En 1986, la France rêve d’un titre mondial au Mexique. Sur le terrain, les Bleus de Michel Platini, Alain Giresse, Luis Fernandez et Jean Tigana font vibrer le pays. Dans les bureaux de Citroën, cette ferveur donne naissance à une idée aussi simple que brillante : transformer la 2CV en drapeau roulant.

40 ans plus tard, la Citroën 2CV Cocorico revient dans l’actualité. Citroën célèbre officiellement son anniversaire en rappelant que cette série limitée avait été imaginée dans le contexte de la Coupe du monde de Football 1986. Produite à seulement 1 000 exemplaires, exclusivement pour la France, elle repose sur une base de 2CV 6 Spécial. Mais la Cocorico ne se résume pas à une opération opportuniste. Elle raconte la fin de carrière de la 2CV, l’audace graphique de Serge Gevin, la mode des séries limitées et une certaine France populaire des années 1980. La genèse de la Citroën 2CV Cocorico est directement liée à la Coupe du Monde organisée au Mexique. Citroën voulait accompagner l’élan national autour de l’équipe de France. Le constructeur précise que le projet était d’abord pensé pour célébrer une possible victoire française, avant que la défaite face à la RFA, le 25 juin 1986, ne modifie son positionnement.

Citroën 2CV Cocorico

Les éléments les plus explicitement liés au football sont alors abandonnés. La Citroën 2CV Cocorico devient moins une voiture de supporters qu’un hommage tricolore plus intemporel. Ce changement est décisif : il permet aujourd’hui à cette 2CV de dépasser le simple souvenir sportif. Derrière la 2CV Cocorico se cache un nom incontournable de l’histoire du design automobile français : Serge Gevin. Pourtant, en dehors du cercle des passionnés de la marque aux chevrons, son œuvre reste largement méconnue. Né à Paris le 26 septembre 1932, Serge Gevin suit une formation artistique avant de s’orienter vers le design industriel et la communication visuelle. Au milieu des années 1970, Citroën lui confie une mission délicate : redonner un souffle commercial à une 2CV dont la carrière approche déjà de son terme.

Son intuition est aussi simple que visionnaire. Plutôt que de modifier la mécanique ou la carrosserie, il choisit de transformer l’image de la voiture grâce à une identité graphique forte. La couleur, les contrastes et les décors deviennent les nouveaux vecteurs d’attractivité d’un modèle pourtant inchangé sur le plan technique. Cette approche donne naissance, en 1976, à la 2CV Spot, première série limitée de Citroën. Avec sa présentation orange et blanche audacieuse, elle démontre qu’une automobile populaire peut devenir un véritable objet de désir grâce à son seul style. La formule est lancée : une base mécanique éprouvée, une personnalité visuelle immédiatement identifiable, une production volontairement limitée et un positionnement marketing assumé.

Au fil des années, cette philosophie inspirera plusieurs des séries spéciales les plus marquantes de la Citroën 2CV. Dix ans après la Spot, Serge Gevin signe la 2CV Cocorico, ultime création française qu’il consacre à la mythique Citroën. Avec son habillage bleu, blanc et rouge imaginé dans le contexte de la Coupe du monde de Football 1986, elle referme symboliquement un chapitre majeur de l’histoire de la « Deuche », ou « Deudeuche ». Disparu le 4 janvier 2026, quelques mois avant les célébrations des 40 ans de la Cocorico, Serge Gevin laisse derrière lui un héritage considérable. Ses créations ont démontré qu’une simple évolution esthétique pouvait prolonger la carrière d’une automobile et lui offrir une place durable dans le patrimoine populaire français.

Techniquement, la Citroën 2CV Cocorico reste une 2CV 6 Spécial. Elle conserve le bicylindre de 602 cm³, donné pour 29 ch DIN par Citroën, et le confort de suspension qui a fait la réputation du modèle. Toute son identité vient de sa présentation. La caisse est peinte en « Blanc Meije ». Les ailes arrière sont en « Rouge Vallelunga », les joues d’ailes avant bleues, tandis que les portes reçoivent des adhésifs en dégradé bleu, blanc et rouge. La capote est blanche. Les inscriptions « Cocorico » prennent place sur le volet d’aération et sur la malle arrière. Citroën ajoute des roues assorties, des enjoliveurs inox issus de la Dyane 6 et une sellerie spécifique en tissu bleu Tep Jeans, malheureusement très peu résistante… Cette composition fonctionne encore aujourd’hui. La Cocorico est l’une des rares 2CV que l’on identifie instantanément, même de loin.

Citroën 2CV Cocorico

Quant à la Charleston, elle joue une autre carte : celle de la nostalgie chic, avec une carrosserie bicolore et un esprit années 1930. Elle devient si populaire qu’elle dépasse le simple statut de série limitée et devient un modèle de série. La 2CV Charleston sera fabriquée jusqu’à l’arrêt de la production de la 2CV, en 1990.

La France 3 s’inscrit dans l’univers de la voile. La Dolly mise sur des associations de couleurs plus douces et plus féminines. La Perrier, joue sur une collaboration publicitaire plus directe. La Citroën 2CV Cocorico est différente. Elle ne cherche ni l’élégance rétro de la Charleston, ni la fraîcheur de la Spot, ni l’esprit nautique de la France 3. Elle assume une expression beaucoup plus frontale : le drapeau français, le football, le coq, l’année 1986. C’est précisément ce qui l’a rendue difficile à vendre neuve, puis désirable en collection.

La Citroën 2CV Cocorico n’a pas connu le succès immédiat des séries les plus consensuelles. Citroën indique que sa réception mitigée participe aujourd’hui à son aura. La raison est assez évidente : en 1986, rouler dans une 2CV bleu-blanc-rouge avec une décoration aussi voyante demande une certaine audace. Ce qui pouvait paraître trop démonstratif à l’époque est devenu, avec le temps, un marqueur de rareté. Ce retournement est classique dans le monde de la collection. Les versions les plus difficiles à vendre neuves deviennent parfois les plus recherchées lorsqu’elles résument parfaitement leur époque. La Cocorico se situe aujourd’hui dans la partie haute du marché des 2CV tardives lorsqu’elle est complète, authentique et conforme. La rareté de ses éléments spécifiques joue un rôle important dans cette valorisation. Comptez de 12 000 à 30 000 €.

Citroën 2CV Cocorico

Le résultat documenté le plus intéressant concerne une 2CV Cocorico vendue chez Aguttes le 15 mars 2020 : estimation : 18 000 à 22 000 €, prix d’adjudication : 22 720 € TTC. Cette vente constitue aujourd’hui l’une des références les plus solides, car il s’agit d’un prix réellement payé et non d’un prix demandé dans une annonce.

Si vous souhaitez acheter une « Deudeuche », le premier contrôle reste celui de toute Citroën 2CV : châssis, planchers, bas de caisse, baie de pare-brise, ancrages de suspension, corrosion autour des ouvrants et qualité des réparations. Mais une Cocorico impose des vérifications supplémentaires. Il faut contrôler la teinte « Blanc Meije » de la caisse, le « Rouge Vallelunga » des ailes arrière, les joues d’ailes avant bleues, la présence des adhésifs tricolores, les inscriptions « Cocorico », la capote blanche et les garnitures en Tep Jeans. Les adhésifs méritent une attention particulière. Des reproductions existent, notamment chez Méhari Club Cassis, mais il semble que le fond des adhésifs n’est plus le même qu’à l’origine. Il faut donc distinguer trois niveaux : une voiture strictement d’origine, une voiture restaurée avec pièces conformes, et une 2CV simplement repeinte ou redécorée en Cocorico. Les trois n’ont pas la même valeur.

La Citroën 2CV Cocorico est arrivé à un moment très particulier. En 1986, la 2CV appartient déjà au passé, mais elle refuse de disparaître. L’AX représente l’avenir de Citroën, tandis que la « Deudeuche » continue de séduire par son image, sa simplicité et son pouvoir affectif. La Cocorico condense cette contradiction. C’est une voiture techniquement ancienne, mais graphiquement audacieuse. Une automobile populaire, mais devenue rare. Une opération marketing, mais transformée en objet patrimonial. Elle n’est pas la plus élégante des 2CV. Elle n’est pas la plus discrète. Elle n’est pas non plus la plus facile à assumer. Mais elle est peut-être l’une des plus mémorables.

40 ans après, la Citroën 2CV Cocorico n’est plus seulement une 2CV décorée aux couleurs de la France. C’est une capsule temporelle. Elle raconte le football de 1986, la créativité de Citroën, la fin d’une époque et l’étonnante capacité de la « Deudeuche » à rester populaire, même lorsqu’elle quitte son rôle de voiture neuve pour entrer dans celui d’objet de collection. Le chant du coq n’a pas disparu. Il a simplement changé de registre.

Gérald Aubard

Photos : Citroën

Gérald Aubard
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