MG ne veut manifestement plus être seulement le constructeur qui bouscule les prix. Avec les nouvelles IM5 et IM6, la marque du groupe SAIC change franchement de registre. Grande berline fastback pour la première MG, SUV familial pour le second modèle, tous deux 100 % électriques. Ces nouveautés inaugurent en France la gamme MG IM et viennent affronter des références autrement plus ambitieuses.
Pour ce double essai des MG IM5 et IM6, nous avons pris en main les deux modèles sur les routes de la Haute Chaîne du Jura, au départ de Crozet, en enchaînant les quatre boucles du programme d’essai officiel : ascension du col de la Faucille, incursion en Suisse le long du Léman, descente vers le Fort des Rousses et une pointe jusqu’au Jet d’Eau de Genève. De quoi juger les IM sur route de montagne et sur autoroute, pas seulement sur le papier.

Et MG ne s’y prend pas à moitié. Batterie de 100 kWh, architecture électrique 800 V, recharge jusqu’à 396 kW, quatre roues directrices, 407 ch pour les versions propulsion et jusqu’à 751 ch avec deux moteurs : la fiche technique ressemble davantage à celle d’une électrique premium qu’à celle d’une MG traditionnelle.

La question n’est donc plus seulement de savoir si MG offre beaucoup pour son argent. Il faut désormais déterminer si les IM5 et IM6 ont réellement les qualités routières, le confort et la finition nécessaires pour accompagner cette montée en gamme.
IM5 et IM6 : deux silhouettes, une même ambition
La MG IM5 prend la forme d’une imposante berline fastback de 4,93 m. Avec son pavillon très fuyant, ses surfaces particulièrement lisses et son travail aérodynamique poussé (coefficient de traînée de 0,237), elle adopte les codes désormais bien établis des grandes électriques contemporaines.

La MG IM6 reprend une grande partie de la recette mais la transpose dans un SUV de 4,90 m. Plus haut et visuellement plus massif, il privilégie évidemment l’habitabilité et le volume de chargement.

Dans les deux cas, le dessin cherche davantage la fluidité que l’agressivité. Pas de calandre béante ni d’accumulation d’artifices aérodynamiques : les volumes sont propres, les poignées affleurantes et les porte-à-faux relativement contenus compte tenu des dimensions.

Un détail souligne d’ailleurs le changement de territoire : ce n’est pas le traditionnel octogone MG qui trône sur la carrosserie, mais l’emblème IM. Ces deux modèles sont issus d’IM Motors, coentreprise technologique associant SAIC, Alibaba et Zhangjiang Hi-Tech, désormais introduite en Europe dans l’univers MG Motor, dont le logo est apposé à gauche de la malle arrière.
À bord : le numérique prend le pouvoir
L’intérieur constitue probablement la rupture la plus spectaculaire avec les MG que nous connaissions jusqu’ici. Face aux occupants s’étire un immense écran panoramique de 26,3 pouces, complété par une dalle tactile de 10,5 pouces sur la console centrale. Le résultat est spectaculaire et donne immédiatement à l’habitacle une ambiance résolument technologique.

Le niveau d’équipement suit la même logique : sièges avant chauffants et ventilés à réglage électrique, recharge sans fil 50 W, système audio à 20 haut-parleurs, toit panoramique en verre à double vitrage ou encore compartiment de rangement climatisé dans l’accoudoir avant font partie de l’arsenal proposé selon les versions.

L’espace ne manque pas. Les deux voitures reposent sur un empattement de 2,95 m et l’absence de tunnel de transmission profite naturellement aux passagers arrière. Le coffre révèle surtout la différence de philosophie entre les deux modèles.

L’IM5 offre 457 l, complétés par un petit coffre avant de 18 l. Le SUV MG IM6 est nettement plus familial avec 665 l à l’arrière et un coffre avant de 32 l.
Sur les routes du Jura : le terrain de jeu idéal pour les quatre roues directrices
Lors de nos essais des MG IM5 et IM6, au départ de Crozet, nous avons pris la route en direction du col de la Faucille. La première boucle, une centaine de kilomètres en sens antihoraire, grimpe par des lacets serrés jusqu’au sommet à 1323 m d’altitude avant de redescendre côté suisse, le long des crêtes dominant le lac Léman.

C’est précisément sur ce type de route que les quatre roues directrices prennent tout leur sens. À faible vitesse, les roues arrière braquent dans le sens opposé aux roues avant afin de réduire le diamètre de braquage, ramené à seulement 9,98 m sur la berline IM5 et 10,18 m sur le SUV IM6, une valeur étonnante pour des voitures de cette taille. Dans les lacets du col, les deux MG se placent avec une facilité déconcertante, loin de l’image de gros paquebot que leurs presque 5 mètres pourraient laisser craindre. À vitesse plus élevée, sur la route rapide qui longe le Léman côté suisse, le même système braque les roues arrière dans le sens des roues avant pour gagner en stabilité, sans que l’on sente de flottement à l’approche des 120 km/h.

La descente vers le Fort des Rousses, sur des routes plus sinueuses et parfois dégradées, a permis d’apprécier le filtrage des irrégularités, particulièrement convaincant sur l’IM6 équipé de la suspension pneumatique. Enfin, la boucle courte jusqu’au Jet d’Eau de Genève, en circulation urbaine dense, a confirmé la maniabilité des deux modèles malgré leur gabarit, un vrai atout pour un usage quotidien qui ne se limitera pas aux routes de montagne.

Sur ces routes resserrées, la largeur imposante des deux MG, 1,96 m pour l’IM5 et 1,99 m pour l’IM6, se rappelle aussi à nous, une donnée à mettre en regard du gabarit de nos routes européennes, plus étroites que les grands axes pour lesquels ces plateformes ont d’abord été pensées. Le maintien dans la voie se montre en particulier trop sensible sur ces tracés sinueux : les corrections de cap surviennent parfois de façon brusque et désagréable, la voiture semblant réagir dès qu’elle s’approche d’un marquage au sol pourtant loin d’être franchi.
MG IM5 4WD : 751 ch, mais pas seulement
Au sommet de la gamme, la MG IM5 4WD associe deux moteurs électriques et quatre roues motrices. L’ensemble développe 553 kW, soit 751 ch, et 802 Nm de couple. Le 0 à 100 km/h est annoncé en 3,2 s, pour une vitesse de pointe de 268 km/h. Nous sommes donc dans le territoire des véritables sportives, alors même qu’il s’agit d’une grande berline électrique familiale.

Comme souvent avec les électriques très puissantes, l’arrivée du couple est immédiate. Les reprises sont particulièrement vigoureuses mais parfaitement dosées et la réserve de puissance considérable. Mais disposer de plus de 750 ch ne transforme pas automatiquement une voiture de plus de deux tonnes en sportive. Le véritable intérêt de la berline 100 % électrique IM5 se trouve aussi dans son châssis, comme nous avons pu le vérifier un peu plus tôt sur les lacets du Jura.

La direction se montre précise et l’essieu arrière directeur facilite les changements de cap et procure un vrai plaisir de conduite. La puissance disponible permet évidemment des relances extrêmement rapides, mais l’IM5 ne cherche pas uniquement à impressionner par ses performances. C’est aussi une grande routière électrique, silencieuse et capable d’avaler les kilomètres à un rythme élevé, comme nous avons pu le constater sur l’autoroute suisse en direction de Genève.
MG IM6 4WD : le SUV qui veut faire oublier son gabarit
Le SUV IM6 reprend la même base mécanique et la même batterie de 100 kWh. Dans sa version 4WD, ses deux moteurs développent également 751 ch et permettent d’expédier le 0 à 100 km/h en 3,5 s, pour une vitesse de pointe de 239 km/h.

Mais son tempérament diffère. Le SUV 100 % électrique reçoit, de série sur cette seule version 4WD, une suspension pneumatique associée à un contrôle actif de l’amortissement, un choix technique qui privilégie clairement le confort sur un gabarit aussi imposant.

Les quatre roues directrices restent là encore déterminantes pour la maniabilité, y compris dans la circulation genevoise : la voiture paraît plus petite qu’elle ne l’est réellement dès que la route se resserre ou qu’il faut manœuvrer.

Évidemment, les lois de la physique restent présentes : la batterie de 100 kWh et les deux moteurs imposent une masse conséquente (2410 kg à vide). Mais le travail réalisé sur les trains roulants, la suspension pneumatique et l’essieu arrière directeur permet de mieux contrôler cette inertie. Le MG IM6 assume ainsi davantage son rôle de grand SUV de voyage que celui de sportive surélevée.
MG IM5 2WD et IM6 2WD : et si c’était elles, le meilleur choix ?
Il serait facile de se laisser hypnotiser par les 751 ch des versions 4WD. Pourtant, pour un usage quotidien, les versions propulsion méritent probablement davantage d’attention. Sur la MG IM5, la version 2WD conserve la batterie de 100 kWh et l’architecture 800 V, mais utilise un seul moteur arrière développant 300 kW soit 407 ch, pour 500 Nm de couple. C’est déjà largement suffisant : le 0 à 100 km/h est annoncé en 4,9 s, pour une vitesse de pointe de 220 km/h.

Cette version conserve surtout l’essentiel de ce qui rend la berline 100 % électrique MG IM5 intéressante : quatre roues directrices, grande batterie, habitacle technologique et recharge extrêmement rapide. Elle permet même à l’IM5 d’afficher jusqu’à 710 km d’autonomie WLTP avec les jantes aérodynamiques 19 pouces (655 km avec les jantes alliage), soit davantage que la version 4WD.

Le SUV IM6 propose la même logique : sa version 2WD développe elle aussi 407 ch pour un 0 à 100 km/h en 5,4 s et une autonomie WLTP grimpant jusqu’à 625 km avec les jantes aérodynamiques 20 pouces (555 km avec les jantes alliage), contre 505 km pour la version 4WD.

Dans les deux gammes, les versions propulsion apparaissent ainsi comme des propositions particulièrement cohérentes : les performances restent très élevées, mais l’accent est davantage mis sur l’autonomie et le voyage que sur le chronomètre.
Architecture 800 V : à quoi ça sert ?
Les MG IM5 et IM6 utilisent une architecture électrique annoncée à 800 V. Derrière ce chiffre assez technique se cache surtout un avantage très concret : recharger très rapidement. Une tension électrique élevée permet de transférer beaucoup de puissance vers la batterie tout en limitant l’intensité du courant et donc l’échauffement. Résultat : sur une borne suffisamment puissante et lorsque les conditions sont réunies, les MG IM peuvent accepter jusqu’à 396 kW en courant continu, de quoi passer de 10 à 80 % de batterie en 17 min, selon MG Motor.

Cette puissance de charge maximale n’est évidemment pas maintenue pendant toute la recharge : elle varie notamment selon le niveau de charge et la température de la batterie. Pour le conducteur, l’essentiel est ailleurs : une architecture 800 V bien exploitée permet de réduire sensiblement les arrêts lors des longs trajets. Et c’est probablement plus utile au quotidien que de gagner quelques dixièmes de seconde sur un 0 à 100 km/h.
La technologie partout… parfois trop ?
MG accumule les équipements : affichage panoramique, caméras, nombreuses aides à la conduite, stationnement automatisé et système One Touch iAD capable notamment de gérer certaines manœuvres de stationnement ou de marche arrière. Nous avons testé cette fonction de stationnement automatisé, et le résultat est bluffant de précision et de rapidité. La voiture n’hésite jamais et calcule avec justesse la distance latérale nécessaire pour se positionner exactement au centre de la place disponible. Cette maîtrise semble aussi convaincante pour un stationnement en épi ou en bataille que pour un créneau en bord de trottoir, et se retrouve à l’identique lorsqu’il s’agit de sortir d’une place délicate.

Le système audio maison à 20 haut-parleurs mérite également qu’on s’y attarde. La restitution est équilibrée sur l’ensemble du spectre, avec des basses présentes sans être envahissantes et une bonne spatialisation qui profite aussi bien à la musique qu’aux annonces de navigation. De quoi accompagner sereinement les longues étapes autoroutières. Le mode Nuit Pluvieuse utilise par exemple les caméras du véhicule pour afficher son environnement sur l’écran lorsque la visibilité extérieure se dégrade, une fonction que nous n’avons pu tester à cause de conditions météorologiques très favorables.

La vue en 3D de la circulation environnante, censée représenter en temps réel la position des véhicules alentour sur l’écran central, reste en revanche perfectible. Les voitures et camions croisés s’affichent avec plus d’une seconde de décalage par rapport à la réalité, parfois représentés de travers par rapport à la route, au point de sembler traverser la silhouette du véhicule que l’on conduit. Des ajustements semblent nécessaires avant que cette fonctionnalité, séduisante sur le papier, ne devienne réellement fiable. Autre parade bienvenue côté caméras : compte tenu de l’absence quasi totale de visibilité arrière, il est possible de retourner le petit rétroviseur intérieur dans son logement et de basculer vers la rétro vision sur l’écran placé derrière le volant.

Techniquement, l’ensemble est impressionnant. Mais l’accumulation d’écrans et de fonctions impose également un temps d’adaptation. Une bonne interface automobile ne doit pas seulement impressionner lorsque la voiture est à l’arrêt. Elle doit permettre de retrouver rapidement les fonctions essentielles en roulant. Sur ce point, la sophistication technologique doit toujours rester au service de l’ergonomie, et non l’inverse.
Tarifs
MG Motor positionne ses IM nettement au-dessus de ses habitudes tarifaires. L’IM5 démarre à 53 990 € en 2WD et 59 990 € en 4WD. L’IM6 s’affiche à partir de 56 990 € en 2WD et 62 990 € en 4WD. Des tarifs qui placent directement les IM face à la Tesla Model 3 et au Model Y.
Bilan de ce double essai des MG IM5 et IM6
MG Motor n’est plus seulement l’alternative bon marché. Les IM5 et IM6 marquent un changement majeur dans le positionnement de la marque en Europe, confirmé par notre passage sur les routes du Jura : la technologie de recharge, la maniabilité malgré le gabarit et le confort de roulement pèsent davantage au quotidien que le chiffre affiché sur la fiche technique. Les versions 4WD séduiront ceux qui veulent la démonstration de force. Les versions 2WD, plus cohérentes au quotidien avec leur autonomie supérieure, nous semblent pourtant le choix le plus malin dans les deux gammes.

Reste un revers de médaille assumé : un gabarit et une masse conséquents, peu en phase avec l’étroitesse de nos routes, un maintien dans la voie parfois trop interventionniste, une vue 3D de la circulation encore approximative, un coffre de l’IM5 modeste au regard de ses dimensions, et une ergonomie tout entière dépendante des écrans, qui demande un vrai temps d’adaptation.
À qui s’adressent-elles ?
La berline MG IM5 s’adresse avant tout à celui qui recherche une grande routière électrique capable de voyager loin et de recharger très vite, la version 2WD étant la plus pertinente pour cet usage. Le SUV IM6 vise plus directement la famille, grâce à son coffre et à son habitabilité. Quant aux versions 4WD, elles démontrent surtout jusqu’où MG Motor et SAIC peuvent pousser cette nouvelle plateforme.

Mais le plus intéressant avec ces nouvelles MG, confirmé sur les routes du Jura, n’est finalement pas qu’elles puissent atteindre 100 km/h en un peu plus de 3,0 s. C’est tout ce qu’elles savent faire très bien le reste du temps.
Gérald Aubard
Photos : MG Motor et LesVoitures.com

