Il y a des ventes aux enchères qui font hausser un sourcil, et il y a celle-là. Le 15 août, chez RM Sotheby’s à Monterey, le tout premier exemplaire de production de la Ferrari Luce, le fameux « Châssis 0 », a trouvé preneur pour 40 M$, soit pour presque 35 M$. Pour donner une idée du délire : RM Sotheby’s l’estimait avant vente à un peu plus de 1,1 M$. Le tarif catalogue d’une Luce aux États-Unis tourne, lui, autour de 640 000 $. Le marteau final représente donc plus de soixante fois ce prix de série. Autant dire que personne, pas même la maison de vente, n’a vu venir un tel résultat.

Parce qu’il faut être honnête : ce prix ne s’explique pas par la seule mécanique. Ce qu’on paie ici, c’est un rang, celui du numéro un d’une lignée qui change complètement de nature pour Ferrari. Le « Châssis 0 » de la Luce est le premier exemplaire de série de la première Ferrari 100 % électrique de l’histoire, et son numéro de série (ZFF21BUA8T0338000) se termine, comme un clin d’œil, par trois zéros. Une plaque dans l’habitacle rappelle ce statut à tout futur propriétaire, au cas où il l’aurait oublié en signant le chèque.

Sur le plan technique, la Ferrari Luce tourne le dos à des décennies d’ADN thermique : 4 moteurs électriques, un par roue, pour 1 050 ch cumulés et une batterie de 122 kWh de capacité. La Luce réalise le 0 à 100 km/h en 2,5 s et une pointe à 310 km/h, largement dans les clous de ce qu’on attend d’une Ferrari, électrique ou pas. Plus surprenant : la silhouette. Grande berline à l’allure surélevée à 5 places dessinée avec LoveFrom (le studio de Jony Ive et Marc Newson), la Luce délaisse les lignes tendues des berlinettes maison pour quelque chose de plus épuré, presque minimaliste. De quoi hérisser une partie des puristes, on y reviendra.

L’exemplaire vendu n’a rien d’une Ferrari Luce de série, cela dit. Le département Ferrari Tailor Made s’en est chargé, et le résultat est une pièce unique de bout en bout : une teinte « Madreperla Semi Gloss » créée spécialement pour l’occasion, avec un pigment iridescent qui glisse du vert au violet selon l’angle et la lumière. À l’intérieur, même logique : un cuir métallisé « Le Mans Perla », associé à du « Grigio Corvara », des jantes blanches, des étriers assortis, et jusqu’au fond de l’écusson Ferrari retravaillé pour coller à cette configuration monochrome.

Avec ses 40 M$, la Ferrari Luce devient la voiture neuve la plus chère jamais vendue aux enchères, elle enterre largement la Daytona SP3 « Tailor Made », partie à 26 M$ lors de la Monterey Car Week 2025. Elle reste toutefois loin du record absolu pour une Ferrari : celui-ci appartient toujours à une 330 LM/250 GTO de 1962, adjugée 51,7 M$ en 2023.

Ferrari Luce électrique RM Sotheb'ys enchères 40 M$

Et il faut le dire clairement : ce chiffre n’a rien d’un vrai indicateur de marché. La totalité de la somme part à la Ferrari Foundation, pour financer des projets éducatifs, l’aspect caritatif de la soirée compte pour beaucoup dans l’envolée finale. Il ne faudrait donc pas en déduire que la prochaine Luce standard vaudra soudain des fortunes.

Enfin, l’arrivée d’une Ferrari 100 % électrique n’avait pas franchement fait l’unanimité quand l’annonce est tombée. Il aura suffi d’une soirée à Monterey pour que le « Châssis 0 » de la Luce s’installe directement parmi les voitures contemporaines les plus chères, et les plus désirées, au monde. Cette semaine, rappelons que Ferrari a également présenté la CZ26, un modèle unique inestimable.

Gérald Aubard

Photos : RM Sotheby’s

Gérald Aubard
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