La Sécurité routière vient de lever le voile sur un document explosif : pour la première fois, un bilan départemental complet des contraventions dressées par les voitures-radars. Et les chiffres sont sans appel. Un automobiliste a 30 000 fois plus de chances d’être verbalisé dans l’Oise ou en Charente-Maritime que dans le Lot ou l’Aveyron. Une disproportion qui révèle un pays où la répression mobile n’a rien d’homogène, et où la géographie vaut parfois plus que la vitesse affichée au compteur.

Ces voitures-radars, intégrées au programme « DEXTER (Dispositif EXTERnalisé) et confiées depuis 2018 à des chauffeurs de sociétés privées, opèrent dans une discrétion quasi totale. Pendant des années, l’État s’est contenté de communiquer des volumes globaux de flashs, sans jamais détailler leur répartition. La publication, par la Sécurité routière, de ce bilan départemental constitue donc un tournant majeur, et les résultats sont d’une brutalité rare, alors que la mortalité routière a, hélas, augmenté de 2,1 % en France en 2025.

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L’année 2024 restera pourtant comme un exercice faible. Les voitures-radars n’ont généré que 932 500 avis de contravention initiaux, soit une chute de 25 % par rapport à 2023. La raison est simple : quatre régions externalisées ont connu des interruptions de service allant jusqu’à huit mois, le temps que l’État renouvelle ses prestataires privés. Malgré cela, les écarts territoriaux explosent. Treize départements dépassent les 20 000 PV, deux frôlent les 30 000, tandis que certains n’en comptent… aucun.

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La domination des voitures-radars privées est écrasante. Sur les 110 véhicules en circulation simultanée, les 60 voitures privées ont relevé près de 740 000 excès de vitesse, soit 37 PV par jour et par voiture. Les 50 véhicules encore conduits par la police ou la gendarmerie n’ont enregistré qu’un peu plus de 193 000 infractions, soit 13 PV par jour. Les forces de l’ordre ne figurent dans le Top 10 que dans deux départements : le Puy-de-Dôme et l’Essonne. Le message est limpide : les priorités opérationnelles des agents ne sont plus centrées sur le contrôle routier, ce qui conforte l’État dans sa stratégie d’externalisation. À ce jour, 86 départements sont passés aux voitures-radars privées.

La Sécurité routière publie également un indicateur inédit : la part des excès de vitesse relevés par les voitures-radars par rapport à l’ensemble des infractions détectées par les radars automatiques. Cette proportion atteint 31 % dans la Somme, un record national, et dépasse 20 % dans dix départements, dont l’Aube, la Corrèze, les Vosges ou encore le Lot-et-Garonne.

– TOP 10 (2024) DES DÉPARTEMENTS OÙ LES VOITURES-RADARS SONT LES PLUS ACTIVES :

  1. Oise : 29 700 ACO
  2. Charente-Maritime : 29 200 ACO
  3. Somme : 27 800 ACO
  4. Aube : 26 400 ACO
  5. Lot-et-Garonne : 26 100 ACO
  6. Puy-de-Dôme : 25 900 ACO
  7. Corrèze : 25 300 ACO
  8. Deux-Sèvres : 22 800 ACO
  9. Haute-Marne : 22 600 ACO
  10. Ardennes : 21 900 ACO

ACO : Avis de Contravention Initiaux

Ces chiffres relatifs aux voitures-radars sont les seuls rendus publics à ce jour. Ils montrent une concentration massive des contrôles dans quelques départements, où les voitures-radars sont devenues un outil central de la politique de sécurité routière.

Les deux dernières régions métropolitaines où les voitures-radars restent conduites par les forces de l’ordre sont la Corse et l’Île-de-France. En Corse, contrairement à une rumeur persistante, les voitures-radars ne dorment pas au garage : 2 830 PV ont été relevés en Haute-Corse et 174 en Corse-du-Sud. En Île-de-France, les voitures-radars ne circulent pas en agglomération, ce qui explique que Paris et la petite couronne ne totalisent qu’un peu plus de 18 000 PV, soit 2 % des contraventions relevées par les radars automatiques dans ces départements.

L’analyse de près de 10 millions de contrôles en 2024 confirme que les voitures-radars privées circulent presque exclusivement sur le réseau secondaire. 65 % des mesures sont réalisées sur des routes limitées à 80 km/h, 25 % sur celles à 90 km/h, moins de 9 % sur le réseau limité à 70 km/h, et seulement 1 % en agglomération ou sur voies rapides. C’est pourtant sur ces dernières que les prises sont les plus importantes, ce qui contredit l’idée selon laquelle les voitures-radars seraient avant tout des « pompes à fric ». Si tel était le cas, elles se concentreraient sur les autoroutes et rocades, où les excès de vitesse sont plus fréquents et plus élevés.

Enfin, ce premier bilan départemental lié aux voitures-radars révèle une France profondément inégale face à la répression mobile. Il confirme aussi que le dispositif « DEXTER », massivement externalisé, est devenu un pilier du contrôle routier moderne. Reste à savoir si l’État ira jusqu’à une externalisation totale ou si certaines zones conserveront une gestion publique. Une chose est sûre : les voitures-radars n’ont pas fini de redessiner la carte de la verbalisation en France.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com

Frédéric Martin

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