Le bilan définitif de la sécurité routière pour l’année 2025 est désormais connu et il sonne comme un avertissement brutal. Avec 3 515 morts sur les routes de France métropolitaine et d’outre‑mer, la mortalité routière progresse de +2,4 % par rapport à 2024, soit 83 vies supplémentaires fauchées en un an. En métropole, 3 263 personnes ont perdu la vie, dont 2 523 hommes et 740 femmes, tandis que les territoires d’outre‑mer ont enregistré 252 décès. Le nombre de blessés atteint 247 000, dont 16 800 blessés graves, en hausse de +5,2 %. Ces chiffres, publiés par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, traduisent une tendance inquiétante : la France s’éloigne de ses objectifs de réduction drastique de l’insécurité routière.
La ministre déléguée Marie‑Pierre Vedrenne a déclaré : « Le bilan 2025 de l’accidentalité routière est un choc ». Et ce choc est réel en termes de mortalité routière. Les routes hors agglomération concentrent 1 973 morts, soit 60 % de la mortalité totale, avec une hausse de +2,5 %. Les autoroutes enregistrent 259 décès, en progression de +8,4 %, tandis que les agglomérations comptent 1 031 morts, soit une donnée quasi stable. Selon les autres chiffres définitifs publiés par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), les piétons paient un tribut particulièrement lourd : 503 tués, soit +47 par rapport à 2024, une augmentation de +14,6 %.

Les cyclistes ne sont pas épargnés avec 235 morts (+4,9 %), et les utilisateurs d’Engins de Déplacement Personnel Motorisés (EDPM), notamment les trottinettes électriques, voient leur mortalité exploser avec 79 décès, soit +75,6 %. Les automobilistes restent les plus nombreux parmi les victimes avec 1 543 morts, mais leur part relative recule à 47 %, contre 65 % en 2000, signe que la vulnérabilité des usagers non carrossés devient centrale.

Les comportements à risque demeurent au cœur des drames. La vitesse excessive ou inadaptée est en cause dans 29 % des accidents mortels, l’alcool dans 21 %, l’inattention dans 13 %, les stupéfiants dans 11 %. Ces chiffres restent stables, mais leur poids est écrasant. Et c’est là que les limites des radars apparaissent : ils sanctionnent la vitesse, mais ils ne peuvent rien contre la consommation d’alcool ou de stupéfiants au volant. Chaque année, des centaines de vies sont perdues parce que des conducteurs ivres ou drogués prennent la route sans être interceptés. La politique de sécurité routière ne peut plus se contenter d’outils automatiques. En effet, elle doit évoluer vers une véritable police de la route, présente sur le terrain, capable de contrôler, d’intercepter, de dissuader. Sans cette présence humaine, les radars resteront impuissants face à l’alcool au volant, qui demeure un fléau.

Les disparités hommes‑femmes sont toujours criantes : 77 % des tués et 75 % des blessés graves sont des hommes, et 83 % des responsables présumés d’accidents mortels le sont également. Les jeunes restent surreprésentés : 528 morts chez les 18‑24 ans, soit 16,2 % du total, et 471 morts chez les 25‑34 ans. Les seniors ne sont pas épargnés, avec 382 décès chez les 65‑74 ans et 344 chez les 75‑84 ans. La vulnérabilité des plus âgés, combinée à l’augmentation de leur part dans la population, accentue leur exposition au risque.

Ce bilan 2025 de la Sécurité routière révèle une France où la mortalité routière progresse malgré des décennies de lutte. Les progrès technologiques des véhicules ne suffisent plus à compenser la dégradation des comportements et l’état préoccupant des infrastructures. Les routes hors agglomération, qui concentrent la majorité des drames, souffrent d’un manque d’entretien chronique. Les fissures, les chaussées dégradées, les marquages effacés aggravent les risques. Il est urgent d’investir massivement dans la remise à niveau du réseau routier, car une route mal entretenue est une route qui tue.
Enfin, la sécurité routière ne peut plus être une politique de communication ponctuée de campagnes de sensibilisation. Elle doit devenir une priorité nationale, avec des moyens renforcés, une police de la route dotée de moyens humains et techniques, des contrôles systématiques d’alcoolémie et de stupéfiants, et un plan d’investissement massif pour restaurer les routes. Sans cela, les bilans annuels continueront de s’alourdir et les promesses de réduction de la mortalité resteront lettre morte. Le bilan 2025 de la mortalité routière représente beaucoup plus qu’un avertissement : la France doit changer de cap, et vite.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com

