Dans un contexte où les infrastructures électriques deviennent des cibles privilégiées, les opérateurs de recharge doivent désormais composer avec une explosion des vols de câbles des bornes de recharge pour voitures électriques et hybrides rechargeables. Ce phénomène prend une ampleur nationale et son coût se révèle particulièrement lourd. L’un des acteurs du secteur confie que ces vols « se chiffrent en millions » d’euros, une estimation cohérente avec les remontées des exploitants confrontés à des dégradations répétées. Les malfrats ciblent le cuivre contenu dans les câbles, un métal dont la valeur marchande, autour de 40 à 50 € par câble pour les sections les plus courantes, suffit à alimenter un trafic opportuniste mais dévastateur pour les réseaux.

Selon l’association Charge France, plus de 400 plaintes ont été déposées depuis janvier par des opérateurs victimes de vols ou de dégradations de câbles sur des bornes de recharge pour voitures électriques. Cette multiplication des incidents alarme les autorités, notamment dans les Pays de la Loire, où la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) a récemment alerté sur une recrudescence régionale. L’administration souligne que « la dégradation et le vol de câbles des stations sont en recrudescence dans la région, comme ailleurs en France. Ces actes de vandalisme, motivés par la revente du cuivre, posent un défi majeur pour les opérateurs ».

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Les exploitants confirment l’ampleur du préjudice. Jacques Galvani, PDG d’Atlante, qui gère environ 1 800 stations de recharge en France, explique à France Inter que les vols « se chiffrent en millions », une somme qui englobe le remplacement des câbles, l’intervention de techniciens et les pertes d’exploitation. Charge France recense 650 stations touchées depuis le début de l’année, pour un préjudice global estimé à 14 M€. Le syndicat professionnel Mobilians, par la voix d’Alain Rolland, rappelait déjà en janvier dans Le Figaro que « la remise en état est très onéreuse. Pour chaque borne dégradée, la réparation coûte entre 1 500 et 3 000 € ». Les voleurs ciblent en priorité les bornes de recharge rapide et ultrarapide, souvent installées dans des zones isolées. Leurs câbles, plus épais, contiennent davantage de cuivre, ce qui en fait des proies privilégiées.

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Face à cette vague de vols, les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs interpellations, notamment dans les Pays de la Loire et à Albi, en Occitanie. Les auteurs encourent jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende, mais les enquêtes se heurtent à la difficulté d’identifier les responsables, souvent mobiles et opérant de nuit. Pour contrer ces attaques, les opérateurs renforcent la surveillance en installant des caméras autour des bornes de recharge et en recourant à des gaines renforcées destinées à rendre plus difficile l’arrachage des câbles.

La justice commence également à sanctionner sévèrement ces pratiques. En juillet, le tribunal d’Évry-Courcouronnes a condamné deux hommes pour le vol de câbles de recharge : l’un à 12 mois d’emprisonnement ferme avec aménagement sous bracelet électronique, l’autre à 12 mois avec sursis, assortis d’indemnisations pour les opérateurs lésés. Ces décisions illustrent la volonté de freiner un phénomène qui fragilise un maillage stratégique pour la transition énergétique.

Cependant, les dispositifs de protection classiques montrent leurs limites, poussant les acteurs du secteur à explorer des solutions plus innovantes. Certains étudient des systèmes permettant de géolocaliser le métal volé, afin de faciliter les enquêtes. D’autres misent sur des alternatives technologiques qui éliminent le problème à la source. La start-up française Up&Charge développe par exemple une technologie de recharge par induction, supprimant totalement l’usage de câbles et neutralisant ainsi le risque de vol. Cette approche pourrait transformer durablement l’architecture des stations de recharge. Porsche a également développé un concept de recharge par induction, mais pour les particuliers, le « Porsche Wireless Charging » plus pour des questions de praticité que de sécurité, précisons-le. 

Porsche Cayenne électrique recharge par induction

L’urgence est d’autant plus forte que le réseau français de bornes de recharge continue de croître rapidement. En juillet, la France comptait 200 045 points de recharge selon Avere-France, soit une progression de 15 % en un an. Dans un pays où l’électrification du parc automobile s’accélère, la sécurisation des infrastructures devient un impératif pour éviter que les vols de cuivre ne freinent la transition énergétique et ne pénalisent les usagers.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com et Porsche.

Frédéric Martin
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