Depuis plusieurs mois, Antonio Filosa recompose silencieusement l’architecture interne de Stellantis. Il redistribue les moyens, redéfinit les priorités, repositionne les marques. Mais la décision qui tombe aujourd’hui dépasse le cadre habituel des arbitrages internes. En cédant l’activité d’autopartage de Free2move, le groupe montre que son tri sélectif ne concerne plus seulement les quatorze marques automobiles, mais désormais les métiers eux-mêmes, ceux qui ne contribuent plus directement à la création de valeur.

Stellantis confirme son virage stratégique. Le géant de l’automobile franco-italo-américain annonce la vente de l’activité d’autopartage de Free2move au fonds allemand Mutares. Le montant reste confidentiel, la finalisation est attendue d’ici la fin de l’année, sous réserve des procédures réglementaires et des consultations sociales. À première vue, le communiqué pourrait laisser croire à une cession totale de Free2move. Il n’en est rien. Stellantis précise que seule la branche d’autopartage quitte le périmètre. Les autres activités, notamment la location de véhicules, les solutions de stationnement et les services de mobilité, demeurent intégralement dans le giron Stellantis, sous la même bannière.

Stellantis Free2Move autopartage Antonio FIlosa

Cette nuance ne réduit en rien la portée stratégique de l’opération. Depuis son arrivée à la tête de Stellantis, Antonio Filosa martèle sa volonté d’appliquer une discipline de capital stricte, presque chirurgicale. Le plan « FaSTLAne 2030 » en est l’expression la plus explicite, avec son principe fondateur : concentrer les investissements sur « les régions, les marques et les technologies offrant les meilleures perspectives de création de valeur ». Jusqu’ici, cette doctrine s’était surtout traduite par une hiérarchisation assumée des marques. Jeep, Ram, Peugeot et Fiat ont été désignées comme les piliers du futur industriel, tandis que d’autres enseignes ont été repositionnées avec un rôle plus ciblé, comme pour DS Automobiles. Désormais, cette logique s’étend aux activités elles-mêmes. Filosa ne se contente plus de décider quelles marques méritent d’être renforcées. En effet, il tranche aussi sur les métiers que Stellantis juge pertinents de conserver en interne.

Antonio Filosa CEO Stellantis DS Automobiles

Free2move, créée en 2016 par PSA, incarnait alors la vitrine des nouvelles mobilités. L’autopartage était présenté comme l’un des relais de croissance majeurs pour les constructeurs, censés dépasser leur statut de fabricants pour devenir des opérateurs de services. Dix ans plus tard, le paysage a été bouleversé. L’électrification massive, les investissements logiciels, la montée en puissance des technologies embarquées et la pression concurrentielle chinoise ont redéfini les priorités. Dans ce contexte, l’exploitation d’un service d’autopartage apparaît désormais comme une activité périphérique, incapable de rivaliser avec les exigences financières de la famille des plateformes « STLA », des architectures électroniques unifiées ou des développements logiciels stratégiques.

Comme évoqué précédemment, Stellantis conserve en revanche les autres volets de Free2move, notamment la location et les services de mobilité, qui s’inscrivent davantage dans la logique industrielle du groupe. Cette évolution rappelle d’ailleurs le repositionnement opéré fin 2025 par Renault Group, qui avait profondément revu la trajectoire de Mobilize. Le constructeur avait abandonné ses ambitions de marque automobile avec l’arrêt de l’offre Duo, pour recentrer Mobilize sur les services de recharge, de financement et de gestion énergétique. Les stratégies diffèrent, mais la philosophie converge : les activités qui ne constituent plus un avantage stratégique direct sont réévaluées, parfois abandonnées.

Enfin, la cession de l’autopartage ne bouleversera pas l’identité de Stellantis. Le groupe ne se sépare pas de Free2move, mais uniquement de l’un de ses segments. Pourtant, cette décision révèle la méthode Filosa dans toute sa rigueur. Chaque activité doit désormais prouver qu’elle mérite les ressources qu’on lui alloue. Qu’il s’agisse d’une marque, d’un service ou d’une technologie, la priorité va à ce qui démontre une contribution tangible à la création de valeur. Cette philosophie tranche radicalement avec la période où les constructeurs multipliaient les expérimentations autour de la mobilité, souvent sans modèle économique clair. Elle pourrait annoncer d’autres arbitrages, peut-être plus lourds, dans les prochains mois.

La rédaction

Photos : Stellantis et Free2move

Frédéric Martin
Les Voitures Installez l'application pour ne rien manquer !
Ouvrir l'app

Privacy Preference Center