Le projet italien élargit le champ des appareils concernés bien au‑delà du smartphone. Les ordinateurs portables, tablettes et notebooks seraient également proscrits lorsqu’un piéton circule sur la chaussée ou traverse. Le Ministère des Infrastructures et des Transports (MIT) précise que « l’utilisation de dispositifs mains libres ou d’écouteurs reste autorisée tant qu’elle ne contrevient pas aux règles de sécurité ». L’idée n’est pas de bannir la technologie, mais de limiter les situations où l’attention du piéton est absorbée par un écran au point de devenir imprévisible pour les conducteurs.
Cette logique s’inscrit dans une évolution juridique déjà amorcée. En 2023, la Cour de cassation italienne avait estimé que la responsabilité d’un automobiliste pouvait être écartée si le piéton adoptait un comportement « soudain, imprévisible et inévitable », comme le rappelait le quotidien Genova Quotidiana. Un piéton distrait par son téléphone pourrait donc, demain, être considéré comme ayant créé une situation impossible à anticiper. Le projet renforce cette idée en rappelant que les piétons ne sont pas automatiquement exonérés de responsabilité : ils doivent rester visibles, prévisibles et attentifs à la circulation.
Autre nouveauté envisagée : l’obligation pour les piétons de marquer un arrêt avant de traverser afin de « vérifier que les conducteurs des véhicules venant en sens inverse les ont vus et se sont arrêtés pour leur céder le passage ». Une formalisation juridique d’un réflexe de prudence qui, jusqu’ici, relevait du bon sens.
L’Italie ne serait pas pionnière si elle adoptait cette mesure. La Lituanie sanctionne depuis 2018 l’usage du téléphone en traversant, avec une amende de 40 €. À Honolulu, depuis 2017, les piétons peuvent parler au téléphone mais n’ont pas le droit de rédiger des messages en marchant. Le projet italien s’inscrit donc dans une tendance internationale visant à réduire les distractions numériques dans l’espace public.
La réforme italienne contient d’autres propositions, comme l’autorisation du dépassement par la droite sur autoroute ou des sanctions pour excès de vitesse calculées à 10 € par km/h dépassé. L’ensemble du texte est actuellement soumis à l’avis d’une « centaine d’opérateurs et d’associations professionnelles », selon le MIT, et pourrait être modifié avant d’être présenté au Parlement.
Cette réflexion pourrait inspirer les autorités françaises. En France comme ailleurs, les piétons constituent les usagers les plus exposés en ville. La multiplication des comportements distraits, notamment liés aux écrans, crée un risque réel dans les zones denses. L’idée de responsabiliser aussi ceux qui marchent, et pas uniquement ceux qui conduisent, pourrait donc trouver un écho dans le débat français portant sur la sécurité routière en milieu urbain.
La rédaction
Photos : images d’illustration LesVoitures.com
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