais la marque entre dans une phase charnière : moins de projets électriques, une usine en reconstruction, des suppressions de postes et un recentrage stratégique assumé. Le premier modèle électrique de Crewe sera donc plus qu’une nouveauté : il symbolisera la capacité de Bentley à se réinventer dans un marché en pleine recomposition.

La rédaction

Photos : Bentley

Frédéric Martin

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