En 2024, la France a connu une bascule spectaculaire : 66 à 67 % des véhicules particuliers neufs immatriculés au nom de personnes physiques ont été financés via un leasing, qu’il s’agisse d’une LOA (Location avec Option d’Achat) ou d’une LLD (Location Longue Durée). Cette domination du financement locatif, des contrats de leasing automobile, souvent perçue comme une solution simple et moderne, masque pourtant une réalité bien plus rugueuse. Derrière la mensualité mise en avant en concession se dissimulent des mécanismes contractuels que la majorité des automobilistes ne découvre qu’au moment où les difficultés surgissent. L’UFC‑Que Choisir a ainsi conduit une analyse approfondie reposant sur 1 285 consommateurs et près de 1 000 témoignages de litiges, révélant une mécanique problématique à grande échelle.

L’étude menée par UFC‑Que Choisir, portant sur les contrats de LOA et LLD (leasing automobile), met en lumière un constat alarmant : un quart des locataires interrogés ont dû régler des frais de restitution contestés, pour une moyenne de 1 200 €, un montant qui tombe précisément au moment où l’usager pense en avoir fini avec son contrat. Certains contrats prévoient même que les loyers continuent de courir lorsque le véhicule est immobilisé, notamment en cas de panne, ce qui transforme une simple difficulté mécanique en charge financière continue. Dès qu’un événement de la vie intervient (perte d’emploi, séparation, maladie, décès, etc.), la sortie du contrat devient un véritable parcours d’obstacles. Les héritiers d’un locataire décédé peuvent se retrouver face à des choix impossibles : poursuivre les paiements, racheter le véhicule ou affronter une procédure de recouvrement, sans disposer d’une information claire sur leurs droits.

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« Ce qui me choque, c’est que la DGCCRF a contrôlé 101 établissements et trouvé des anomalies dans la moitié d’entre eux. Et parmi les consommateurs qui ont payé des frais à la restitution, 65 % estiment qu’ils n’étaient pas justifiés. On n’est pas sur des accidents isolés, on est sur un système. Et c’est ça qu’on veut changer », déclare Marie‑Amandine Stévenin, présidente de l’UFC‑Que Choisir. Cette déclaration résume l’ampleur du problème : les dérives ne sont pas marginales, elles sont structurelles.

Selon UFC‑Que Choisir, la nouvelle directive européenne sur le crédit à la consommation, dont la transposition entrera en vigueur en novembre 2026, renforcera l’encadrement de la LOA, mais laissera la LLD en dehors du champ du crédit à la consommation, sans protections équivalentes. Cette absence de cadre est d’autant plus préoccupante que les volumes de LLD ont bondi de 67 % en un an, une croissance fulgurante qui s’explique en partie par l’orientation volontaire de certains professionnels de l’automobile vers ce produit, plus avantageux pour eux que pour leurs clients. Ces derniers doivent aussi faire face à un contexte financier qui ne leur permet pas d’acheter comptant leur nouvelle voiture neuve ou d’occasion. De plus, les voitures électriques, plus chères, ont démocratisé les contrats de LOA et LLD automobiles.

Enfin, face à ces constats liés aux contrats de leasing automobile, UFC‑Que Choisir appelle les pouvoirs publics à intervenir fermement. L’association demande l’instauration d’un droit à la résiliation sans frais en cas d’accident de la vie pour tous les contrats de leasing, la mise en place d’une information précontractuelle standardisée incluant le coût total, les frais de restitution et le coût réel d’une sortie anticipée, l’interdiction des clauses transférant au locataire les risques liés aux pannes ou aux vices du véhicule, ainsi que l’extension à la LLD des protections du crédit à la consommation, incluant le droit de rétractation, l’évaluation de la solvabilité, l’encadrement de la publicité et une information normalisée sur les coûts.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com

Frédéric Martin

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