La Sécurité routière a annoncé le vendredi 30 janvier 2026 une dégradation inquiétante de la situation sur les routes françaises. Si la mortalité routière globale repart à la hausse, c’est surtout l’explosion des accidents impliquant les trottinettes électriques qui marque un tournant dramatique. Les chiffres publiés par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) dressent un constat sans appel : les nouvelles mobilités, longtemps présentées comme une alternative douce, deviennent l’un des foyers les plus meurtriers de la circulation urbaine.

Après deux années sous la barre des 3 200 décès (3 167 en 2023 et 3 193 en 2024), la mortalité routière atteint 3 260 morts en 2025 en France métropolitaine, soit + 2,1 %. Cela représente 67 victimes supplémentaires en un an. Dans les Outre-mer, la situation est encore plus préoccupante avec 253 décès, soit une hausse de 6 %. Mais derrière ces chiffres globaux, un phénomène domine : la montée fulgurante des accidents mortels liés à l’utilisation des trottinettes électriques, qui enregistrent 80 décès, soit 35 de plus qu’en 2024, une progression d’une brutalité inédite. À quand une réelle prise de conscience au sujet de la dangerosité de la trottinette électrique ?

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Le nombre de blessés graves suit la même tendance. L’ONISR estime à 16 600 le nombre de personnes grièvement blessées en 2025, soit + 4 %. Dans un communiqué, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, Marie-Pierre Vedrenne, évoque « 3 513 vies perdues » (France métropolitaine et outre-mer) et dénonce une réalité « inadmissible ». Elle rappelle que les comportements à risque restent au cœur du problème. L’alcool, les stupéfiants et la vitesse demeurent des facteurs majeurs, mais la ministre insiste sur l’usage détourné du protoxyde d’azote, responsable selon elle d’accidents « trop nombreux », un fléau que le gouvernement place désormais au rang de priorité d’action pour 2026. Et les trottinettes électriques ?

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Si les occupants de voitures de tourisme représentent encore la majorité des victimes avec 1 563 morts, la dynamique la plus préoccupante concerne les engins de déplacement personnel motorisés (EDPm). Les trottinettes électriques, omniprésentes dans les grandes villes, deviennent l’un des symboles de cette insécurité croissante. Leur usage massif, souvent anarchique, s’accompagne d’une méconnaissance persistante des règles de circulation. Les chiffres de 2025 montrent que ces engins, pourtant limités à 25 km/h, quand ils ne sont pas débridés, sont impliqués dans des accidents d’une violence extrême, parfois mortels même à faible vitesse.

Les autres usagers vulnérables ne sont pas épargnés. 501 piétons ont perdu la vie en 2025, soit 45 de plus qu’en 2024, et 234 cyclistes ont été tués, soit 10 de plus. À l’inverse, la mortalité des deux-roues motorisés recule légèrement avec 691 décès, soit 29 de moins. Mais la progression des accidents impliquant les trottinettes électriques est telle qu’elle efface presque les améliorations observées ailleurs.

La situation des mineurs constitue un autre signal d’alarme. Les décès d’enfants de 0 à 13 ans augmentent de 12, tandis que ceux des 14-17 ans bondissent de 41. Cette hausse touche directement les nouvelles mobilités, car les adolescents figurent parmi les principaux utilisateurs de trottinettes électriques, souvent sans équipement de protection et parfois en infraction.

Dans ce contexte, il est essentiel de rappeler les règles de circulation des trottinettes électriques, trop souvent ignorées, sachant qu’il faut être âgé au minimum de 14 ans pour les utiliser. Une trottinette électrique doit circuler sur les pistes cyclables lorsqu’elles existent, sinon sur la chaussée, uniquement dans les zones limitées à 50 km/h maximum. La vitesse est strictement limitée à 25 km/h. Le transport de passagers est interdit, tout comme la circulation sur les trottoirs, sauf zones explicitement autorisées. Le port du casque n’est pas obligatoire pour les adultes, mais il est vivement recommandé, tout comme les gants et les équipements réfléchissants le jour. L’usage du téléphone, des écouteurs ou de substances illicites altérant la vigilance est strictement interdit, avec les mêmes sanctions que pour les automobilistes. Une assurance est aussi obligatoire pour utiliser une trottinette électrique.

Ces règles, pourtant simples, sont massivement bafouées en trottinette électrique. Les forces de l’ordre constatent régulièrement que les propriétaires de trottinettes électriques roulent à deux, circulant aussi sur les trottoirs, grillant les feux, ou dépassant largement la vitesse autorisée grâce à des modifications illégales. La multiplication des flottes en libre-service a également contribué à banaliser des comportements dangereux, notamment la conduite sous l’emprise de l’alcool, devenue un facteur majeur d’accidents nocturnes.

Enfin, les 80 morts recensés en 2025 ne sont pas un accident statistique, mais le symptôme d’un phénomène profond : les trottinettes électriques, présentées comme un outil de mobilité douce, représentent désormais un vecteur majeur d’accidents graves lorsqu’elle est mal utilisée. La Sécurité routière appelle désormais à une prise de conscience urgente. Les chiffres de 2025 rappellent que la route, même à faible vitesse, reste un espace où la moindre erreur peut être fatale. L’année 2026 devra impérativement marquer un tournant, sous peine de voir cette hécatombe silencieuse se poursuivre.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com et Sécurité routière

Frédéric Martin

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