C’est un moment charnière pour Maranello, un basculement que même les ingénieurs les plus conservateurs ne peuvent plus ignorer. Ferrari dévoile enfin la première voiture 100 % électrique de son histoire, un modèle baptisé Luce, qui s’impose immédiatement comme un manifeste technologique autant qu’un pari stratégique. Présentée à Rome, sur les terres de la première victoire de 1947, cette création inaugure une ère où le cheval cabré doit prouver qu’il peut encore imposer sa griffe sans l’appui d’un V12 atmosphérique, longtemps considéré comme l’ADN mécanique de la marque.

La Ferrari Luce électrique rompt volontairement avec les archétypes maison. Ni supercar, ni berlinette, elle adopte une silhouette à 4 portes et surtout une configuration à 5 places, une première absolue pour Ferrari. Avec 5,02 m de long, 1,99 m de large, 1,54 m de haut et un empattement de 2,96 m, elle s’inscrit dans les proportions d’une GT familiale, assumant une habitabilité généreuse et un coffre de 597 l, des valeurs qui la placent à l’opposé de la radicalité compacte des modèles historiques.

Ferrari Luce électrique

Le design de la Ferrari Luce électrique, confié au collectif LoveFrom dirigé par Jony Ive et Marc Newson, sous la supervision du Ferrari Design Studio, s’éloigne des codes sculpturaux traditionnels de Maranello. La surface paraît volontairement épurée, presque clinique, avec des volumes continus qui privilégient la pureté aérodynamique au détriment de la tension visuelle.

Les proportions massives, accentuées par les jantes de 23 pouces à l’avant et 24 pouces à l’arrière, les plus grandes jamais montées de série sur une Ferrari, donnent à l’ensemble une présence indéniable mais aussi une certaine lourdeur. L’avant, très fermé, manque de profondeur et de relief, tandis que la poupe, volontairement lissée, semble hésiter entre élégance minimaliste et anonymat stylistique. L’ensemble respire la sophistication, mais certains y verront une dilution de l’agressivité iconique qui faisait la singularité des Ferrari thermiques.

Ferrari Luce électrique

Sur le plan technique, la Ferrari Luce électrique se positionne comme une démonstration de force. Elle repose sur une plateforme entièrement nouvelle intégrant 4 électromoteurs synchrones à aimants permanents, chacun pilotant une roue de manière indépendante. La puissance cumulée atteint 1 050 ch, pour un couple total de 990 Nm, avec une gestion vectorielle capable de moduler instantanément la répartition entre essieux et entre roues.

Le poids à vide, 2 260 kg, impose un travail colossal sur la dynamique, mais Ferrari revendique une agilité comparable à celle de ses modèles thermiques pour sa première voiture électrique, grâce à un contrôle logiciel dérivé de la Formule 1 et du WEC. Les performances confirment l’ambition : 0 à 100 km/h en 2,5 s, 0 à 200 km/h en 6,8 s, 310 km/h en pointe, des chiffres qui replacent immédiatement la Ferrari Luce dans la sphère des hyper-GT électriques les plus rapides du monde.

L’alimentation électrique repose sur une batterie de 122 kWh (capacité brute), intégrée dans le plancher pour abaisser le centre de gravité. L’architecture 800 V autorise une recharge en 350 kW, et l’autonomie annoncée atteint 530 km. Ferrari insiste sur la traçabilité totale des composants de la Luce : la batterie est « entièrement conçue, validée et assemblée à Maranello », tandis que les cellules sont co‑développées avec SK On, un partenariat qui garantit densité énergétique et stabilité thermique.

Ferrari Luce électrique

Contrairement à la majorité des sportives électriques, la Ferrari Luce ne génère aucun son artificiel. Ferrari affirme que « dans une Ferrari électrique, le son ne peut exister que s’il est authentique et fonctionnel », rejetant toute simulation numérique. Le constructeur automobile italien a donc mis au point un système où les vibrations mécaniques des moteurs, captées par accéléromètre, sont retransmises telles quelles dans l’habitacle, une approche plus complexe mais plus cohérente avec la philosophie maison.

L’intérieur de la Ferrari Luce électrique, également signé LoveFrom, mêle minimalisme numérique et ergonomie traditionnelle, avec deux écrans mais aussi des commandes physiques pour les fonctions essentielles. Là encore, la pureté visuelle prime, mais certains regretteront une ambiance peut-être trop aseptisée pour une Ferrari, où l’émotion sensorielle a toujours joué un rôle central.

Ferrari Luce électrique

Enfin, quant au prix, Ferrari ne communique rien, mais les estimations dépassent largement les 500 000 €, un positionnement logique pour un modèle qui cumule première mondiale, technologie propriétaire et production limitée.

 

La rédaction

Photos : Ferrari

Frédéric Martin
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