Le gouvernement a dévoilé, le 27 mars 2026, un dispositif d’urgence évalué à près de 70 millions d’euros, limité au seul mois d’avril et destiné aux secteurs les plus exposés à l’envolée des prix du carburant. La pêche, l’agriculture et le transport routier figurent au premier rang des bénéficiaires. En présentant ces mesures à Bercy, la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a insisté sur l’idée que « aider les secteurs économiques, c’est aider les Français qui travaillent. » Comme annoncé précédemment et attendu, le gouvernement ne touche pas aux taxes sur les carburants. Les transporteurs jugent d’ores et déjà les mesures adoptées insuffisantes. Des actions de blocage et escargots seront ainsi organisées dès ce week-end et lundi à Paris.

Dans ce plan décidé pour contrer l’augmentation des prix des carburants, le transport routier absorbe la plus grande part de l’enveloppe. Les petites et moyennes entreprises du secteur recevront une aide globale de 50 millions d’euros, correspondant à l’équivalent de 20 cts/l de carburant consommé. Le ministre des Transports Philippe Tabarot a précisé que cette aide, versée sous forme de forfait par véhicule, vise à soutenir les entreprises « justifiant de difficultés économiques majeures », afin de soulager leur trésorerie, alors que les taxes sur les carburants ne bougeront pas.

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Cette annonce intervient alors que la tension monte dans la profession. Plusieurs organisations de transporteurs avaient déjà enclenché des préparatifs d’actions régionales dès ce week‑end pour exprimer leur exaspération. La FNTR (Fédération Nationale des Transports Routiers), par la voix de Florence Berthelot, a immédiatement dénoncé un dispositif insuffisant et trop complexe, parlant d’« une usine à gaz ». L’Union TLF (Transport et Logistique de France), de son côté, regrette une « nouvelle politique du chèque » qui ne répond qu’à une situation ponctuelle sans apporter de solution durable.

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Quant aux pêcheurs français, ils bénéficieront eux aussi d’un soutien, sous la forme d’un remboursement équivalent à 20 cts/l de gazole marin consommé en avril. Cette mesure, estimée à 5 millions d’euros pour un mois, doit permettre aux navires de continuer à sortir en mer.

Les agriculteurs ne sont pas oubliés : le gouvernement annonce une exonération du droit d’accise sur le gazole non routier (GNR) utilisé dans les engins agricoles. Cette mesure représente 14 millions d’euros, soit une réduction d’environ quatre centimes par litre. Une baisse jugée dérisoire par Luc Smessaert, vice‑président de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles). Il prévient que des actions pourraient suivre si les revendications ne sont pas entendues. En revanche, aucune mesure n’a encore été annoncée pour les professionnels fortement dépendants de leurs déplacements, comme les infirmières libérales, pourtant évoquées ces derniers jours par l’exécutif.

Le gouvernement prévoit de présenter, dès la semaine prochaine, les premières étapes de son plan d’électrification de l’économie, destiné à réduire la dépendance nationale aux énergies fossiles dont les prix flambent depuis le début de la guerre au Moyen‑Orient. L’objectif affiché est de faire passer cette dépendance de 60 % à 40 % d’ici 2030, notamment grâce à l’essor des véhicules électriques et des pompes à chaleur.

Sébastien Lecornu a rappelé que les aides seraient « mensuellement renouvelables, mais avec un pilotage très fin », en cohérence avec la volonté de maintenir la trajectoire des finances publiques. Le déficit public, annoncé à 5,1 % du PIB en 2025, est légèrement meilleur que prévu, et l’exécutif espère désormais passer « sous les 5 % » en 2026.

Depuis le début de la crise énergétique, l’exécutif reste inflexible sur un point : il n’est pas question de réduire les taxes sur les carburants, qui représentent entre 50 et 55 % du prix à la pompe. Le gouvernement refuse également de diminuer la TVA sur les énergies, une mesure jugée trop coûteuse, ou de bloquer les prix, ce qui pourrait selon lui provoquer une « pénurie ».

Enfin, un élément majeur vient renforcer la tension actuelle liée aux prix des carburants : les transporteurs routiers prévoient des manifestations dès ce week‑end pour protester contre la hausse continue du diesel et l’insuffisance des mesures annoncées pour contrer la hausse des prix des carburants. De plus, une opération escargot est programmée au lundi 30 mars prochain au matin, sur le périphérique de Paris. Plusieurs fédérations estiment que la situation devient intenable, et que la survie de nombreuses entreprises du secteur est en jeu.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com

Frédéric Martin

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