La France s’apprête à faire entrer un nouvel acteur dans son écosystème de mobilité : les robots de livraison autonomes. Un arrêté du ministère des Transports vient d’ouvrir la voie à leur homologation, offrant à ces engins électriques un statut juridique clair après des années d’expérimentations menées dans un vide réglementaire. Le pays se positionne ainsi comme l’un des premiers en Europe à encadrer officiellement la circulation de véhicules autonomes dédiés au transport de marchandises, une décision qui pourrait remodeler le dernier kilomètre, segment devenu critique pour les logisticiens et les collectivités.

Jusqu’à présent, ces robots de livraison n’avaient aucune existence légale sur la voie publique. L’arrêté publié par le ministère les fait entrer dans la catégorie L, celle qui regroupe les tricycles et quadricycles motorisés dont font partie les voitures sans permis, permettant enfin aux constructeurs de déposer des dossiers de réception et d’envisager une mise en circulation commerciale. Cette reconnaissance ouvre un champ d’innovation considérable, mais impose aussi des contraintes strictes : les robots devront circuler exclusivement sur la chaussée, jamais sur les trottoirs, contrairement à certaines expérimentations menées aux États‑Unis ou en Asie. En photos dans ce sujet, il s’agit du robot de livraison développé par Suzuki Motor Corporation en partenariat avec Lomby.

Quant aux trajets, ils seront définis par les collectivités, et chaque véhicule restera sous supervision humaine permanente via un opérateur à distance, chargé d’intervenir immédiatement en cas d’incident ou de comportement anormal.

Les caractéristiques techniques validées par l’arrêté montrent que la France ne limite pas l’ambition de ces engins. Les dimensions maximales autorisées atteignent 4 m de long, 2 m de large, 2,5 m de haut, pour une capacité de transport pouvant atteindre 1 tonne. Une enveloppe généreuse qui permet d’imaginer des robots bien plus volumineux que les petits modules observés dans les campus américains. À cela s’ajoutent les exigences françaises en cybersécurité et en protection des données, désormais incontournables pour tout véhicule connecté circulant sur la voie publique.

Sur le plan technique, ces robots de livraison reposent sur une architecture entièrement électrique et sur un ensemble de capteurs comprenant caméras, lidars et radars, capables de cartographier l’environnement, d’identifier les obstacles et de transmettre en continu les données à des logiciels embarqués, parfois assistés par de l’intelligence artificielle. Leur autonomie couvre plusieurs dizaines de kilomètres, ce qui les destine à des missions de livraison du dernier kilomètre, un segment où les véhicules thermiques restent encore majoritaires malgré les contraintes environnementales et les restrictions de circulation en centre‑ville.

En adoptant ce cadre réglementaire avant même la finalisation des discussions menées à l’ONU et au sein de l’Union européenne, la France prend une avance rare dans le domaine de la mobilité automatisée. Le ministère rappelle que cette décision s’inscrit dans la continuité d’une stratégie nationale engagée depuis 2018 et nourrie par plus de deux cents expérimentations de véhicules autonomes menées sur le territoire. Comme l’a déclaré Philippe Tabarot, ministre des Transports :

« Cette décision traduit notre ambition pour accélérer le déploiement des véhicules autonomes en France. En ouvrant la voie à l’homologation des robots de livraison autonomes, notre pays confirme sa place parmi les plus avancés au monde dans ce domaine, fort d’un écosystème reconnu dans l’intelligence artificielle et les technologies connectées. Ces robots contribueront à construire une logistique urbaine plus propre, plus silencieuse et plus efficace, au bénéfice des collectivités, des entreprises et des citoyens. Notre responsabilité est de permettre l’innovation sans jamais transiger sur la sécurité. Cet arrêté en apporte une nouvelle démonstration. »

Enfin, cette avancée contraste avec la prudence française sur d’autres segments de la mobilité automatisée, notamment la conduite autonome de niveau avancé, encore interdite pour certains systèmes comme celui de Tesla malgré des autorisations dans plusieurs pays européens. Le défi se déplace désormais vers l’industrie liée aux robots de livraison : les constructeurs doivent obtenir leur homologation, les collectivités doivent définir les zones de circulation, et les premiers robots devront prouver leur capacité à cohabiter avec le trafic urbain sans perturber les autres usagers. Une nouvelle génération de véhicules électriques autonomes s’apprête à entrer dans le paysage français, avec la promesse de transformer durablement la logistique urbaine.

La rédaction

Photos : Suzuki

Frédéric Martin
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