La trajectoire européenne de Tesla prend une tournure inattendue. Alors que la marque californienne avait fait de la Gigafactory de Berlin un pilier stratégique de son expansion sur le Vieux Continent, l’avenir du site de Grünheide apparaît aujourd’hui plus incertain que jamais. Entre effondrement des ventes, tensions sociales croissantes et productivité jugée insuffisante, l’hypothèse d’un ralentissement majeur, voire d’une remise en cause du projet allemand, n’est plus taboue.

La Gigafactory de Tesla située en Allemagne dans la région de Berlin-Brandenburg, inaugurée en grande pompe en 2022, devait permettre à Tesla de consolider sa présence en Europe en produisant localement le Model Y, son best-seller mondial. Mais la dynamique commerciale s’est brutalement retournée. Selon les données consolidées pour 2025, la demande européenne pour les modèles de la marque s’est contractée mois après mois, au point d’atteindre un niveau inférieur à celui observé avant même que l’usine allemande ne monte en cadence. D’après l’ACEA, les immatriculations de Tesla dans l’Union européenne ont chuté de 38,8 % entre janvier et novembre 2025, comparé à la même période en 2024. Une baisse d’une ampleur rare sur le marché des voitures électriques qui prend de l’essor, même si ce dernier reste insuffisant.

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Ce paradoxe fragilise la justification économique de la Gigafactory de Tesla. À l’origine, produire en Allemagne devait permettre de réduire les coûts logistiques, d’éviter les droits de douane et de raccourcir les délais de livraison. Mais ce modèle repose sur un volume élevé et stable. Or, Tesla vend aujourd’hui moins de voitures électriques en Europe qu’à l’époque où elle importait l’intégralité de ses modèles depuis Shanghai ou Fremont. En 2022, avant l’ouverture du site, les volumes européens étaient régulièrement supérieurs à ceux enregistrés en 2025. Une situation qui remet en question la pertinence d’une production locale coûteuse, dans un pays où les charges et les salaires figurent parmi les plus élevés du continent.

À l’échelle mondiale, la Gigafactory de Tesla basée en Allemagne, à Grünheide, a certes permis de libérer des capacités de production aux États-Unis et en Chine, mais son apport direct au marché européen apparaît désormais limité. Dans un contexte économique de contraction de la demande, Tesla pourrait être tentée de recentrer sa production sur ses sites les plus compétitifs, au détriment de l’Europe. L’engagement d’Elon Musk et ses frasques, lors de sa présence au sein du gouvernement des États-Unis de Donald Trump a, rappelons-le, joué un rôle très négatif sur les ventes de Tesla.

Ce climat économique tendu se double d’un conflit social de plus en plus visible. À Grünheide, les relations entre la direction et le syndicat IG Metall se sont nettement dégradées à l’approche des élections du comité d’entreprise. Le directeur du site, André Thierig, aurait fixé une « ligne rouge » face à la revendication d’une semaine de 35 heures, une norme largement répandue dans l’industrie allemande. Selon le quotidien économique Handelsblatt, la direction aurait averti les salariés que l’avenir du site pourrait être compromis si le syndicat renforçait son influence.

Tesla, fidèle à sa culture d’entreprise historiquement peu favorable à la syndicalisation, redoute qu’un comité d’entreprise dominé par IG Metall ne freine sa flexibilité opérationnelle. Le constructeur automobile de voitures électriques lie désormais explicitement la poursuite des investissements à l’issue de ce bras de fer social. Une stratégie déjà observée aux États-Unis, où la marque a multiplié les mises en garde face aux tentatives de syndicalisation dans ses usines.

André Thierig aurait également mis en avant les écarts de productivité entre la Gigafactory Tesla de Berlin-Brandenburg et les sites américains ou chinois du groupe. En filigrane, un message clair : si les coûts augmentent et que la productivité ne progresse pas, Tesla pourrait décider de privilégier d’autres implantations. Dans un contexte où les ventes européennes de voitures s’effondrent, ces déclarations prennent une dimension particulièrement sensible.

Enfin, l’avenir de la production en Allemagne de voitures électriques Tesla au sein de la Gigafactory dépendra donc de deux variables étroitement liées : la capacité de la marque à enrayer la chute de ses ventes en Europe, et l’issue du bras de fer social qui se joue actuellement à Grünheide. Pour l’heure, la Gigafactory de Berlin-Brandenburg, autrefois symbole de l’ambition européenne de Tesla, apparaît plus que jamais sous pression.

La rédaction

Photos : Tesla

Frédéric Martin

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