Les images spectaculaires d’une Tesla ravagée par les flammes en quelques minutes suffisent à relancer l’idée selon laquelle les voitures électriques seraient des engins hautement inflammables. Les réseaux sociaux s’en emparent, les médias généralistes amplifient, et l’opinion publique retient surtout l’émotion. Pourtant, les données officielles dressent un tableau radicalement différent : les voitures électriques prennent feu infiniment moins souvent que les modèles thermiques. Ce qui ne signifie pas que leur extinction soit simple.
Selon une analyse publiée par le site américain Auto Insurance EZ, fondée sur des données du Bureau of Transportation Statistics (BTS) et du National Transportation Safety Board (NTSB) collectées entre 2010 et 2022, seulement 25,1 voitures ou autres véhicules électriques sur 100 000 ont été impliqués dans un incendie, soit 0,025 %. À titre de comparaison, les véhicules thermiques affichent 1 529,9 incendies pour 100 000 unités, soit 1,53 %. Le rapport est vertigineux : 1 à 60. Les incendies sont donc beaucoup moins fréquents sur les voitures électriques.

Cette disproportion s’explique aisément. Une voiture thermique embarque un moteur à combustion, un circuit d’alimentation en carburant, une boîte de vitesses, des fluides inflammables et de multiples sources de chaleur. À l’inverse, une voiture électrique ne possède ni carburant liquide, ni échappement brûlant, ni huile moteur portée à haute température. Mais si les incendies des voitures électriques sont beaucoup plus rares, ils sont aussi nettement plus difficiles à maîtriser. La batterie lithium-ion, installée dans le plancher, est un ensemble hermétique composé de centaines de cellules. En cas de choc violent, de défaut interne ou de court-circuit, une cellule peut entrer en surchauffe brutale, atteignant plus de 600 °C en quelques dixièmes de seconde, voire 1 000 °C dans les cas extrêmes.

Le phénomène redouté porte un nom : l’emballement thermique. Une cellule en surchauffe transmet sa chaleur aux cellules voisines, qui s’enflamment à leur tour. La réaction se propage alors comme une traînée de poudre jusqu’à la destruction complète du pack. Pire encore : la combustion des cellules ne nécessite pas d’oxygène extérieur, les matériaux chimiques produisant eux-mêmes les gaz qui alimentent le feu.
Face à un incendie de batterie, les techniques traditionnelles montrent rapidement leurs limites. Couper l’air ne sert à rien, puisque la réaction se nourrit de ses propres gaz. Les extincteurs à poudre ou les couvertures anti-feu peuvent même aggraver la situation en piégeant des gaz toxiques comme le fluorure d’hydrogène, susceptibles d’exploser lors de leur retrait. Les pompiers doivent donc adopter une stratégie différente pour venir à bout des incendies de voitures électriques : refroidir la batterie jusqu’à stopper la réaction en chaîne. L’eau reste l’agent le plus efficace, mais encore faut-il parvenir à l’amener au cœur du pack, protégé par un boîtier métallique épais et hermétique.
Pour répondre à cette difficulté, plusieurs constructeurs automobiles ont travaillé main dans la main avec les services d’incendie. Le cas le plus avancé est celui de Renault, qui a mis au point le dispositif « Fireman Access », désormais rendu open source pour l’ensemble de l’industrie automobile internationale. Ce système, à découvrir en vidéo à la fin de cet article, consiste en un point d’accès normalisé permettant aux pompiers d’injecter de l’eau directement dans le pack batterie afin d’en abaisser rapidement la température.

D’autres méthodes existent, comme les « piercing nozzles », des lances perforantes capables de traverser le plancher pour projeter de l’eau au contact des modules. Leur efficacité est réelle, mais leur utilisation présente un risque : introduire un objet métallique dans un environnement haute tension peut provoquer des décharges électriques. L’usage à distance est donc impératif. Et lorsque l’accès est impossible ou trop dangereux, les secours n’ont parfois d’autre choix que de sécuriser le périmètre et laisser la batterie se consumer, une procédure contre-intuitive mais souvent la plus sûre.
Enfin, face à ces enjeux liés aux incendies des voitures électriques, l’Union européenne travaille à l’élaboration de normes communes visant à standardiser les points d’accès, les procédures d’intervention et les exigences de conception des batteries. Pour l’heure, aucun texte définitif n’a été adopté, mais la dynamique est engagée, portée par la croissance rapide du parc électrique et la nécessité d’harmoniser les pratiques, pour la sécurité des automobilistes. Place à la vidéo de notre ami Nicolas, sur le sujet du « Fireman Access » Renault.
La rédaction
Photos : capture d’écran YouTube, Auto Insurance EZ, Renault et LesVoitures.com

