Le freinage fantôme s’impose désormais comme l’un des signaux d’alerte les plus sérieux de l’automobile moderne. Le phénomène, longtemps relégué au rang d’anomalie isolée, touche aujourd’hui toutes les régions, y compris la Loire et la Haute‑Loire, et s’invite ce jeudi 26 février dans Envoyé spécial sur France 2. Les témoignages affluent, les collectifs s’organisent, et l’État lui‑même a lancé un questionnaire national pour recueillir des cas documentés. Le sujet n’est plus marginal : il devient systémique.
L’affaire a éclaté au grand jour en avril 2025, lorsqu’une conductrice lyonnaise, Joanna Peyrache, a vu sa Peugeot 208 s’immobiliser soudainement sur l’autoroute A40 dans l’Ain, sans obstacle apparent. Son récit, largement relayé, a provoqué une vague de réactions et mis en lumière le phénomène de freinage fantôme, ou de freinage intempestif, que de nombreux automobilistes avaient déjà subi en silence. Puis, un collectif s’est formé sur les réseaux sociaux pour alerter sur ces incidents qui pourraient être provoqués, notamment, par l’enclenchement intempestif du système AEB : Automatic Emergency Braking. Dans Envoyé spécial sur France 2, on peut s’attendre à découvrir des témoignages chocs de celles et ceux qui ont vécu un freinage fantôme.

Sur le groupe Facebook « Freinages fantômes », plus de 1 600 automobilistes échangent désormais leurs expériences. La défiance est totale. « Les concessions nous prennent pour des débiles. » Le ton est brutal, révélateur d’un sentiment d’abandon. Beaucoup y voient déjà un scandale potentiellement aussi massif que celui des airbags Takata, qui avait entraîné des rappels mondiaux. « Le seul droit des conducteurs, c’est celui de ne rien savoir », peut-on lire encore.
Les victimes décrivent un quotidien fait d’appréhension, de vigilance extrême, de peur que l’incident se reproduise. Car, comme pour les airbags défectueux, le déclenchement est imprévisible. Aucun signal, aucun préavis : la voiture freine, parfois violemment, parfois en pleine circulation dense. Le collectif s’est adjoint les services d’un avocat pour porter le dossier du freinage fantôme sur le terrain juridique.
Les récits liés au freinage fantôme convergent, quel que soit le constructeur automobile ou le modèle. Une jeune mère raconte : « Ma voiture a déjà freiné toute seule à deux reprises alors que je traversais un rond-point. Heureusement, la personne qui me suivait a pu m’éviter. » Elle ajoute, désemparée : « Je ne vais quand même pas mettre un autocollant “Attention freinages fantômes” sur ma voiture ! »
À Paulhaguet, en Haute‑Loire, Julien Soulliage évoque son Renault Scénic électrique : « En mode conduite automatique sur l’autoroute, la voiture détecte un véhicule devant alors qu’il n’y a rien et elle se met à freiner seule ou en freinage d’urgence. »
À Saint‑Étienne, Hugues Bruyère, propriétaire d’une Peugeot 308, décrit une véritable dérive électronique : « freinages fantômes, clignotants, essuie-glaces, feux de croisement, klaxon, éclairages au volant qui fonctionnent de façon aléatoire. Et ce depuis que la voiture a 30 000 km. Elle en affiche 90 000 aujourd’hui. »
Ces cas, autrefois considérés comme anecdotiques, dessinent aujourd’hui une tendance lourde : les systèmes d’aide à la conduite, censés renforcer la sécurité, peuvent devenir une source de danger comme devrait le démontrer les journalistes d’Envoyé spécial.
Au cœur du phénomène du freinage fantôme, le Lidar, ce capteur optique chargé de mesurer les distances et d’identifier les obstacles. En théorie, il constitue un pilier de la sécurité active des voitures modernes. En pratique, il pourrait interpréter un reflet, une ombre, une barrière de sécurité ou un panneau comme un danger imminent. Le calculateur déclenche alors un freinage d’urgence automatique, même en l’absence de menace réelle.
Dans un environnement routier de plus en plus complexe, où les données affluent en continu, la moindre erreur de lecture peut provoquer une réaction disproportionnée. D’où l’appel croissant à un encadrement plus strict des aides à la conduite, comme l’exprime un membre du collectif.
Pour comprendre l’ampleur du problème du freinage fantôme, il faut revenir à la structure électronique des véhicules modernes. Le multiplexage automobile est une architecture qui permet à tous les calculateurs d’un véhicule de communiquer entre eux via un réseau numérique commun. Au lieu d’un faisceau électrique massif reliant chaque fonction à un fil dédié, les informations circulent sous forme de données sur un bus de communication (CAN, LIN, FlexRay selon les modèles).
Cette technologie a permis d’alléger les voitures, de réduire les coûts, d’intégrer davantage de fonctions et de rendre possible l’essor des aides à la conduite, les ADAS (Advanced Driver Assistance Systems). Mais elle a aussi introduit une fragilité nouvelle : une erreur isolée pourrait se propager instantanément à plusieurs systèmes. Un capteur qui envoie une donnée incohérente peut perturber le freinage, l’éclairage, les essuie‑glaces ou les clignotants. Un bug logiciel peut affecter simultanément plusieurs organes essentiels. Une mauvaise masse, une connectique oxydée ou un calculateur fatigué peuvent générer des réactions en chaîne. Dans ce contexte technologique, un freinage fantôme n’est pas seulement un capteur qui se trompe : c’est tout un réseau électronique qui réagit à une information erronée.
Face à la montée des témoignages, les pouvoirs publics ont lancé un questionnaire officiel destiné à recenser les incidents de freinage fantôme, ou intempestif. L’objectif est clair : établir une base de données fiable, identifier les modèles les plus touchés, comprendre les circonstances, et déterminer si des rappels ou des mises à jour logicielles doivent être imposés aux constructeurs automobiles.

Ce questionnaire marque un tournant. Jusqu’ici, les victimes se heurtaient à des concessions qui minimisaient les faits ou renvoyaient la responsabilité vers l’utilisateur. L’implication de l’État donne enfin un cadre institutionnel à un problème longtemps ignoré.
Enfin, ce jeudi 26 février à 21 h 10, Envoyé spécial consacre un sujet entier aux freinages fantômes. Pour les victimes, c’est l’espoir d’une reconnaissance publique. Pour les constructeurs automobiles, c’est un moment de vérité. Pour les autorités, c’est l’occasion d’évaluer l’ampleur d’un risque qui touche directement la sécurité routière. La question demeure : les conducteurs automobiles seront‑ils enfin pris au sérieux lorsqu’ils retourneront en concession ? Et combien de temps faudra‑t‑il pour que l’industrie automobile reconnaisse que le freinage fantôme n’est plus marginal, mais structurel ?
La rédaction
Photos : Joanna Peyrache, Opel et ministère des Transport

