Dans les faits, ce radar de type chantier, installé néanmoins hors d’une zone de travaux, ce qui est fréquent en France, a été déplacé de force, basculé vers une voie ferrée secondaire, neutralisant ainsi toute capacité de contrôle. L’épisode s’inscrit dans une série de dégradations qui touchent régulièrement le parc français de radars automatiques, déjà fortement impacté par les récentes manifestations agricoles où de nombreux dispositifs de contrôle de la vitesse ont été incendiés ou recouverts. Depuis 2018, la contestation sociale a transformé ces machines en cibles privilégiées, perçues comme des instruments de taxation plus que de sécurité.
Une récente étude du Cerema, publiée en mars dernier, vient renforcer ce sentiment : elle démontre que l’entretien des routes et les investissements dans les infrastructures réduiraient bien davantage la mortalité que l’ajout de nouveaux radars. Les chiffres sont éloquents : les routes départementales représentent 34 % du réseau mais concentrent 59 % des décès en 2024, et pour 30 % des accidents mortels, l’infrastructure elle‑même est en cause. Autrement dit, multiplier les radars ne compense pas une chaussée dégradée ou une signalisation incohérente. Pourtant, l’État continue de miser sur la répression automatisée, alors même que leur effet sur la mortalité routière est tombé à 1 ou 2 % par an, contre 10 à 20 % dans les années 2000. Quant au dernier bilan définitif 2025 publié par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), il met en avant, hélas, une hausse du nombre de décès en France métropolitaine et outre-mer : 3 515 mort, +2,4 % comparativement à 2024.
La loi, elle, ne laisse aucune ambiguïté : la destruction ou la dégradation d’un radar constitue un délit passible de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, peine alourdie en cas de mise en danger d’autrui (articles 322‑1 et 322‑2 du Code pénal). Mais cette sévérité juridique ne suffit pas à enrayer une défiance croissante. Les radars représentent pour beaucoup une manne financière : plus d’un milliard d’euros de recettes annuelles, dont une partie seulement est réinvestie dans la sécurité routière. Ce décalage nourrit l’idée que l’État préfère sanctionner que prévenir.
Le cas basque illustre donc une fracture : d’un côté, des autorités qui défendent les radars comme outils de dissuasion, de l’autre, une population qui les considère comme des symboles d’injustice fiscale. Quand un radar automatique, de type chantier, donc mobile, est poussé vers une voie ferrée, ce n’est pas seulement un acte de vandalisme, c’est un geste politique, provocateur, qui traduit une exaspération face à une politique du « tout‑radars » jugée inefficace et punitive.
Enfin, une question demeure : la sécurité routière doit‑elle continuer à reposer sur la multiplication des contrôles automatisés, ou sur un investissement massif dans des routes sûres et entretenues ? Le Cerema a tranché, chiffres à l’appui. Reste à savoir si l’État français acceptera de revoir sa stratégie alors que, dès 2027, les maires, sous conditions, pourront directement installer des radars automatiques dans leurs communes.
La rédaction
Photos et vidéo : LesVoitures.com
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