BlaBlaCar a déclenché un séisme silencieux dans le transport longue distance en annonçant, mardi 21 avril, son intention de mettre fin à son service d’autocars BlaBlaCar Bus, une activité chroniquement déficitaire malgré une présence massive sur le territoire. La plateforme justifie cette décision par des « difficultés économiques structurelles », expression qui sonne comme l’aveu d’un modèle fragilisé depuis sa naissance et qui renvoie directement à la libéralisation du secteur opérée en 2015 par la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, portée par Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie. Cette fermeture programmée constitue un revers spectaculaire pour celui qui présentait ces « cars Macron » comme un levier de mobilité, d’emploi et de concurrence.

L’entreprise BlaBlaCar précise que « le projet entraînerait la suppression de 40 postes » en interne, tout en cherchant à mettre un terme à « des pertes d’exploitation récurrentes et importantes ». Les sous‑traitants qui opèrent les lignes du service d’autocars, environ 60 transporteurs, se retrouvent plongés dans une incertitude totale, sachant qu’ils avaient structuré leur activité autour de ces contrats censés incarner la réussite de la libéralisation voulue par Emmanuel Macron. La promesse d’un marché dynamique, concurrentiel et rentable se dissout brutalement dans la réalité économique.

BlaBlaCar Bus Emmanuel Macron

La direction de BlaBlaCar assure vouloir « renforcer son rôle de marketplace » en France et accompagner les autocaristes indépendants qui souhaiteraient reprendre certaines lignes, tout en maintenant la vente de billets et la continuité des liaisons. Une manière de se repositionner en simple intermédiaire, loin du modèle intégré qu’elle avait embrassé en rachetant Ouibus à la SNCF en 2019, opération qui devait symboliser l’essor d’un secteur promis à une croissance rapide.

L’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE) a immédiatement exprimé « sa vive inquiétude » concernant l’annonce de l’arrêt des lignes du service d’autocars BlaBlaCar Bus, dénonçant une décision « soudaine et inattendue » susceptible d’avoir « des conséquences majeures » pour les transporteurs partenaires. L’organisation réclame « une transparence totale sur le calendrier et les modalités de ce projet » ainsi qu’« un accompagnement renforcé » pour éviter un choc social et économique. Là encore, l’ombre de la loi portée à l’époque par Emmanuel Macron plane sur un marché qui n’a jamais atteint l’équilibre promis.

En août 2025, BlaBlaCar Bus revendiquait encore 350 destinations en France et en Europe, et saluait le « succès grandissant des liaisons », avec 18 millions de passagers en 2024 pour l’ensemble du marché dominé par BlaBlaCar Bus et son rival FlixBus. Mais derrière ces chiffres flatteurs se cachait un modèle sous perfusion, dépendant de tarifs extrêmement bas pour attirer une clientèle jeune et peu fortunée, dont deux tiers ont moins de 35 ans. La ligne la plus fréquentée, Paris–Lille, illustre cette fragilité : une bataille tarifaire permanente face au TGV, plus rapide mais plus cher, qui écrase mécaniquement les marges.

Enfin, la fermeture annoncée de BlaBlaCar Bus laisse désormais FlixBus seul en position dominante sur le marché français, un scénario à rebours de l’objectif initial de la loi voulue par Emmanuel Macron, qui promettait davantage de concurrence, davantage d’opérateurs et davantage d’emplois. Dix ans plus tard, le bilan est implacable : un secteur instable, des transporteurs fragilisés, un opérateur majeur qui se retire, et une libéralisation qui n’a jamais tenu ses promesses. L’échec est d’autant plus retentissant qu’il touche un symbole politique revendiqué par Emmanuel Macron, devenu président de la République française, mais rattrapé par les failles d’une réforme qu’il avait personnellement portée.

La rédaction

Photos : BlaBlacar

Frédéric Martin

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