L’Union européenne s’apprête à faire entrer le contrôle technique automobile dans une nouvelle ère. La Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne sont parvenus à un accord politique autour d’un ensemble de mesures qui modifieront en profondeur la manière dont les véhicules seront inspectés dans les prochaines années. Derrière ces évolutions se dessine un enjeu majeur pour le secteur automobile : adapter un dispositif conçu pour les moteurs thermiques à un parc où les voitures électriques et les hybrides rechargeables occupent une place croissante. Les textes prévoient également un renforcement des contrôles liés aux émissions polluantes et aux aides à la conduite, dans un contexte où la sécurité routière et la transparence technique deviennent des priorités absolues.

En avril 2025, la Commission européenne avait proposé une révision du règlement européen encadrant le contrôle technique, en vigueur depuis 2014. Les ministres des Transports des États membres de l’UE ont désormais validé l’essentiel de ces propositions. Le contrôle technique pourrait donc s’alourdir de nouveaux points obligatoires, avec des exigences techniques plus strictes, notamment pour les voitures électriques, et une harmonisation renforcée entre les pays de l’Union.

Renault 5 électrique Alpine A290 campagne de rappel OEN5

La première évolution concerne les émissions polluantes. La Commission estime que « les méthodes de contrôle actuelles pour les émissions à l’échappement ne sont pas adaptées aux véhicules et technologies plus récents ». Elle rappelle qu’« il n’existe actuellement aucune réglementation de l’UE permettant de contrôler si les véhicules sont équipés de systèmes de réduction des NOx ou de filtres à particules défectueux ou manipulés ». Le diagnostic est clair : « la mesure de l’opacité est obsolète ». L’exécutif européen souhaite donc « introduire de nouvelles méthodes de contrôle des émissions de particules et de NOx », incluant notamment une mesure du nombre de particules. Le Conseil de l’Union européenne valide cette orientation et souligne que « l’introduction de nouvelles méthodes de mesure des émissions de NOx et du nombre de particules émises (…) devrait constituer une avancée majeure dans l’efficacité des contrôles réguliers des émissions ». Les centres de contrôle technique devront s’équiper d’appareils spécifiques, ce qui représente un investissement important pour la profession.

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Mais c’est surtout le contrôle technique des voitures électriques qui s’apprête à connaître une transformation profonde. En France, les véhicules 100 % électriques ne représentaient encore qu’environ 1 % des contrôles techniques en 2025 selon Dekra. Pourtant, leur part augmente rapidement, portée par l’interdiction programmée des ventes de voitures thermiques neuves en 2035 dans l’UE. Les hybrides progressent également, passant de 2,9 % des CT en 2024 à 4,3 % en 2025. La Commission européenne s’inquiète de l’absence de cadre commun : « Il n’existe pas de règles harmonisées en matière de contrôle technique des composants haute tension de ces véhicules, avec pour conséquence que les États membres ont élaboré des protocoles de contrôle différents ». Pour y remédier, Bruxelles envisage des contrôles visuels obligatoires de la batterie, des câbles haute tension, de la prise de recharge et des éléments de sécurité associés. Certains pays pourraient aller plus loin avec des mesures électriques ou des tests de fonctionnement. La formation des inspecteurs devra être renforcée, car la manipulation de systèmes haute tension impose des compétences spécifiques et des protocoles de sécurité stricts.

Les aides à la conduite, ou ADAS, constituent un autre volet essentiel de la réforme étudiée par l’UE pour le contrôle technique. Leur généralisation dans les véhicules récents, sous l’impulsion de la réglementation européenne, impose de vérifier leur bon fonctionnement. La Commission européenne estime que « ces nouveaux systèmes électroniques devraient donc être inclus dans les contrôles périodiques et routiers » et qu’« il faudrait actualiser les contrôles techniques pour pouvoir (…) surveiller les nouveaux capteurs et les nouvelles fonctionnalités ». Elle reconnaît toutefois que les mesures proposées « ne sont pas adaptées aux technologies les plus récentes ». Karine Bonnet, directrice générale de Dekra France, confirme la complexité du chantier et la nécessité de définir des protocoles fiables pour évaluer des systèmes aussi variés que le freinage autonome d’urgence ou l’aide au maintien dans la voie.

La question des rappels de sécurité s’invite également dans le débat. Depuis le 1er janvier 2026, la présence d’un airbag Takata défectueux sur un véhicule soumis à un rappel avec stop drive entraîne en France une défaillance critique, une interdiction de circuler immédiate et une contre-visite obligatoire. Le Conseil de l’Union européenne souhaite aller plus loin en introduisant « un lien entre les campagnes de rappel de véhicules et les contrôles techniques ». Il précise que « les contrôles techniques pourraient faciliter les campagnes de rappel des véhicules si la défaillance qui a conduit à la campagne représente un risque grave pour la sécurité ou la santé ». Les États membres de l’UE conserveraient toutefois la liberté de déterminer quels rappels doivent entraîner une défaillance majeure ou critique. Karine Bonnet rappelle que seuls les rappels graves seraient concernés : « Il s’agirait des rappels graves, concernant un défaut du système de freinage par exemple. Un rappel pour un problème d’autoradio ne donnerait pas lieu à une contre-visite ». Dekra confirme que l’intégration progressive de nouveaux rappels dans le contrôle technique est déjà prévue en France.

La réforme du contrôle technique prévoit aussi une harmonisation administrative. La Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne s’accordent sur la numérisation du certificat de contrôle technique, intégré dans un portefeuille d’identité numérique, tout en conservant une version papier sur demande. Un certificat provisoire délivré dans un autre État membre permettrait de circuler six mois avant de devoir se soumettre au contrôle local. L’Union étudie également la création de fichiers kilométriques nationaux, alimentés par les garages et les centres de contrôle, et partagés entre pays afin de lutter contre la fraude au compteur, particulièrement fréquente lors des importations.

Enfin, l’ensemble de ces mesures marque un tournant majeur. Le contrôle technique, longtemps centré sur les moteurs thermiques, doit désormais intégrer les réalités d’un parc automobile en mutation rapide vers les voitures électriques. L’électrification, la sophistication électronique et l’exigence croissante de transparence imposent une refonte profonde du dispositif. Pour les automobilistes comme pour les professionnels, l’enjeu est clair : garantir que les véhicules de demain, électriques ou non, restent sûrs, fiables et conformes dans un cadre européen cohérent.

La rédaction

Photos : Dekra, Opel et LesVoitures.com

Frédéric Martin

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