Lorsque l’Automobile Club de l’Ouest annonce la transformation de son musée historique, il ne s’agit pas d’une simple rénovation. Né d’un partenariat conclu en 2022 entre l’ACO et Richard Mille, le projet du musée M24 ambitionne de créer une référence internationale consacrée au sport automobile. L’horloger, collectionneur passionné et partenaire de longue date des 24 Heures du Mans, ne se contente pas d’accompagner financièrement l’opération. Sa propre collection contribue à enrichir celle de l’ACO et son regard de collectionneur irrigue l’ensemble du projet muséographique, conçu comme un écrin destiné à magnifier des automobiles devenues, elles aussi, des œuvres d’art.
Cette recherche d’authenticité se retrouve jusque dans des détails que la plupart des visiteurs ne remarqueront sans doute jamais. La teinte blanc cassé qui habille aujourd’hui la façade du M24 n’est pas le fruit d’un choix esthétique contemporain. Elle reprend la couleur d’origine retrouvée lors de la restauration de l’une des Ford GT40 de la collection. En éliminant les différentes couches de peinture accumulées au fil des décennies de la numéro 16, les restaurateurs ont remis au jour cette nuance historique, finalement retenue pour habiller le bâtiment. Un clin d’œil discret, mais révélateur de l’esprit qui a présidé à la création du M24 : ici, chaque détail raconte une histoire.
En moins d’un an, le chantier doit permettre de rénover le musée existant, de lui adjoindre une extension de près de 4 000 m², de déplacer plus d’une centaine de véhicules historiques et d’imaginer un parcours totalement nouveau, capable de raconter autrement l’histoire des 24 Heures du Mans et, plus largement, celle du sport automobile.
Le défi est immense. Onze mois seulement séparent le premier coup de pelle de l’ouverture au public. Pour tenir ce calendrier particulièrement ambitieux, vingt-trois entreprises interviennent simultanément sur le chantier. Avant même que les premiers murs ne s’élèvent, près de 45 000 m³ de terre doivent être excavés afin de préparer l’extension du bâtiment. Au terme des travaux, le musée M24 offre près de 8 600 m² d’espaces d’exposition où prennent place plus de 120 véhicules retraçant un siècle d’innovations, de compétition et d’aventures humaines. Le pari aurait pu sembler déraisonnable. Il est pourtant pleinement réussi. Quelques semaines après son inauguration, le 28 mai 2026, le nouveau musée franchit déjà le cap des 100 000 visiteurs, preuve que cette métamorphose répondait à une véritable attente du public.
Mais les chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne disent pas l’essentiel. Car le musée M24 ne ressemble plus vraiment au musée que connaissaient les habitués des 24 Heures du Mans. Dès les premiers mètres, on comprend que les voitures ne constituent plus l’unique fil conducteur de la visite. Elles restent naturellement les vedettes du parcours, mais elles deviennent les témoins d’une histoire beaucoup plus vaste, où se croisent pilotes, ingénieurs, mécaniciens, constructeurs, commissaires de piste et passionnés.
Si Richard Mille a largement contribué à l’ambition du projet, c’est à Fabrice Bourrigaud qu’est revenue la mission de lui donner une âme. Directeur Culture & Héritage de l’Automobile Club de l’Ouest et directeur du M24, historien de formation, il a imaginé un parcours qui ne se contente pas de présenter des voitures. « Nous sommes des passeurs d’histoires », résume-t-il.
La formule paraît simple. Elle résume pourtant toute la philosophie du M24. Les voitures n’y sont jamais présentées comme de simples objets de collection. Chacune raconte une aventure humaine, une innovation technique, une victoire, parfois une défaite ou un destin exceptionnel. L’objectif n’est pas seulement d’admirer une Bentley victorieuse, une Porsche mythique ou une Rondeau historique, mais de comprendre pourquoi ces automobiles occupent une place particulière dans la mémoire collective du sport automobile.
Cette volonté de raconter plutôt que d’exposer se ressent dès les premiers instants de la visite. Le parcours débute de manière relativement classique. Les premières salles replacent les 24 Heures du Mans dans leur contexte historique, expliquent la naissance de l’épreuve en 1923 et rappellent le rôle déterminant joué par la course dans l’évolution de l’automobile. Puis, presque imperceptiblement, le musée change de rythme. Le visiteur s’apprête alors à vivre l’une des expériences les plus marquantes du M24. La suite au prochain épisode.
Gérald Aubard
Photos : LesVoitures.com
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