Le groupe Renault s’apprête à franchir un cap inédit dans son histoire industrielle en participant à la fabrication d’un drone militaire multiusages de longue portée, un programme stratégique piloté par la Direction Générale de l’Armement (DGA). Selon les informations révélées par , le constructeur automobile produira ce nouvel engin dans ses usines du Mans et de Cléon, en partenariat avec l’entreprise française Turgis Gaillard.
Ce projet de production de drones militaires, identifié sous le nom de code « Chorus » par la DGA et Turgis Gaillard, constitue l’un des programmes les plus ambitieux de la nouvelle filière française de drones militaires. Il s’agit d’une munition téléopérée à longue portée, pensée pour des missions de frappe, mais également de renseignement, un segment devenu crucial dans les conflits contemporains. Le ministère des Armées avait évoqué ce programme il y a plusieurs mois, alors que Sébastien Lecornu occupait encore le portefeuille de la Défense. Renault s’apprêterait donc à produire, en grand nombre, des drones militaires.

L’objectif affiché par la DGA est clair : permettre à la France de disposer, grâce à Renault, d’une capacité industrielle souveraine dans un domaine où les besoins explosent, celui des drones militaires. Le drone « Chorus » doit notamment offrir une alternative nationale aux munitions rôdeuses de type Shahed, utilisées massivement par la Russie et produites désormais à plusieurs centaines d’exemplaires par mois. Ces engins, relativement simples et économiques, ont démontré leur efficacité dans les conflits récents, en particulier en Ukraine, où ils servent à saturer les défenses adverses ou à frapper des infrastructures stratégiques.
Le partenariat entre Renault et Turgis Gaillard s’inscrit dans cette logique d’urgence capacitaire. Le constructeur automobile apporte son expertise dans la production industrielle à grande échelle, un savoir-faire indispensable pour atteindre les cadences exigées par le ministère des Armées. Selon les estimations relayées par plusieurs sources, le contrat pourrait représenter environ un milliard d’euros sur dix ans, à condition que les drones militaires qui pourraient être produits avec la participation de Renault répondent aux attentes opérationnelles de la DGA.
L’usine Renault du Mans, déjà pressentie depuis plusieurs mois pour accueillir une partie de la production de drones militaires, jouerait un rôle central dans l’assemblage final. Ouest-France indiquait dès 2024 que le site s’était porté candidat pour intégrer la filière défense, dans le cadre d’une stratégie de diversification industrielle visant à sécuriser l’avenir du site sarthois. Le site de Cléon, en Seine-Maritime, spécialisé dans les groupes motopropulseurs, serait également mobilisé pour la fabrication de composants clés du drone « Chorus ».

Le programme de drones militaires Chorus, mené par la DGA, et auquel participerait Renault, marque ainsi une évolution majeure pour la marque au losange, après la fabrication du char Renault FT engagé à partir de 1917 lors de la Première Guerre mondiale. Cette nouvelle incursion dans la défense illustre la transformation du paysage industriel français, où les frontières entre secteurs civils et militaires deviennent plus poreuses face aux impératifs stratégiques. Elle témoigne également de la volonté de l’État de s’appuyer sur les grands groupes nationaux pour reconstituer des capacités industrielles critiques, dans un contexte géopolitique marqué par la montée des tensions et la nécessité de renforcer l’autonomie stratégique européenne.

Enfin, si les essais et validations se déroulent comme prévu pour les drones militaires de la DGA et Turgis Gaillard, qui pourraient être produits en série par Renault, le programme pourrait débuter rapidement, ouvrant la voie à un marché de long terme pour Renault et ses partenaires. Le drone « Chorus » pourrait alors devenir l’un des symboles de la nouvelle stratégie française en matière de défense, fondée sur la réactivité, la souveraineté technologique et la mobilisation de l’industrie nationale.
La rédaction
Photos : Turgis Gaillard et LesVoitures.com

