À Guangzhou, au cœur d’une zone autrefois prospère, une concession automobile de luxe agonise lentement. Derrière ses vitres opaques, mangées par la crasse et les années, le silence règne comme dans un mausolée. Le temps semble s’être arrêté, suspendu quelque part entre la dernière visite d’un client et la première infiltration d’eau qui a fait céder le plafond. Aujourd’hui, ce lieu n’est plus qu’une carcasse, un sanctuaire oublié où reposent deux légendes mécaniques, prisonnières d’un monde qui les a abandonnées.

En Chine à Guangzhou, sous une épaisse couche de poussière, presque minérale, gisent une Porsche Carrera GT et une Ferrari 550 Maranello. Deux monuments de l’automobile, deux machines nées pour hurler, vibrer, vivre, et qui ne font plus qu’attendre. Dans une concession abandonnée, tel un site urbex ou presque, leurs silhouettes se devinent encore, nobles, puissantes, mais figées comme des statues funéraires. Leurs carrosseries, autrefois éclatantes, semblent désormais à l’agonie. Leurs pneus s’affaissent lentement, comme si l’air lui-même avait renoncé.

 

 

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Le bâtiment qui les abrite se délite un peu plus chaque saison. Le plafond s’effrite, laissant tomber des plaques de plâtre comme des lambeaux de peau morte. L’humidité ronge les murs, trace des veines sombres qui descendent jusqu’au sol. Les enseignes lumineuses, autrefois arrogantes, ne sont plus que des carcasses de néon. On devine encore les contours d’un logo, d’un slogan, d’une promesse de luxe et de vitesse. Tout cela n’est plus qu’un murmure.

Personne ne sait vraiment quand cette concession a fermé. Certains parlent d’un départ précipité, d’autres d’un propriétaire ruiné, d’autres encore d’un litige jamais résolu. Ce qui est certain, c’est que ces Porsche Carrera GT et Ferrari 550 Maranello n’ont plus bougé depuis des années. La poussière raconte leur immobilité. Elle s’accumule, couche après couche, comme les strates d’un passé que personne ne veut ou ne peut déterrer. Ainsi, la Porsche Carrera GT, avec son V10, semble dormir d’un sommeil trop profond pour être rompu. Quant à la Ferrari 550 Maranello, grand tourisme à moteur avant, elle espère encore qu’on vienne la chercher. Elles sont là, deux reines déchues, deux survivantes d’un royaume disparu.

Dans cette concession fantôme, il n’y a plus de vendeurs, plus de clients, plus de clés qui tintent. Il n’y a que le vent qui s’infiltre, les gouttes d’eau qui tombent, et ces deux machines extraordinaires qui attendent un miracle. Elles attendent qu’une main essuie la poussière, qu’un moteur tousse à nouveau, qu’une porte s’ouvre sur la lumière du jour.

Enfin, pour l’instant, ces Porsche Carrera GT et Ferrari 550 Maranello restent là, immobiles, magnifiques et tragiques. Deux chefs-d’œuvre mécaniques presque enfermés dans un tombeau de béton et de verre, témoins silencieux d’un luxe qui s’est effondré sans bruit. À Guangzhou, au milieu de l’oubli, cette concession abandonnée, tel un site urbex, raconte une histoire que personne n’a voulu écrire : celle de la beauté sacrifiée au temps.

La rédaction

Photos : captures d’écran Instagram saeeed.china

Frédéric Martin

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