Car l’idée de routes débarrassées de leur signalisation n’est pas nouvelle. Dans plusieurs pays européens, des villes ont déjà osé mettre les panneaux au placard pour tester la confiance dans l’intelligence collective. Le philosophe Gaspard Koenig, dans son ouvrage Voyages d’un philosophe aux pays des libertés (2018, L’Observatoire), rappelait : « Comme le constatait déjà Tocqueville, les problèmes posés par la liberté se résolvent par davantage de liberté. C’est le principe des “naked roads”, les “routes nues” […] Face à un espace vierge, le conducteur s’étonne, ralentit, observe les autres véhicules, cherche à comprendre le comportement des piétons. Lancé dans le vide de la liberté, l’être humain se responsabilise. La métaphore d’une société fondée sur la liberté ? » Pour Louis Sarkozy, il faut tout simplement « supprimer les feux rouges, les lignes blanches, les panneaux de signalisation. »
En ingénierie des transports, ce dispositif est connu sous le nom de « shared space ». L’idée est née dans les années 1990 aux Pays-Bas, sous l’impulsion de l’ingénieur Hans Monderman. Son principe : supprimer les feux rouges, les panneaux, les marquages au sol et parfois même les trottoirs, pour laisser place à une circulation fondée sur la responsabilité individuelle. Seule la règle de la priorité à droite subsiste, accompagnée de quelques ajustements selon les contextes. Pour Monderman, la signalisation « endort les gens dans l’idée qu’ils sont protégés tant qu’ils suivent les règles ». En d’autres termes, trop de panneaux détourneraient les conducteurs de leur vigilance naturelle. Les études empiriques montrent que ce sont les comportements réels des usagers, plus que le respect formel du Code de la route, qui déterminent la sécurité.
Les expériences menées en Europe ont livré des chiffres frappants. À Sambruson di Dolo, en Vénétie, une étude italienne a observé une réduction de 53 % du risque d’accidents après la mise en place d’un espace partagé. À Drachten, aux Pays-Bas, sur des carrefours accueillant entre 17 000 et 22 000 véhicules par jour, les accidents ont chuté d’environ 50 %. Au Royaume-Uni, dans le Wiltshire, la suppression du marquage central sur certaines routes a entraîné une baisse d’environ 35 % des collisions.
Ces données contredisent l’idée que l’absence de règles engendrerait le chaos. Au contraire, les « naked roads » favorisent une circulation plus fluide. Les trajets deviennent plus rapides car les arrêts imposés par les feux et panneaux disparaissent. La vitesse moyenne baisse, mais reste constante, ce qui améliore paradoxalement le débit global du trafic. Toutefois, ces espaces ne sont pas exempts de critiques. Les piétons, ainsi que les personnes âgées, les malvoyants ou les personnes à mobilité réduite y sont vulnérables, car ils se retrouvent souvent en difficulté. L’absence de trottoirs ou de repères tactiles rend leur navigation incertaine.
S’ajoute une question juridique complexe : qui est responsable en cas d’accident dans un espace où la hiérarchie des règles est volontairement brouillée ? Les zones de « shared space » posent des défis en matière de responsabilité civile et pénale.
Enfin, les « naked roads » ne sont pas une utopie mais une expérimentation réelle, portée par des ingénieurs et validée par des données tangibles. Elles interrogent notre rapport à la sécurité routière et à la responsabilité individuelle. Si elles ne peuvent pas s’appliquer partout, elles ouvrent un débat essentiel : faut-il vraiment plus de panneaux pour protéger les automobilistes, ou au contraire moins de règles pour les rendre plus attentifs ? Alors, Louis Sarkozy a-t-il raison de vouloir supprimer les feux rouges ? Le débat est lancé.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com
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