Plus de trois décennies après la McLaren F1, la marque britannique réintroduit une boîte manuelle, mais la nouvelle McL 6GT va bien au-delà de ce simple retour en arrière. Elle ressuscite une architecture de supercar presque disparue, avec un V8 thermique, une propulsion, une direction hydraulique, et surtout une silhouette volontairement rétro qui rompt avec 15 ans de design McLaren dominé par l’aérodynamique active et plus récemment par l’hybridation. Cette philosophie puise directement dans un projet inachevé de Bruce McLaren, dont l’ambition était de transposer sur route l’esprit de la M6A de compétition, avant que sa disparition en 1970 ne stoppe net l’initiative.

La Monterey Car Week, autrefois sanctuaire des voitures de collection, est devenue un théâtre où les constructeurs automobiles dévoilent leurs créations les plus rares. McLaren y présente cette superbe McL 6GT, un concept qui tranche radicalement avec les Artura, 750S ou W1.

McLaren McL 6GT Bruce McLaren supercar

En termes de design, la silhouette de la McLaren McL 6GT suffit à comprendre le changement de cap : la supercar adopte des volumes simples et arrondis, une posture très basse et large, un nez plongeant, et une poupe en « Kammback », ce profil arrière tronqué conçu pour optimiser l’écoulement de l’air. L’inspiration est explicite : la M6GT (ci-dessous en photo lors du Rétromobile 2020) imaginée à la fin des années 1960.

Au niveau de sa motorisation, la McLaren McL 6GT renonce à toute forme d’électrification et n’est pas équipée d’une boîte automatique. Le moteur V8 installé derrière les occupants transmet sa puissance aux seules roues arrière via une boîte manuelle à 6 rapports. McLaren garde pour l’instant ses chiffres secrets : ni puissance, ni couple, ni poids, ni 0 à 100 km/h, ni vitesse maximale.

La marque britannique se contente d’évoquer un « rapport puissance/poids exceptionnel », rendu possible par une monocoque en fibre de carbone et une carrosserie intégralement en carbone. Pour cette première apparition, McLaren Automotive privilégie les sensations plutôt que les performances chronométrées.

McLaren McL 6GT Bruce McLaren supercar

Le symbole de cette philosophie se trouve entre les deux sièges : un véritable levier de vitesses avec une grille en H. La McLaren McL 6GT marque le retour d’une transmission mécanique sur une McLaren de route pour la première fois depuis la F1, l’une des supercars les plus chères qui a été produite entre 1992 et 1998. Depuis la MP4‑12C en 2011, toutes les McLaren de série utilisaient des boîtes à double embrayage.

McLaren revendique une expérience « analogique » et conserve une direction à assistance hydraulique, comme sur ses autres modèles. Cette approche se lit dans le levier lui-même : une partie du mécanisme reste visible à sa base, rappelant certaines Lotus Exige, tandis que la grille gravée sur le pommeau dévoile les 6 rapports.

McLaren affirme avoir longuement travaillé le toucher et le débattement pour renforcer la dimension physique des interactions. L’habitacle privilégie donc la connexion directe entre conducteur et machine plutôt que l’accumulation de technologies visibles.

Cette orientation s’éloigne nettement des McLaren des 15  dernières années, qui ont bâti leur réputation sur la sophistication technique, l’aérodynamique avancée et l’hybridation. La McLaren McL 6GT reste toutefois une supercar moderne pour certains éléments : son instrumentation reste numérique, et sa structure exploite les procédés carbone les plus récents. Elle réintroduit surtout des ingrédients disparus de la supercar contemporaine pour recréer un lien plus brut entre la mécanique et celui qui la pilote.

Enfin, ma McLaren McL 6GT aurait pu n’être qu’un exercice nostalgique destiné aux pelouses de la Monterey Car Week, mais McLaren confirme qu’un modèle de série dérivé du concept arrivera en 2028. Cette future McLaren inaugurera une nouvelle catégorie de supercarsMcLaren dispose déjà de modèles ultra‑exclusifs avec la gamme « Ultimate », qui inclut la Senna ou la récente W1, mais la marque semble préparer un étage supplémentaire où la rareté, l’histoire et l’expérience de conduite compteront autant que la quête de performances absolues. McLaren ne précise ni les volumes, ni le prix, ni les futurs modèles qui rejoindront cette nouvelle branche.

La rédaction

Photos : McLaren Automotive et LesVoitures.com

Frédéric Martin
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