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Radars : une étude révèle que l’entretien des routes sauverait plus de vies

Une analyse approfondie réalisée par le Cerema, en collaboration avec l’Université Gustave‑Eiffel, remet frontalement en cause la stratégie française centrée sur les radars. Selon ces travaux, l’amélioration de l’état des routes et les investissements dans les infrastructures auraient un impact bien supérieur sur la baisse de la mortalité sur les départementales que l’installation de nouveaux dispositifs de contrôle automatisé. Un constat d’autant plus frappant que le nombre de radars ne cesse pourtant d’augmenter.

Les chiffres provisoires de la Sécurité routière pour 2025 dressent un bilan préoccupant : 3 513 décès, soit +2,36 % par rapport à 2024, +3,38 % par rapport à 2023 et +0,43 % par rapport à 2019, en France métropolitaine et en outre-mer. En métropole, la tendance est similaire : +2,1 % sur un an, –4,06 % sur deux ans, mais une quasi‑stagnation sur six ans (+0,49 %). Malgré cette évolution défavorable, les autorités continuent de miser prioritairement sur la répression de la vitesse. La Cour des comptes avait déjà alerté en 2021 : l’effet des radars sur la mortalité ne justifie plus leur coût depuis 2013. L’étude du Cerema vient confirmer cette dérive en questionnant clairement le « tout‑radars ».

Les chercheurs du Cerema ont analysé les routes départementales à double sens entre 2007 et 2017, en comparant plusieurs approches de sécurité routière : une stratégie dite essentielle (application stricte des obligations légales), une stratégie réactive (interventions ciblées après accidents graves), une stratégie proactive (prévention fondée sur l’analyse d’accidentologie) et une stratégie globale (coordination, aménagements, prévention, suivi). Leur conclusion est sans ambiguïté : l’entretien du réseau routier est nettement plus efficace que l’ajout de radars, même si ces derniers conservent un rôle dans la réduction des comportements dangereux.

Les routes départementales ne représentent que 34 % du réseau, mais concentrent 59 % des décès en 2024. L’étude rappelle que « pour 30 % des accidents mortels, au moins un facteur contributif était lié à l’infrastructure parmi d’autres facteurs ». Dégradations de chaussée, visibilité insuffisante, signalisation incohérente : autant d’éléments qui pèsent lourd dans l’accidentalité. Le Cerema insiste : «  ll y a donc un enjeu important lié à la sûreté des infrastructures routières. »

Les politiques locales apparaissent d’ailleurs bien plus efficaces que les mesures nationales uniformes. Leur impact dépend fortement de la cohérence entre la stratégie choisie et les caractéristiques du territoire : densité de population, topographie, trafic, ruralité, profil socio‑économique. Le Cerema rappelle que si les radars « jouent un rôle important de dissuasion sur les comportements à risque », leur effet sur la mortalité départementale n’est plus que de 1 à 2 % par an, contre 10 à 20 % entre 2003 et 2012. « Leur effet différencié entre départements est très faible », précise l’étude.

À l’inverse, les investissements dans les infrastructures permettent une baisse de 5 à 7 % de la mortalité chaque année. Les modélisations montrent même que des stratégies proactives ou globales pourraient réduire les accidents mortels de 10 à 17 % dans les zones rurales à PIB élevé, où les écarts d’efficacité entre mesures sont les plus marqués. Pourtant, seuls 24 % des départements appliquent la stratégie identifiée comme optimale pour leur territoire. Les chercheurs y voient la preuve de marges d’amélioration considérables.

Enfin, la Ligue de défense des conducteurs s’appuie désormais sur ces conclusions pour relancer sa pétition « Stop aux radars ». L’association rappelle qu’un radar « ne rend pas miraculeusement sûre une infrastructure potentiellement dangereuse, ne compense pas une route mal conçue, mal entretenue ou une signalisation incohérente ». Et d’ajouter : « Ce que crient donc tous les chiffres, c’est qu’investir dans les routes sauve plus de vies que multiplier les radars. » La pétition compte plus de 64 900 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com

Publié par
Frédéric Martin

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