À partir du 1er avril 2026, les copropriétés françaises bénéficieront d’un coup de pouce financier substantiel pour s’équiper en bornes de recharge électrique. Ce changement a été officialisé le 23 mars dernier dans le cadre du programme Advenir, piloté par l’Avere-France et financé par les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), sous la supervision conjointe de l’État et de l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Concrètement, le plafond de la prime accordée pour les infrastructures collectives grimpe de 8 000 à 12 500 € pour les parkings comptant jusqu’à 100 places, avec un complément de 125 € par place supplémentaire au-delà de ce seuil. Les parkings extérieurs, réputés plus complexes à raccorder au réseau, profitent quant à eux d’une surprime pouvant atteindre 8 000 €. Rapporté au coût moyen d’une installation, évalué à environ 25 000 € par immeuble, ce nouveau dispositif d’aides à l’installation de bornes de recharge permet théoriquement de couvrir près de la moitié de la facture totale. Un effort d’autant plus significatif que la recharge à domicile demeure la solution la moins chère du marché, avec un coût autour de 3 € pour 100 kilomètres, très loin des tarifs pratiqués en recharge rapide ou sur voie publique.

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Pourtant, malgré une décennie de dispositifs existants, l’équipement des copropriétés accuse un retard considérable au regard du fait que 45 % de la population française vit en immeuble. Les derniers chiffres publiés par l’Avere début 2026 révèlent une progression réelle mais insuffisante. Près de 40 000 immeubles ont validé un projet d’infrastructure collective, soit environ 16 % du parc concerné. Mais seuls un peu plus de 15 000 immeubles sont aujourd’hui effectivement équipés de bornes de recharge, ce qui ne représente que 6 % des copropriétés disposant d’un parking. Du côté des points de recharge eux-mêmes, environ 37 000 installations sont recensées en résidentiel collectif, en progression de plus de 30 % sur un an, une dynamique encourageante, mais très loin de ce que l’ampleur du parc immobilier exigerait. L’écart entre les projets votés et les chantiers effectivement réalisés illustre à lui seul la lenteur chronique du déploiement. Le « droit à la prise », qui permet en théorie à tout occupant de faire installer une borne à ses frais, reste lui aussi peu mobilisé à grande échelle dans la pratique.

Les raisons de ce blocage sont multiples. La principale tient à la structure même de la décision en copropriété : l’installation d’une infrastructure collective nécessite un vote en assemblée générale, face à des copropriétaires parfois peu concernés par la mobilité électrique et réticents à financer un équipement dont ils ne tireront pas de bénéfice immédiat. S’ajoutent à cela des contraintes techniques parfois lourdes : dans de nombreux immeubles anciens, le réseau électrique nécessite une adaptation significative, voire une refonte complète. Les parkings extérieurs, plus difficiles à raccorder, peuvent voir leurs coûts fortement augmenter. Les démarches administratives, bien que partiellement prises en charge par des opérateurs spécialisés, continuent d’être perçues comme complexes. Certains acteurs tentent de contourner ces obstacles en proposant de préfinancer les travaux, afin de ne pas faire peser l’investissement initial sur les copropriétaires, mais ce secteur attire aussi des pratiques douteuses, et la vigilance face aux arnaques reste de mise.

Enfin, l’enjeu, en réalité, dépasse largement la question de l’équipement des seuls immeubles. Environ 86 % des recharges de voitures électriques s’effectuent aujourd’hui à domicile. Sans accès à une prise dans son propre parking, passer à l’électrique devient plus contraignant au quotidien et moins pertinent économiquement. La recharge en copropriété constitue donc un maillon indispensable de la transition énergétique. Les nouvelles aides destinées aux bornes de recharge vont clairement dans le bon sens en réduisant une partie de la barrière financière. Mais tant que les freins techniques et les difficultés de gouvernance entre copropriétaires ne seront pas levés, le déploiement continuera d’avancer à un rythme bien inférieur aux besoins réels, d’autant qu’aucune trajectoire nationale chiffrée n’est aujourd’hui fixée pour l’équipement des copropriétés.

La rédaction

Photos : Volkswagen

Frédéric Martin

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