Depuis plusieurs semaines, le groupe Stellantis prépare une nouvelle séquence d’ajustements industriels qui va toucher plusieurs de ses sites français, dans un contexte où le marché européen se contracte et où les chaînes d’approvisionnement peinent à suivre la montée en puissance de certaines motorisations. Ce mardi, lors d’une réunion avec les organisations syndicales, la direction a confirmé que les usines de Mulhouse, Sochaux et Rennes allaient connaître des arrêts de production étalés sur plusieurs jours, une mesure qui s’inscrit dans une stratégie plus large d’adaptation du rythme industriel à la réalité du marché automobile européen.
Concernant l’arrêt des usines Stellantis, à Mulhouse, l’un des sites historiques du groupe, l’arrêt est directement lié à l’essoufflement commercial de plusieurs modèles produits sur place. Les Peugeot 308, Peugeot 408 et DS 7, qui arrivent en fin de cycle, voient leurs volumes s’éroder, ce qui fragilise le plan de charge. Le site doit pourtant bénéficier d’un investissement majeur destiné à moderniser ses capacités, mais cette dynamique ne suffit pas à compenser la baisse de la demande. Les représentants syndicaux observent avec inquiétude la trajectoire de la nouvelle 308, dont les ventes ne répondent pas aux attentes.

Conséquence immédiate : l’unité d’assemblage mulhousienne sera totalement mise à l’arrêt du 15 au 30 octobre, une période durant laquelle environ 2 000 salariés seront concernés. À partir de novembre, l’organisation du travail sera profondément revue, avec une réduction des équipes qui passeront de 2 à 1,5, signe d’un ralentissement durable du flux industriel. Cette décision intervient alors même que Stellantis avait déjà annoncé, dans d’autres communications, des arrêts programmés du 27 octobre au 2 novembre, preuve que le constructeur automobile ajuste au jour le jour ses calendriers en fonction des commandes et des stocks.
La situation est très différente à Rennes et Sochaux, où les arrêts ne sont pas liés à un manque de commandes mais à des tensions sur les capacités de production de certains fournisseurs. À Rennes, où est assemblé le Citroën C5 Aircross, l’usine va connaître 7 jours de chômage partiel en fin de mois. Le site avait déjà été contraint de stopper ses lignes en avril en raison de difficultés d’approvisionnement touchant les boîtes de vitesses des versions hybrides, un composant critique pour les modèles électrifiés.
À Sochaux, l’usine qui produit les Peugeot 3008 et Peugeot 5008, la problématique est encore plus structurelle. Les versions PHEV, très demandées, notamment par les flottes professionnelles, nécessitent des batteries spécifiques fournies par ACC, un acteur dont Stellantis est à la fois client majeur et actionnaire. Les capacités de production d’ACC ne suivent pas le rythme imposé par la montée en puissance des motorisations électrifiées, ce qui oblige Stellantis à revoir ses cadences. Les vendredis 10, 17 et 24 octobre ne seront pas travaillés, et les tournées de nuit du 5 et du 31 octobre seront annulées. Au total, 2 500 salariés sur les 6 500 du site sont concernés.
Ces ajustements ne sont pas isolés : ils s’ajoutent à une série d’arrêts temporaires annoncés dans d’autres usines européennes du groupe, notamment Poissy, Pomigliano, Eisenach, Saragosse, Madrid ou encore Tychy, où les suspensions peuvent durer jusqu’à 3 semaines selon les sites. Stellantis justifie cette stratégie par la nécessité d’« adapter son rythme de production à un marché difficile en Europe », marqué par une baisse des immatriculations, une concurrence tarifaire agressive et une transition technologique qui impose des arbitrages constants entre stocks, capacités fournisseurs et mix de motorisations.
Dans ce paysage industriel en recomposition, les arrêts de Mulhouse, Sochaux et Rennes illustrent la double contrainte qui pèse sur Stellantis : d’un côté, des modèles thermiques ou hybrides en fin de cycle dont les ventes s’essoufflent ; de l’autre, une demande soutenue pour les versions électrifiées, mais dépendante de chaînes d’approvisionnement encore fragiles. Le groupe entend profiter de ces pauses pour mener des travaux sur certains ateliers, optimiser ses flux logistiques et proposer des formations aux salariés, une manière de transformer ces périodes de ralentissement en opportunités de montée en compétence.
La rédaction
Photos : Stellantis et LesVoitures.com

