L’essor des voitures électriques n’est plus une tendance mais une transformation structurelle du marché mondial. Pourtant, derrière cette progression continue, une étude d’une rare rigueur scientifique révèle une menace bien plus profonde : l’explosion de la demande en lithium, indispensable à la fabrication des batteries, pourrait provoquer des tensions majeures dès la fin de la décennie. Et cette fois, les chiffres ne laissent aucune place au doute.
Les ventes de voitures électriques augmentent année après année, même si elles ne progressent pas au rythme que certains anticipaient. L’offre s’est élargie, les modèles se multiplient sur les routes, et les pouvoirs publics accélèrent la réduction de la place des motorisations thermiques. Mais cette montée en puissance des véhicules à zéro émission s’accompagne d’une réalité incontournable : pour produire des batteries, il faut du lithium et la demande mondiale grimpe à un niveau inédit. C’est précisément ce que met en lumière le cabinet Wood Mackenzie, dont l’analyse publiée en mars 2026, puis relayée par le média américain Electrek, s’impose comme l’une des plus sérieuses publiées ces derniers mois.

Selon cette étude menée par Wood Mackenzie, la demande mondiale de lithium pourrait atteindre un volume jamais observé d’ici 2050. Dans un scénario de transition énergétique rapide, elle dépasserait 13 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium, un niveau qui excède largement les capacités actuelles de production. Les analystes estiment même que les tensions sur le marché pourraient survenir bien plus tôt. Et Allan Pedersen, directeur de recherche chez Wood Mackenzie, alerte sur une possible pénurie dès la fin de la décennie. « Plusieurs acteurs du secteur sous‑estiment encore la vitesse de croissance de la demande mondiale », prévient-il.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont étudié quatre trajectoires possibles de transition énergétique, intégrant le rythme d’électrification des transports et l’évolution des politiques climatiques. Dans le scénario le plus lent, la demande atteindrait environ 5,6 millions de tonnes en 2050. À l’inverse, un scénario visant la neutralité carbone ferait bondir la consommation mondiale à plus de 13 millions de tonnes. Dans toutes les hypothèses, la pression sur les ressources naturelles s’intensifie fortement, sans même évoquer les conditions d’extraction du lithium, dans certains pays, qui sont critiquables, mais c’est un autre sujet.
Un scénario de transition légèrement retardée maintiendrait un marché relativement équilibré jusqu’à la fin des années 2030, mais un déficit apparaîtrait ensuite. Dans un scénario plus réaliste, basé sur les tendances actuelles, les projets miniers existants parviendraient à répondre à la demande dans un premier temps, avant que l’équilibre ne devienne fragile au milieu des années 2030, lorsque la croissance de la demande dépasserait les capacités d’approvisionnement. Certaines simulations sont encore plus préoccupantes.
Si les pays respectent leurs engagements climatiques, les premières pénuries pourraient survenir dès 2029. Et dans un scénario visant le zéro émission nette, la crise débuterait dès 2028, avec des tensions susceptibles de durer plusieurs décennies. Sans surprise, cette pression provient principalement du secteur automobile : les véhicules électriques représentent entre 72 % et 80 % de la demande mondiale selon les scénarios étudiés. D’ici 2040, ils pourraient occuper environ 75 % des ventes si les engagements actuels sont tenus. Dans un scénario climatique plus ambitieux, la domination des voitures électriques deviendrait presque totale.
Précisons que le recyclage pourrait atténuer partiellement cette pression sur le lithium. Les analystes anticipent une progression annuelle comprise entre 13 % et 16 % pour les matériaux recyclés. Mais cet apport restera limité dans les prochaines décennies, insuffisant pour compenser l’explosion de la demande primaire.
Enfin, cette étude, d’une précision rare, confirme que la transition énergétique repose sur une ressource dont la disponibilité pourrait devenir critique bien plus tôt que prévu. Et que l’avenir de la voiture électrique dépendra autant de l’innovation que de la capacité mondiale à sécuriser l’approvisionnement en lithium.
La rédaction
Photos : LesVoitures.com

