Rédaction

Radars : un milliard de recettes, pas pour sauver des vies

La France n’a jamais compté autant de radars sur son réseau routier, et pourtant la mortalité ne baisse plus. L’été 2025 marque même une inquiétante remontée, avec 338 morts en juillet et 341 en août, malgré un arsenal répressif toujours plus dense. C’est ce constat paradoxal que met en lumière l’association « 40 millions d’automobilistes », qui publie un reportage d’enquête intitulé « Radars : la sécurité routière au point mort ». Une analyse qui interroge frontalement l’efficacité d’un modèle devenu au fil du temps plus lucratif que réellement protecteur.

D’après « 40 millions d’automobilistes », depuis plus de 20 ans, l’État et la Sécurité routère ont fait le choix d’un système centré presque exclusivement sur la vitesse. Ce choix génère aujourd’hui plus d’un milliard d’euros de recettes annuelles, dont 800 millions d’euros d’amendes forfaitaires et environ 300 millions d’euros de majorations. Pendant ce temps, les causes majeures d’accidents mortels (alcool, stupéfiants, fatigue, distraction) demeurent insuffisamment combattues. Le contraste est saisissant : la France dispose désormais d’environ 4 700 radars en 2025, mais la mortalité routière stagne autour de 3 200 morts par an depuis plus d’une décennie.

Ainsi, les chiffres officiels de novembre 2025, publiés par l’ONISR (Observatoire National interministériel de la Sécurité Routière) confirment, après un été catastrophique (679 morts en juillet et août 2025), une tendance préoccupante. 270 personnes ont perdu la vie sur les routes de France métropolitaine en novembre 2025, contre 266 un an plus tôt, soit une hausse supplémentaire malgré un réseau saturé de radars. La mortalité progresse notamment chez les piétons, avec 8 décès de plus, tandis qu’elle reste stable pour les automobilistes.

Les données de novembre 2025 montrent également une aggravation chez les moins de 18 ans (+5 tués), les 18‑24 ans (+6 tués) et les 25‑64 ans (+3 tués). Ces derniers chiffres sont, entre autres, liés aux voiturettes et à l’usage en hausse des trottinettes électriques. Seuls les conducteurs de plus de 65 ans voient leur mortalité reculer, avec 11 décès de moins. La situation varie aussi selon les types de routes : les décès diminuent en agglomération (–17 tués), mais augmentent sur les routes hors agglomération (+8 tués) et sur autoroute (+12 tués). Des chiffres qui illustrent une réalité simple : malgré un arsenal de radars répressifs toujours plus massif, la mortalité ne recule plus. L’année 2025 devrait ainsi être marquée par une augmentation historique des tués sur nos routes.

Le reportage réalisé par « 40 millions d’automobilistes » rappelle que la baisse spectaculaire de la mortalité dans les années 2000 avait commencé avant même le déploiement massif des radars automatiques. L’outil, initialement pensé comme un levier de prévention, s’est progressivement transformé en un système de contrôle-sanction automatisé, institutionnalisé et durable. Pour Pierre Chasseray, délégué général de l’association, « le système est devenu un modèle économique avant d’être un modèle de sécurité ». Une affirmation qui prend tout son sens à la lumière des chiffres, qui montrent l’essoufflement d’une stratégie centrée sur la seule vitesse.

L’enquête souligne également un déséquilibre profond. La politique actuelle liée aux radars cible l’infraction la plus simple à automatiser, le petit excès de vitesse, alors que les comportements réellement accidentogènes échappent largement à la détection automatisée. L’alcool et les stupéfiants restent impliqués dans une part majeure des accidents mortels. La fatigue et la distraction progressent fortement. Les jeunes conducteurs demeurent particulièrement vulnérables, sans bénéficier d’outils de prévention adaptés.

Dans ce contexte, l’association rappelle une évidence liée à la sécurité routière que partagent de nombreux experts : un radar ne détecte ni l’alcool, ni le cannabis, ni la cocaïne, ni le protoxyde d’azote, dont la consommation explose chez certains conducteurs. Or ces comportements représentent un danger massif, bien supérieur à celui d’un automobiliste flashé par un radar à 5 km/h au-dessus de la limite. Une véritable police de la route, visible, formée et présente sur le terrain, serait beaucoup plus efficace pour lutter contre ces dérives. Les radars sanctionnent ce qui est facile à mesurer, pas ce qui tue réellement.

Rappelons que les futurs radars utilisant l’IA, capables théoriquement de détecter téléphone au volant, ceinture non attachée ou absence d’assurance, ne seront pas déployés en 2026. Leur financement, leur cadre réglementaire et leur intégration technique nécessitent encore plusieurs années de préparation. La France restera donc encore longtemps dépendante d’un système dont l’efficacité réelle est contestée.

Pour Philippe Nozière, président de « 40 millions d’automobilistes », « les automobilistes ne contestent pas la sanction des comportements dangereux, mais un système déséquilibré, opaque et déconnecté des vrais facteurs d’accidents ». Continuer dans le « tout-radar » reviendrait à ignorer l’échec d’une politique arrivée à bout de souffle.

L’association « 40 millions d’automobilistes » appelle à une refonte profonde de la stratégie nationale menée notamment par la Sécurité routière. Elle plaide pour sortir d’une approche exclusivement répressive centrée sur la vitesse, pour réorienter une partie significative des recettes vers la prévention, le dépistage et l’éducation routière, et pour renforcer la lutte contre l’alcool, les stupéfiants, la fatigue et la distraction. Elle demande également davantage de transparence sur l’utilisation des fonds et une évaluation objective de l’efficacité des mesures.

Enfin, une question demeure, lourde de sens : la France veut-elle réellement améliorer la sécurité routière, ou simplement maintenir un système rentable qui sanctionne, avec les radars, ce qu’il peut mesurer plutôt que ce qui tue réellement sur les routes ? Concluons avec la vidéo publiée par « 40 millions d’automobilistes ».

 

La rédaction

Photos : LesVoitures.com

Publié par
Frédéric Martin

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