En 2025, la France a enregistré 3 515 décès (France métropolitaine ou d’outre-mer) sur ses routes, un chiffre qui a mis fin à plusieurs années de baisse continue de la mortalité. Dans ce contexte où l’accidentalité ne recule plus, l’exécutif a décidé de s’attaquer frontalement à un comportement devenu quasi banal : le téléphone tenu en main au volant. Ce geste, qu’entre 70 et 80 % des conducteurs reconnaissent encore pratiquer selon les données du ministère de l’Intérieur, est désormais considéré comme suffisamment dangereux pour justifier une sanction autrement plus lourde que l’amende classique. Marie‑Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, l’a confirmé dans un entretien au média Le Figaro : la mesure vise « monsieur et madame Tout‑le‑Monde », et non uniquement les récidivistes ou les profils déjà connus pour des comportements à risque.

Jusqu’ici, l’usage du téléphone au volant relevait d’un régime bien établi : 135 € d’amende, 3 points retirés sur le permis, et, dans certains cas seulement, une suspension administrative lorsque l’infraction s’accompagnait d’un excès de vitesse, d’un franchissement de ligne continue ou d’un refus de priorité. Le Code de la route prévoyait pourtant déjà une peine complémentaire pouvant aller jusqu’à 3 ans de suspension, mais cette possibilité restait très peu appliquée. Seule une vingtaine de départements, dont les Landes, le Pas‑de‑Calais, le Lot‑et‑Garonne, la Charente‑Maritime, l’Ardèche, ou encore l’Yonne, avaient commencé à utiliser ce levier, avec des durées de suspension généralement fixées autour de 15 jours, parfois 1 mois, et pouvant atteindre 6 mois dans les cas les plus graves.

suspension permis téléphone au volant

Depuis le 29 septembre 2026, la mesure est désormais appliquée sur tout le territoire. Une instruction signée conjointement par Laurent Nuñez et Marie‑Pierre Vedrenne a été adressée à l’ensemble des préfets afin de leur ordonner de généraliser la suspension administrative du permis pour simple usage du téléphone tenu en main. Elle leur demande de généraliser la suspension administrative du permis pour le seul fait de tenir un téléphone en main, au volant, même en l’absence totale d’infraction connexe. Autrement dit, un conducteur parfaitement dans les clous en matière de vitesse, de trajectoire ou de priorité peut désormais perdre temporairement son droit de conduire uniquement parce qu’il a été surpris à manipuler son smartphone. La ministre résume l’esprit du dispositif en une phrase : « Nous voulons faire comprendre que le téléphone au volant est, à lui seul, un comportement suffisamment dangereux. »

Dans la pratique, la procédure est simple et redoutablement efficace. Lors d’un contrôle, les forces de l’ordre constatent l’usage du téléphone au volant. Elles peuvent procéder à une rétention immédiate du permis, puis transmettre le dossier à la préfecture. Dans un délai de quelques jours, le préfet notifie une suspension administrative, dont la durée est fixée au cas par cas, en fonction du comportement du conducteur, de son historique, et des circonstances de l’interception. Les départements ayant déjà expérimenté la mesure ont fourni des repères : 300 suspensions prononcées en 3 mois dans les Landes, une baisse de 12 % de l’usage du téléphone au volant observée localement avec des durées de suspension du permis de conduire oscillant entre 15 jours et 6 mois.

Attention, cette suspension administrative ne remplace pas les sanctions existantes : elle s’ajoute à l’amende de 135 € et au retrait de 3 points. Elle ne nécessite donc plus qu’une seule condition : que le conducteur ait tenu son téléphone en main. Les systèmes intégrés au véhicule, les supports fixes et les dispositifs mains libres restent autorisés, mais les oreillettes demeurent interdites. La mesure peut être déclenchée après un contrôle en flagrant délit ou via un signalement issu des caméras de supervision urbaine, désormais capables d’identifier ce type de comportement.

Les autorités rappellent que l’usage du téléphone au volant constitue un facteur de distraction majeur. Selon la Sécurité routière, l’usage du smartphone multiplie par 3 le risque d’accident, et la lecture d’un message multiplie ce risque par 23, en raison des 5,0 s en moyenne durant lesquelles le conducteur détourne les yeux de la route. 5,0 s à 50 km/h, c’est près de 70 m parcourus sans regarder la chaussée. Dans un environnement urbain dense, c’est une distance suffisante pour provoquer un accident grave.

Enfin, le gouvernement assume donc un virage clair : provoquer une prise de conscience massive, frapper fort, et rappeler que la route n’est pas un espace compatible avec la moindre distraction numérique. La suspension administrative du permis de conduire pour usage du téléphone au volant n’est plus une exception locale. Elle devient une règle nationale, pensée pour être proportionnée, mais suffisamment marquante pour enrayer un comportement devenu trop courant.

La rédaction

Photos : LesVoitures.com

Frédéric Martin
Les Voitures Installez l'application pour ne rien manquer !
Ouvrir l'app

Privacy Preference Center