Revoy, jeune pousse américaine née en 2020 sous l’impulsion de Peter Reinhardt et Ian Rust, a imaginé une solution radicalement différente pour électrifier le transport routier lourd sans forcer les transporteurs à remplacer leurs camions diesel. Plutôt que de proposer un tracteur électrique hors de prix, limité en autonomie et dépendant d’infrastructures de recharge encore trop rares, la société a mis au point un module électrique autonome qui vient s’intercaler entre le tracteur et la remorque. Ce système composé principalement d’un moteur électrique, d’une batterie et d’un essieu transforme instantanément un semi-remorque diesel en hybride rechargeable, sans toucher au camion lui-même.

Le module électrique conçu par Revoy mesure 13 pieds (3,96 m), pèse 22 000 lbs (9 979 kg) et embarque une batterie LFP de 575 kWh alimentant un essieu électrique dédié. Dès que le conducteur sollicite l’accélérateur, le système analyse la demande de charge et prend en main la majeure partie de l’effort, soulageant le moteur diesel et réduisant drastiquement sa consommation. Lors des phases de décélération, l’essieu passe en régénération pour récupérer de l’énergie et recharger la batterie. Ce système destiné aux poids lourds intègre également des fonctions de sécurité active contre les risques de renversement, de mise en portefeuille, de retournement, ainsi qu’un dispositif de détection d’angle mort et une assistance automatisée pour les manœuvres en marche arrière.

Avec ce module, un semi-remorque standard chargé à 80 000 lbs (36 287 kg) peut parcourir 200 à 250 miles (322 à 402 km) en mode électrique, une autonomie suffisante pour bouleverser l’organisation des trajets régionaux aux États-Unis. Les gains en consommation sont spectaculaires : un camion diesel classique plafonne généralement entre 6 et 8 mpg (29,4 à 39,2 l/100 km), alors que le système développé par Revoy permet d’atteindre 20 à 35 mpg (6,7 à 11,8 l/100 km), voire 40 mpg (5,9 l/100 km) sur des trajets courts inférieurs à 150 miles (241 km). Résultat : des économies cruciales pour des flottes dont le carburant représente plus de 20 % des coûts d’exploitation. Revoy affirme que les émissions de CO₂ chutent jusqu’à 85 %, un chiffre cohérent avec la réduction de charge imposée au moteur thermique.

Pour éviter les immobilisations interminables liées à la recharge d’une batterie aussi massive, Revoy a conçu un module interchangeable. L’entreprise déploie un réseau de hubs autoroutiers où un camion peut remplacer un module déchargé par un module plein en moins de 5 min. Une approche inspirée du monde industriel, pensée pour s’intégrer dans le rythme effréné du fret américain.

Le marché visé est colossal : les États-Unis comptent environ 3 millions de poids lourds dédiés au transport de marchandises, chacun parcourant en moyenne 60 000 miles (96 561 km) par an. Ce secteur pèse près de 900 milliards de dollars et génère environ 300 millions de tonnes de CO₂, soit 6,7 % des émissions nationales. Selon FleetOwner, les économies potentielles atteindraient 25 000 $ par camion et par an, un argument qui attire immédiatement l’attention des gestionnaires de flotte.

Revoy ne vend pas son matériel : l’entreprise propose son module sous forme de service, avec un abonnement au kilomètre. Revoy a obtenu l’aval de la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) en 2023, puis a mené un pilote d’un an avec Ryder System Inc., en 2024. La première exploitation commerciale débutera en 2026 dans l’Oregon, avec quatre modules assemblés à partir de composants chinois. Ce premier corridor de 200 miles près de Portland sera assuré par des camions diesel d’occasion achetés par les partenaires de Revoy, dont les chauffeurs seront formés à l’utilisation du système.

Sur le papier, le pari de Revoy séduit : électrifier des semi-remorques diesel sans toucher au moteur, juste en glissant un module entre le tracteur et la remorque. Mais avec près de 10 tonnes (22 000 lbs) à vide, essentiellement dues à sa batterie LFP de 575 kWh, cela impacte le poids du convoi. Or aux États-Unis, la loi fédérale plafonne à 80 000 lbs le poids total d’un ensemble routier sur le réseau Interstate. Chaque kilo du dispositif Revoy est ainsi un kilo de fret en moins pour le client. Pour des flottes qui vivent de la maximisation du chargement, l’équation est loin d’être neutre et pourrait bien limiter l’adoption du système aux trajets où la marge de charge utile le permet, plutôt qu’aux convois déjà à pleine capacité.

Enfin, Revoy a levé 27 M$ lors de son dernier tour de table, portant son financement total à 41 M$. Ces fonds serviront à développer une seconde génération de module, moins coûteuse, dotée d’une batterie plus compacte, donc moins lourde, mais conservant une autonomie électrique de 200 miles. Revoy prévoit de déployer des dizaines d’unités de cette nouvelle version sur les routes américaines d’ici fin 2027. Pour l’heure, la priorité reste le marché américain, même si Ian Rust espère une extension internationale à terme. En France, rappelons que FAR-A-DAY a conçu une remorque électrique destinée à prolonger l’autonomie des véhicules électriques.

La rédaction

Photos : Revoy

Frédéric Martin
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