La Formule 1 entre dans une zone de turbulences. À Bahreïn, les premiers essais des monoplaces 2026 ont déclenché une avalanche de critiques de la part des pilotes, inquiets de voir la discipline glisser vers une ère où la gestion énergétique prendrait le pas sur le pilotage pur. Après les déclarations très dures de Max Verstappen, qui a décrit les nouvelles monoplaces 2026 comme évoluer dans une « Formule E sous stéroïdes », Fernando Alonso a enfoncé le clou avec une ironie mordante.

Dès le premier paragraphe technique, le ton est donné. Fernando Alonso, interrogé sur les propos de Max Verstappen, n’a pas cherché à les contredire. Le double champion du monde a même ajouté que les pilotes doivent désormais passer 50 km/h moins vite dans les virages rapides pour optimiser la récupération d’énergie. Une situation qu’il juge suffisamment absurde pour affirmer que « le chef cuisinier de l’équipe Aston Martin pourrait piloter une F1 2026 dans le virage 12 ». Le message est clair : la F1 2026 risque de sacrifier le pilotage sur l’autel de l’efficacité énergétique.

Les nouvelles monoplaces, conçues selon un règlement châssis et moteur entièrement revu, intègrent une part électrique bien plus importante, de l’ordre de 50 % en termes de puissance. La gestion de l’énergie devient centrale, presque obsessionnelle. Les pilotes doivent récupérer un maximum d’énergie au freinage pour la réinjecter au moment opportun, mais le gain potentiel dans les virages rapides reste limité par rapport aux longues lignes droites. Résultat : les pilotes lèvent le pied dans les courbes où, autrefois, ils cherchaient à passer à fond.

Alors que Fernando Alonso s’exprimait devant la presse à Bahreïn, le vendredi 13 février, les derniers commentaires de Max Verstappen lui ont été rapportés. Le quadruple Champion du Monde avait donc qualifié, la veille, les F1 2026 de « Formule E sous stéroïdes ». L’Espagnol ne s’est pas vraiment inscrit en faux, tout en estimant qu’il fallait attendre les deux premiers GP avant de tirer des conclusions. Le pilote Aston Martin F1 Team a pris comme exemple le virage 12 du circuit de Sakhir, une courbe à droite théoriquement la plus rapide du tracé. « Ici, à Bahreïn, le virage 12 a toujours été très exigeant », a expliqué Fernando Alonso. « On choisissait donc le niveau d’appui pour passer le virage 12 à fond. On enlevait de l’appui jusqu’à pouvoir passer le virage 12 à fond avec des pneus neufs, puis en course. Le talent du pilote était donc un facteur décisif pour réaliser un bon chrono. »

Puis Fernando Alonso a poursuivi :  « Maintenant, dans le virage 12, on est environ 50 km/h plus lents parce qu’on ne veut pas gaspiller d’énergie à cet endroit, et que l’on veut tout avoir dans les lignes droites. Donc au lieu de passer le virage 12 à 260 km/h, on le passe à 200 km/h. À cette vitesse, le chef cuisinier peut piloter la voiture dans le virage 12. Mais on ne veut pas gaspiller d’énergie parce qu’on veut l’avoir dans les lignes droites » avant d’ajouter : « Je comprends donc les commentaires de Max, parce que du point de vue d’un pilote, on aimerait faire la différence dans le virage en passant 5 km/h plus vite, mais désormais on est dicté par la quantité d’énergie que le moteur aura dans la ligne droite suivante. »

« Mais en même temps, c’est la Formule 1 et ça a toujours été comme ça. Aujourd’hui, c’est l’énergie. Il y a deux ans, quand [Verstappen] gagnait toutes les courses, c’était l’appui. Il pouvait passer les virages à 280 km/h et nous, nous pouvions les passer à 250 km/h parce que nous n’avions pas l’appui. » Comme vous pouvez le constater, la langue de bois, ce n’est pas pour Fernando Alonso qui a continué en déclarant également :  « Au final, c’est la Formule 1. On baisse la visière, on y va, et c’est le même sport automobile. Parfois, on va au karting de location ici à Bahreïn – un circuit incroyable, au passage – et on s’amuse énormément avec un kart de location. Nous aimons toujours le sport automobile, nous aimons toujours la compétition, et concernant le règlement je comprends qu’il y ait moins d’impact du talent de pilotage. Mais je pense qu’après trois ou quatre courses, nous aurons peut‑être une meilleure idée. »

Pilote le plus expérimenté de l’histoire de la Formule 1, ayant débuté en GP en 2001, Fernando Alonso, âgé de 44 ans, regrette toujours les monoplaces de sa jeunesse, à une époque où les pilotes attaquaient à fond avec très peu de gestion. Le Champion du Monde de Formule 1 2005 et 2006 a ajouté : « Clairement, en matière de pilotage pur, je l’ai dit la semaine dernière lors de la présentation de la monoplace : pour moi, la fin des années 1990 et le début des années 2000 resteront imbattables en termes d’adrénaline et de compétences pures du point de vue du pilote, parce qu’on voulait attaquer dans les virages et trouver les limites de la voiture. »

Au‑delà des propos tenus par Fernando Alonso, le constat est limpide : la F1 2026 marque une rupture profonde. Les monoplaces deviennent plus légères, plus sobres, plus électriques, mais aussi moins spectaculaires dans les virages, là où se jouait autrefois la différence entre les meilleurs. Les pilotes, eux, oscillent entre résignation et frustration, conscients que leur talent risque d’être bridé par une gestion énergétique omniprésente.

Enfin, reste à savoir si, comme le suggère Fernando Alonso, les premières courses permettront d’ajuster les réglages, d’adapter les stratégies et de redonner un peu de liberté aux pilotes. Mais pour l’instant, une chose est sûre : la F1 2026 divise déjà profondément ceux qui la font vivre.

La rédaction

Photos : Aston Martin F1 Team

Frédéric Martin

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