L’ambition démesurée de BYD ne relève plus de la simple expansion commerciale : elle dessine la trajectoire d’un constructeur parti de la fabrication de batteries pour devenir, en l’espace de deux décennies, l’un des acteurs les plus redoutés de la planète auto. Né comme spécialiste du stockage énergétique, le groupe de Shenzhen bascule en 2003 dans la construction automobile et enclenche une croissance si violente qu’il finit par dépasser Tesla sur le segment des véhicules 100 % électriques, devenant le nouveau souverain de l’électromobilité mondiale. Après avoir saturé son marché domestique, BYD vise désormais l’Europe, non pas comme une zone d’exportation, mais comme un territoire à conquérir en profondeur.

Pour neutraliser les droits de douane européens, BYD a lancé une usine d’envergure en Hongrie, première tête de pont industrielle sur le continent. Mais cette implantation n’est qu’un préambule. Les dirigeants chinois veulent s’inscrire dans le cœur du système automobile européen, non plus seulement via des chaînes de montage, mais par des alliances capitalistiques avec les constructeurs historiques. Dans cette stratégie d’intelligence économique, Renault apparaît comme une cible prioritaire, un levier idéal pour pénétrer l’écosystème industriel européen.

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Comme le relaie le média spécialisé en intelligence économique, ie24, suite à une information révélée par Les Echos, la première offensive remonte à deux ans. À cette période, BYD approche, dans une stratégie d’intelligence économique, directement Luca de Meo, directeur général de Renault, pour lui soumettre une proposition d’entrée au capital. Une démarche d’autant plus audacieuse que Renault coopère déjà avec un autre géant chinois, Geely, notamment en Corée du Sud. Mais la gouvernance du groupe français fixe une ligne rouge : les partenariats asiatiques ne doivent jamais toucher aux activités stratégiques en Europe. Luca de Meo rejette donc l’offre, préférant préserver l’autonomie de sa feuille de route sur son marché principal.

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BYD ne renonce pas. À l’automne 2025, la numéro deux du groupe, Stella Lee, se déplace en personne pour relancer les discussions. Elle rencontre les dirigeants de Renault et reformule la même proposition d’investissement. Sur le plan industriel, l’accord pourrait sembler séduisant : Renault accélère sa transition électrique via Ampere, tandis que BYD maîtrise des technologies de batteries LFP particulièrement efficaces. En échange d’un accès aux infrastructures européennes de Renault, le constructeur chinois offrirait un savoir‑faire clé dans la bataille des voitures électriques. Mais derrière cette complémentarité apparente se cache un risque majeur : l’ouverture d’un accès direct aux centres de décision européens pour un concurrent devenu incontournable.

Cette seconde tentative se heurte immédiatement à un verrou politique. L’entrée d’un constructeur chinois tel que BYD au capital d’un pilier industriel français soulève des enjeux de souveraineté considérables. L’État, qui détient 15,01 % du capital de Renault et contrôle 30 % des droits de vote, surveille le dossier de près. Une intrusion chinoise dans l’actionnariat est jugée totalement inacceptable par les pouvoirs publics. Face à cette position ferme, Renault oppose un nouveau refus.

Enfin, ce double veto révèle une vérité essentielle : la bataille automobile ne se joue plus seulement sur les marchés ou dans les concessions, mais dans la défense des actifs stratégiques et avec des stratégies d’intelligence économique. L’Europe, consciente de la montée en puissance fulgurante de ses rivaux asiatiques, refuse pour l’instant de céder les clés de ses usines et de ses centres de décision. BYD avance, frappe, insiste, mais se heurte à un continent décidé à protéger son autonomie industrielle.

La rédaction

Photos : BYD et LesVoitures.com

Frédéric Martin
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