Les organisations professionnelles de la distribution de carburants alertent désormais avec insistance sur les conséquences directes de la transition énergétique accélérée. La publication de la PPE 3, la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie 2025‑2035, vient confirmer une trajectoire qui inquiète profondément les acteurs du secteur. Cette feuille de route gouvernementale prévoit une réduction massive et continue de la consommation de carburants fossiles, avec des effets potentiellement dévastateurs sur le réseau français de distribution.
Aujourd’hui, les stations‑service délivrent 41 millions de m³ de carburants traditionnels par an, un volume qui constitue encore l’un des piliers de la mobilité quotidienne. La PPE 3 acte une baisse programmée de 6 % par an sur les dix prochaines années, une décroissance d’une ampleur inédite. « Cette trajectoire va impacter le maintien du réseau de distribution pour des carburants qui resteront en partie indispensables au‑delà de 2035, tout particulièrement sur les territoires ruraux et périurbains », s’inquiètent les organisations professionnelles (FF3C, FFP et Mobilians). En l’état, la PPE 3 ne prévoit aucun dispositif spécifique visant à soutenir le maintien des services assurés par les entreprises de la distribution de carburants face à ces mutations profondes. Rappelons que la PPE 3 confirme que le leasing social destinée aux voitures électriques sera de retour en 2026.

Les inquiétudes ne datent pas d’hier. Une étude menée par Mobilians, premier mouvement de chefs d’entreprise du commerce et de la réparation automobile et des services de mobilité, publiée en avril 2022, estimait déjà que près de 1 500 stations‑service indépendantes pourraient disparaître d’ici 2035 si aucune mesure d’accompagnement n’était mise en place. Cette projection, qui reposait sur l’évolution des volumes, les coûts d’exploitation et les investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures, semble aujourd’hui plus crédible que jamais au regard des orientations de la PPE 3. « La distribution de carburants ne se limite pas aux stations‑service : elle est indispensable au bon fonctionnement de secteurs stratégiques tels que l’agriculture, le transport, le BTP et de nombreuses activités économiques locales. », s’inquiètent les syndicats.

La situation est d’autant plus préoccupante que les carburants fossiles, bien que voués à diminuer, resteront indispensables au‑delà de 2035 pour une partie du parc roulant, notamment dans les zones rurales où les voitures électriques progressent plus lentement en termes de ventes. La disparition progressive des stations indépendantes pourrait entraîner une dégradation de l’accessibilité, une augmentation des distances à parcourir pour se ravitailler et, à terme, une hausse des coûts pour les automobilistes. Les professionnels redoutent également un affaiblissement du maillage territorial, pourtant essentiel pour garantir la continuité des services de mobilité.

Enfin, face à ces enjeux, les organisations professionnelles demandent au gouvernement d’intégrer dans la PPE 3 des mesures de soutien ciblées, afin d’éviter un effondrement du réseau français de stations-service. Elles rappellent que les stations‑service jouent un rôle bien plus large que la simple vente de carburant : elles assurent un service public de proximité, soutiennent l’activité économique locale et garantissent l’approvisionnement de secteurs stratégiques. Sans accompagnement, la transition énergétique pourrait se traduire par une fragilisation profonde de territoires déjà vulnérables.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com

