Ferrari a présenté, lundi 25 mai, sa première voiture entièrement électrique, un moment qui aurait dû marquer une rupture historique, mais qui s’est transformé en une onde glaciale traversant les réseaux sociaux. La très attendue Luce , affichée à 550 000 €, a été accueillie par un déferlement de critiques, comme si la marque la plus mythique du monde venait de franchir une ligne que beaucoup espéraient voir rester inviolée. Un bolide à 5 places, très rapide, confortable, silencieux, mais dont la simple existence semble heurter l’ADN même de Ferrari, au point de laisser un goût amer, presque mélancolique, dans l’esprit des passionnés.
Depuis sa présentation, la première Ferrari 100 % électrique, la Luce, de surcroît à 5 places, pourtant pensée comme un manifeste technologique, fait l’objet d’un rejet inhabituel, non seulement de la part des tifosi, mais aussi de figures historiques du monde automobile. Parmi elles, Luca di Montezemolo, l’homme qui a façonné Ferrari pendant plus de vingt ans, celui que « Il Commendatore » en personne, Enzo Ferrari, avait choisi pour reprendre le flambeau, celui qui a ramené la Scuderia au sommet de la Formule 1, qui a transformé Ferrari en empire industriel, qui a supervisé la naissance de modèles devenus légendaires, de la F355 à la LaFerrari, n’a pas caché son désarroi. Au micro de La Gazzetta, il a déclaré : « Si je disais ce que je pense vraiment, je nuirais à Ferrari. Nous risquons la destruction d’un mythe, j’en suis très désolé. J’espère au moins qu’ils enlèvent le Cheval cabré de cette voiture ». Quand un homme qui a été adoubé par Enzo Ferrari lui‑même parle de « destruction d’un mythe », c’est toute la maison de Maranello, voire l’Italie, qui tremble.
🚨 | Luca Cordero di Montezemolo on the new Ferrari Luce:
« If I said what I really think, I’d harm Ferrari. We’re risking the destruction of a myth, I’m very sorry about that. I hope they at least remove the Prancing Horse from that car » pic.twitter.com/CdqD5mGFuN
— La Gazzetta Ferrari (@GazzettaFerrari) May 26, 2026
Flávio Briatore, autre figure incontournable du paysage automobile italien, aujourd’hui directeur d’Alpine F1 Team, a lui aussi livré un jugement sans détour : « Tout le monde me demande des nouvelles de la Ferrari. Elle a un grand avantage : les Chinois ne la copieront pas ». Une phrase sèche, presque cruelle, presque comme celles prononcées par Luca di Montezemolo, qui laisse entendre que la Ferrari Luce, malgré son prix stratosphérique, n’a pas trouvé grâce à ses yeux. Une ironie amère, comme si Ferrari, en voulant entrer dans l’ère électrique, avait produit quelque chose que même les copieurs les plus acharnés ne jugeraient pas digne d’être imité. Une pique qui rappelle involontairement la silhouette improbable de la Fiat Multipla, cette étrangeté roulante que personne n’a jamais songé à reproduire.
« Tout le monde me demande des nouvelles de la nouvelle Ferrari. Elle a un grand avantage : les Chinois ne la copieront pas. » 🤣
L’avis de Flávio Briatore sur la Ferrari Luce.#F1 pic.twitter.com/hPaDG4vWG7
— Le Sprint (@LeSprintEdition) May 26, 2026
Les fans de Ferrari ne sont pas les seuls à douter. Les investisseurs eux‑mêmes ont sanctionné ce virage électrique. L’action Ferrari a enregistré mardi matin la pire performance de la Bourse de Milan, chutant de 6,16 % à 290,9 € à 11h38. Une réaction brutale, presque symbolique, comme si les marchés eux aussi refusaient cette rupture avec l’essence même de Ferrari. Les analystes d’Equita ont commenté : « Nous restons d’avis qu’un modèle électrique affichant un prix élevé (…) ne générera pas de volumes importants ». Ils ajoutent que « nous ne considérons pas que les volumes de ce modèle soient déterminants pour influencer les résultats du groupe, mais puisqu’il s’agit d’un premier modèle avec une nouvelle motorisation, il est important de préserver l’image de qualité et de performance ». Une manière polie de dire que Ferrari joue avec le feu avec la Luce.

La banque Akros, de son côté, estime que si l’électrification fait baisser les marges, « le prix extrêmement élevé (plus de 700 000 € après personnalisation) compense » largement cette baisse. Pour ses analystes, la Ferrari Luce attirera « une nouvelle base de clients », une phrase qui sonne comme un aveu : Ferrari ne parle plus aux mêmes personnes. L’action avait déjà plongé en octobre 2025 lors de la présentation des premiers détails du modèle, les analystes jugeant la marque « pas assez ambitieuse » dans ses objectifs de ventes. Comme si, déjà, quelque chose s’était fissuré. C’est exactement ce que l’on ressent à travers le regard triste de Luca di Montezemolo.

La Ferrari Luce devient ainsi le deuxième modèle à 4 portes de l’histoire de Ferrari après le Purosangue, et le premier à offrir 5 places, une configuration qui aurait été impensable du temps d’Enzo Ferrari, pour qui une Ferrari devait être une machine vivante, nerveuse, bruyante, presque animale. Aujourd’hui, la marque présente une voiture silencieuse, lourde, électrique, presque aseptisée, comme si l’âme mécanique de Maranello s’était dissoute dans une batterie.

Enfin, il flotte autour de la présentation de la Ferrari Luce un parfum de tristesse, celui d’une époque qui s’achève, celui d’un mythe qui vacille. Et lorsque même Luca di Montezemolo, l’homme qui a incarné Ferrari plus que quiconque après Enzo, parle de « destruction d’un mythe », alors oui, quelque chose s’est brisé. Peut‑être que la Luce est une Ferrari nécessaire. Peut‑être qu’elle est une Ferrari moderne. Mais pour beaucoup, elle n’est pas une Ferrari tout court.
La rédaction
Photos : Ferrari

